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Fin du costume-cravate, télétravail et fast-fashion… La grande hécatombe des pressings

« On meurt en silence »… Fin du costume-cravate, télétravail et fast-fashion, la grande hécatombe des pressings

Changement de cycleAvec la crise sanitaire, la pratique du télétravail et le changement des habitudes vestimentaires, beaucoup de pressings ont fermé boutique ces dernières années, obligeant les acteurs restants à élargir leur gamme de services
Jérôme Gicquel

Jérôme Gicquel

L'essentiel

  • Depuis le milieu des années 2000, plus de la moitié des pressings ont disparu en France en raison de plusieurs facteurs.
  • On peut notamment expliquer cette hécatombe par la crise sanitaire ou énergétique, les changements d’habitudes vestimentaires des clients ou le phénomène de la fast-fashion.
  • Ces gros bouleversements ont obligé les acteurs du secteur à se réinventer et à diversifier leur gamme de services.

Un plaid emballé dans une housse en plastique sous le bras, Paolo ressort de ce pressing du centre-ville de Rennes où il a ses habitudes. Ou plutôt avait car le quinquagénaire avoue y aller beaucoup moins qu’avant. « J’ai opté pour des chemises sans repassage pour des questions de coût et de temps », indique ce client, qui ne pousse désormais que très occasionnellement les portes de ce commerce. « Pour des grosses pièces qui ne rentrent pas dans ma machine ou pour des vêtements délicats comme le pull en cachemire de mon fils auquel il tient beaucoup », précise-t-il.

A l’intérieur de la boutique, la vendeuse reconnaît que la clientèle se fait bien rare depuis plusieurs mois. Un cas qui n’est pas isolé car le secteur du pressing a connu ces dernières années de gros bouleversements. On en comptait environ 10.000 au milieu des années 2000, il n’en reste aujourd’hui que 4.000. Si Paris et les Alpes-Maritimes sont très bien dotés, ce n’est pas le cas de départements ruraux comme les Ardennes, le Gers ou la Meuse qui ne comptent que 3 à 4 établissements pour 100.000 habitants.

Le Covid et la crise énergétique ont fait des dégâts

Céline peut en témoigner. Installée à Argentan (Orne), elle gère le seul pressing de cette ville de 13.000 habitants qui en a compté jusqu’à six dans les années 1980-1990. « Hormis dans les grandes villes ou les zones touristiques, c’est très compliqué pour beaucoup d’entre nous », assure-t-elle. Avec le durcissement des contraintes environnementales et les changements d’habitudes vestimentaires des clients comme l’abandon progressif du costume-cravate, beaucoup de ces commerces de proximité ont baissé le rideau au milieu des années 2010.

La crise du Covid n’a fait qu’amplifier la casse. « Les gens étaient confinés ou en télétravail donc on a perdu beaucoup de clients et qui ne sont pas revenus depuis, indique la commerçante. J’ai toujours des clients réguliers mais ils viennent moins souvent. » Comme d’autres commerces, les pressings ont également subi de plein fouet la crise énergétique avec une envolée des factures qui a contraint plusieurs d’entre eux à fermer boutique.

« C’est comme tout marché, il évolue »

A cela s’ajoute enfin le phénomène de la fast-fashion avec des clients qui optent désormais pour la quantité plutôt que la quantité. « Le prix du nettoyage est parfois plus élevé que le prix du vêtement donc les gens préfèrent les jeter », indique Céline, déplorant la disparition progressive des pressings dans l’indifférence générale. « On meurt en silence », déplore-t-elle.

Vice-président de la Fédération française des pressings et blanchisseries, Stéphane Cohen porte un regard bien moins pessimiste sur l’état du secteur. Il ne nie pas que beaucoup de pressings ont baissé le rideau mais selon lui, ce n’est pas parce que le marché s’est effondré. Il l’explique plus par le vieillissement des gérants « qui ont jeté l’éponge car ils n’arrivaient pas à trouver des repreneurs ou à recruter du personnel », explique-t-il. Avant de poursuivre : « C’est comme tout marché, il évolue avec les habitudes et les attentes des clients. »

Une gamme de services élargie

Contraints de se réinventer, beaucoup de pressings ont diversifié leurs activités en ne se contenant plus du simple nettoyage et repassage des vêtements. « Certains proposent un service à domicile, d’autres de la blanchisserie pour des locations Airbnb, de la retouche ou de la location des vêtements », détaille Stéphane Cohen. Surtout, à ses yeux, il y a un renouvellement de la clientèle. Il voit parmi ses clients des jeunes se détourner de la fast-fashion et miser sur la longévité de leurs vêtements. « Ils ont de belles pièces et nous sollicitent car ils ne savent pas comment les nettoyer. On a aussi beaucoup de demandes pour regonfler une doudoune après le lavage ou pour nettoyer des sacs et accessoires de luxe. »

Loin de Paris et de sa clientèle aisée, Céline, qui est « née et a grandi » dans le pressing familial, a aussi élargi sa gamme de services en ciblant de plus en plus les professionnels ou en vendant des produits de lessive ou d’entretien. « Cela permet juste de maintenir un peu d’activité car la situation est toujours morose », indique-t-elle, inquiète de voir son savoir-faire disparaître. Et le lien avec ses clients avec.