Scandale des moteurs truqués: le point sur le volet français de l'affaire

VOLKSWAGEN Plus de six mois après la révélation du scandale des moteurs truqués, l’affaire Volkswagen n’a pas beaucoup avancé en France…

William Pereira

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Illustration. Logo de la marque Volkswagen
Illustration. Logo de la marque Volkswagen — ALLILI/SIPA

Dans l’affaire du Dieselgate, le constructeur allemand va verser 5.000 dollars à chaque acheteur américain d’un de ses véhicules au moteur diesel truqué, dans le cadre d’un accord avec les autorités américaines destiné à éviter un procès. En France, malgré les plaintes de nombreux clients, la situation met plus de temps à se décanter. Et rien ne garantit que Volkswagen ait à payer quoi que ce soit en France. Retour sur le volet français de la polémique.

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  • L’origine du scandale

Début septembre 2015. Le groupe Volkswagen, mis en difficulté par diverses études indépendantes de la marque, est contraint d’admettre avoir utilisé différentes techniques visant à réduire frauduleusement les émissions de polluants tels que le NOx (oxyde d’azote) et le CO2 (dioxyde de carbone) de plusieurs de ses modèles, dans le but de passer les contrôles techniques sans encombres. La tricherie est rendue possible par un système qui, en prenant en compte l’angle du volant, la vitesse du véhicule ou encore la pression barométrique, détecte que le véhicule subit un contrôle d’émission. Ce dernier active dès lors automatiquement le mode test qui lui permet de réduire de 40 fois les émissions de NOx.

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  • Combien de véhicules sont concernés en France ?

En France, 948 064 véhicules diesel de marque Volkswagen, mais aussi Audi, Skoda et Seat sont équipés du système en question. Jacques Rivoal, président du directoire de Volkswagen France, a annoncé au début du mois de février dernier le début de la campagne de rappel du presque million de voitures et utilitaires concernés. Il s’agit pour le constructeur d’effectuer « une mise à jour du logiciel qui durera d’une demi-heure [pour les moteurs 1.6] à une heure [pour les moteurs 2 L]. »

Le premier modèle rappelé est l’Amarok de VW, un pick-up très peu vendu en France comme l’atteste le nombre d’exemplaires qui ont été ou seront amenés à passer à l’atelier (1.600). Suivront ensuite les Volkswagen Passat et Golf, l’Audi A4, les Skoda Octavia et Superbe ainsi que les Seat Exeo et Leon. A partir de juin, ce sont les modèles équipés d’un moteur 1.2 comme la Polo de VW, L’Ibiza de Seat ou la Fabia de Skoda qui passeront sur le billard. Enfin, les moteurs 1.6 dont sont également équipés d’autres versions des modèles déjà cités, fermeront la marche fin 2016, début 2017. C’est par ailleurs sur ce type de moteurs que l’intervention devrait être la plus longue.

Chauffeur de taxi en France et fortement exposé à la vague de rappels, Alain se veut quant à lui rassurant sur les premiers rappels. « Autour de moi, je n’ai pas eu de retours sur des problèmes de moteur sur Volkswagen », clame-t-il. Nicolas Godfroy, membre du service juridique de l’UFC – Que Choisir, confirme. « Il semblerait qu’il n’y ait aucune modification sur l’Amarok. En tout cas, il n’y a pas de retour de consommateurs pour l’instant sur un éventuel préjudice majeur sur les performances de la voiture. »

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  • Tous les propriétaires n’ont pas été rappelés

La procédure de rappel, qui devait débuter en novembre 2015 par l’envoi d’un premier courrier puis d’un rappel par voie téléphonique ou d’un second courrier, n’a, semble-t-il, pas été appliquée à tous les clients. Si Cédric, propriétaire d’une Volkswagen Golf VI, a « bien reçu une lettre en novembre 2015 » avant d’être recontacté pour « fixer un rendez-vous au mois de mai », Nando, n’a en revanche eu « aucune nouvelle de la part du groupe » Volkswagen après avoir reçu la première lettre « me signalant que mon Audi A1 était concernée. » Même son de cloche chez Jérémie. « J’ai reçu la lettre pour me dire que mon véhicule Audi A3 était concerné. Il était question d’être à nouveau contacté par la marque début 2016 pour prendre rendez-vous chez un réparateur. Depuis, plus rien. » Comment expliquer ces disparités ? Nicolas Godfroy pense savoir que « Volkswagen attend encore [pour certains modèles], la validation par le KBA allemand (l’Autorité Fédérale des Transports) de la mise en conformité des moteurs » proposée par la firme allemande.

  • Ségolène Royal veut faire rembourser le bonus écologique à la firme allemande

Dès le début de l’affaire, en septembre 2015, Ségolène Royale a montré sa fermeté envers le constructeur allemand en France et les premiers tests effectués dans l’Hexagone, en novembre 2015, l’ont confortée dans sa position. « Sur les dix voitures que nous venons de contrôler, de toutes marques, on observe que sur Volkswagen il y a un dépassement de cinq fois la valeur limite de la réglementation en oxydes d’azote, on a donc confirmation de la tricherie », avait constaté la ministre de l’environnement.

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Résultat, celle-ci compte faire rembourser le bonus écologique, versé par l’Etat au consommateur, à Volkswagen, partant du principe que le géant de l’automobile a menti en mettant en avant cet avantage dans des publicités sans le mériter. Sachant que les aides par véhicule s’élèvent à 1.000 euros, le gain de l’Etat pourrait s’élever à près d’un milliard d’euros si tous étaient concernés par ledit bonus. Mais la volonté de Ségolène Royal est-elle applicable ? Pas sûr. La fraude concerne l’oxyde d’azote, qui n’est pas pris en compte dans le bonus écologique français, et sur le dos duquel VW n’a fait aucune publicité en France. La firme allemande risque donc d’avancer qu’aucun préjudice n’a été causé sur ce plan auprès des consommateurs français.

  • Crainte d’une décote suite à la révision des moteurs

Finalement, il est plus probable que VW doive casser sa tirelire pour rembourser les automobilistes concernés pour cause d’impact négatif des modifications apportées sur les moteurs. Si les conducteurs constatent, après retour de l’atelier, une perte de puissance et/ou des problèmes de surconsommation sur leur voiture, susceptibles d’engendrer une forte baisse de valeur de l’auto, les personnes lésées seront en droit de réclamer une compensation. Nando prévient. « Je demande juste que ma voiture me soit rendue telle qu’elle m’a été donnée. Si c’est le cas, je ferai comme si rien ne s’était passé. »

  • Malgré le scandale, le groupe Volkswagen a bonne mine en France

Malgré un léger recul des ventes de voitures neuves de marque VW en France au mois de février 2016 (-1,9 %), les chiffres du groupe allemand restent flatteurs sur la même période (+7,7 %), avec notamment un bon notable pour les véhicules Skoda (+46,4 %). De fait, le constructeur a toujours la cote auprès d’une grande partie de ses clients, dont la confiance envers Volkswagen n’a pas bougé d’un pouce malgré la polémique.

« J’avais une Volkswagen Sirocco depuis 3 ans, que j’ai vendue en octobre 2015, et cela ne m’a pas empêché de racheter une Audi même si je savais qu’elle était concernée par ce problème », partage Jérémie. Et Alain de conclure. « Dans notre profession [chauffeur de taxi] on prend souvent des voitures qui marchent et qui durent longtemps. Le fait est qu’il y a plus en plus de Skoda, de Volkswagen Passat voire un peu d’Audi, c’est révélateur. Cela prouve que niveau rapport qualité/prix, c’est assez performant. »