Tournoi des VI Nations: Raphaël Ibanez estime que la France « ne doit pas avoir d’autres ambitions que la victoire»
RUGBY•L’ancien capitaine des Bleus, aujourd’hui manageur de Bordeaux-Bègles, croit l’équipe de France capable de réaliser le Grand Chelem...A Bordeaux, propos recueillis par Marc Nouaux
L’équipe de France, il en connaît un rayon. Ancien talonneur et capitaine des Bleus, Raphaël Ibanez, aujourd’hui manageur de l’Union Bordeaux-Bègles et consultant pour France Télévisions, donne son sentiment avant l’ouverture du tournoi des VI Nations qui débutera par le «crunch» de samedi entre la France et l’Angleterre.
L’Angleterre est-elle vraiment plus forte que la France aujourd’hui ?
C’est difficile à dire. Au jeu des comparaisons, si on s’en réfère au précédent match on peut dire que l’Angleterre a l’avantage puisqu’elle s’est bien comportée lors des tests de novembre. L’équipe de France a affronté du très gros, du très lourd. Sur les récentes performances, on aurait plutôt tendance à donner l’avantage à l’Angleterre, mais le tournoi, c’est tellement particulier… on fait souvent référence à la tradition, au côté historique et à la saveur de cette compétition donc c’est un match à prendre avec beaucoup d’enthousiasme et de solidarité.
Affronter l’Angleterre, n’est-ce pas trop de pression pour cette charnière inexpérimentée ?
Il est évident que les choix ont été faits de façon à lancer dans le grand bain de jeunes joueurs qui n’ont pas une grande expérience de ce niveau. Moi, j’y vois de l’encouragement, un signe pour apporter de la fraîcheur, de casser un cycle qui a été négatif depuis trop longtemps. Je vois dans ce premier match une vraie opportunité, une chance de se réhabiliter. C’est peut-être un bien grand mot mais se réhabiliter aux yeux du grand public en frappant très fort dès le premier match mais surtout retrouver une forme de confiance. La composition d’équipe me paraît logique si on se réfère aux hommes en forme.
Qui est le mieux armé pour remporter le tournoi selon vous ?
L’Angleterre est en train de construire son équipe en vu de la Coupe du Monde 2015 et il y a une vraie volonté de la part du sélectionneur de lancer de jeunes joueurs. Mais avant cela, il veut avoir la certitude qu’ils puissent aller affronter les meilleurs et se retrouver dans les conditions les plus hostiles possibles. Est-ce qu’ils vont avoir les reins assez solides pour être dans la continuité de novembre dans cette compétition, rien n’est moins sûr. En revanche, les Gallois, eux, se sont promis de refaire l’histoire puisque dans les années 1970 l’équipe de Galles était invincible et redoutée de toutes les autres nations européennes. Ils récupèrent leur joueur dans un format, on appelle ça, «le camp Gatland», c’est devenu un véritable système de préparation très particulier où ils mettent l’accent sur la condition physique pour que leur jeu se mette en place donc ils vont être très difficiles à affronter, c’est sûr. L’équipe de France aussi aura son mot à dire, elle se doit de réagir après le tournoi de l’an dernier qui a été très négatif, très sombre, peu de solutions. Si ce premier match s’avère positif, tout est ouvert, tout est possible. Et elle ne devrait pas avoir d’autres ambitions que la victoire dans ce tournoi et pourquoi pas le grand chelem, elle est tout à fait en mesure de le réaliser.
Il y a toujours autant de saveur à affronter les Anglais ?
Jouer les Anglais, ça apporte ce côté «faire partie de l’histoire du rugby européen». Se mesurer pour aller chercher la suprématie européenne. Même si aujourd’hui, on a tendance à oublier que les Gallois sont redoutables, finalement, jouer l’Angleterre, ça nous renvoie au côté tradition et ça amène un supplément d’âme chez nos joueurs français. On peut considérer que ce sont nos meilleurs ennemis et il y a aussi ce terme que les Anglais se plaisent à utiliser, c’est «l’entente cordiale». On est dans la convivialité, mais autour du rugby et sur le terrain, il y a quand même une compétition acharnée, qui s’est déplacée aussi. Il n’y a plus de mots autour des matchs, on trouve une communication très sobre envers l’adversaire de la part des deux formations, en revanche sur le terrain c’est toujours aussi intense, rugueux et abrasif.



















