Euro 2016: Il faudrait arrêter de gonfler les Bleus avec les anciens France-Allemagne, svp

FOOTBALL Les anciens internationaux tricolores de 1982 et 1986 refusent d’accorder de l’importance à leurs désillusions subies face à l’Allemagne en vue de la demi-finale de l’Euro 2016 jeudi…

Jérémy Laugier

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Michel Platini s'inquiète de la santé de son partenaire Patrick Battiston, inconscient après avoir été violemment percuté par le gardien allemand Harald Schumacher, le 8 juillet 1982 à Séville.

Michel Platini s'inquiète de la santé de son partenaire Patrick Battiston, inconscient après avoir été violemment percuté par le gardien allemand Harald Schumacher, le 8 juillet 1982 à Séville. — STAFF / AFP

A Lyon,

« Ça fait partie de l’histoire, mais on ne va pas faire les vieux combattants. » Didier Deschamps voulait déjà éviter de faire rejaillir de vieux démons, en juillet 2014, avant que son équipe n’affronte l’Allemagne (0-1) en quart de finale du Mondial. Aussi fascinant que traumatisant, le double affrontement maudit des Coupes du monde 1982 et 1986 n’a donc aucune raison d’être rabâché aux Bleus d’ici leur demi-finale de l’Euro jeudi.

« Je me rends compte que les joueurs actuels ne savent pas du tout que j’ai été footballeur. Il y a un manque de culture foot en France », souligne Yannick Stopyra, attaquant de l’équipe de France ayant disputé la demi-finale perdue (0-2) à Guadalajara (Mexique) contre la Mannschaft il y a trente ans. Responsable du recrutement des jeunes aux Girondins de Bordeaux, celui-ci n’envisage « pas du tout comme une revanche » ce choc de l’Euro à Marseille.

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Alain Giresse : « On ne va quand même pas leur plomber le moral »

« Les deux sélections ont tellement changé depuis le temps qu’on ne peut plus faire référence à ces matchs. C’est comme si à notre époque, nous avions pensé au parcours des Bleus au Mondial 1958 [3e place arrachée face à l’Allemagne]. » N’allez donc pas fantasmer la diffusion en boucle dans les vestiaires du Vélodrome de la caresse de ce cher Harald Schumacher sur Patrick Battiston.

« On ne va quand même pas leur plomber le moral en leur rappelant que l’Allemagne a pu être notre bête noire il y a trente ans, lance Alain Giresse, auteur du troisième but lors du match mythique de Séville (3-3, 4-5 aux tirs au but). De toute façon, je n’imagine pas une seconde les joueurs être boostés ou handicapés moralement par d’aussi vieilles éliminations. » L’actuel sélectionneur du Mali voit d’ailleurs son raisonnement conforté par la première qualification de l’histoire, samedi, pour les Allemands aux dépens de l’Italie.

Yannick Stopyra : « Je crains plus une émotion comme celle du Brésil en 2014 »

« Un match de football ne se joue jamais par rapport à l’histoire. Même en 1986, on n’a pas perdu là-dessus », insiste Alain Giresse. Si pression psychologique il y a avant cette première demi-finale pour les Bleus dans un grand tournoi depuis 2006, elle pourrait être ailleurs. « Je ne crois pas du tout au poids du passé. Mais à l’image des visages crispés avant le premier match contre la Roumanie, je crains plus une émotion comme celle vécue par le Brésil durant sa Coupe du monde », confie Yannick Stopyra.

Après avoir été ultra-émotive à plusieurs reprises, la bande à Luiz Felipe Scolari avait été désintégrée (1-7) le 8 juillet 2014… contre l’Allemagne en demi-finale. En cas de pareil supplice jeudi, la France signerait pour trente nouvelles années de traumatisme contre son voisin.

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