Euro 2016: Et si tout se jouait dans le bus entre l'hôtel des Bleus et le Stade de France?
FOOTBALL•D’anciens internationaux racontent comment il faut gérer ce moment particulier avant le match contre la Roumanie…Julien Laloye, avec A.Mag.
Les règlements abscons de l’UEFA ont parfois du bon. En imposant à l’équipe de France de dormir à l’hôtel Pullman de Bercy la veille de son match d’ouverture pour réduire la distance à couvrir jusqu’à Saint-Denis, la société organisatrice de l’Euro lui a quelque part simplifiée la vie. Ça ne fera qu’une grosse vingtaine de minutes à cogiter pour les Bleus dans leur bus tout confort avant de pénétrer dans les entrailles du Stade de France et commencer leur Euro pour de bon. Vingt minutes pour réfléchir, vingt minutes pour prendre conscience de ce qui se joue un peu plus tard, vingt minutes pour voir l’espoir dans les yeux des supporters tricolores aux fenêtres, vingt minutes pendants lesquelles tout peut basculer.
Plusieurs anciens du XV de France nous confiaient plus tôt dans la semaine que c’est lorsqu’ils avaient vu l’engouement populaire en regardant à travers les vitres du bus que tout leur était tombé dessus avant le match d’ouverture de la Coupe du monde à 2007 : La pression, l’attente, la responsabilité, tout ce qui fait que jouer une grande compétition à domicile est un truc démentiel. Extraits des conversations avec les intéressés.
Robert Pires, champion du monde 98, consultant pour beIN sport, diffuseur de la compétition en intégralité, raconte le trajet jusqu’au Stade Vélodrome avant l’Afrique du Sud.
« « On était tendus, sereins, concentrés. Je me souviens du grand silence qui régnait, tout le monde était un peu dans son coin. Ça fait des semaines qu’on attend, les journalistes ne parlent que de ça, les gens qu’on croise dans la rue ne parlent que de ça. Tu vois les gens qui t’encouragent par les fenêtres, et tu prends conscience à quel point ce premier match est important si tu veux faire en sorte que les gens soient derrière toi pour le reste de la compétition. On ne perd pas nos moyens, mais il y a une prise de conscience de l’attente du pays. C’est un moment que chacun vit de son côté ». »
Rémy Martin, membre du XV de France défait par l’Argentine en match d’ouverture du Mondial 2007, raconte le trajet jusqu’au Stade de France.
« « On était à Marcoussis [Le centre d’entraînement du XV de France dans l’Essonne], un peu coupés du monde, on n’avait pas conscience de l’engouement populaire. Sur le trajet pour le Stade de France, on a pris tout dans la figure au même moment. Certains n’ont peut-être pas gardé ce souvenir, mais moi j’ai tout en tête. Quand tu vois les gens sur la route qui t’encouragent quand ils aperçoivent le bus, les voitures en bleu blanc rouge partout, tu te rends compte que c’est une compétition énorme. D’un coup, on n’a plus le droit à l’erreur par rapport à toute cette attente ». »
Christian Gaudin, champion du monde 2001 de handball, raconte le trajet jusqu’au Palais des Sports de Nantes
« « Je n’ai pas le souvenir que l’ambiance dans le bus était différente avant le premier match en France qu’elle ne l’était avant le premier match de n’importe quelle grande compétition. Chacun avait ses occupations, certains écoutaient de la musique, d’autres lisaient, ou discutaient. On était tous concentrés surtout. Ce qui rajoutait un peu plus de piment c’est quand on approchait de la salle, il y avait un public qui était nombreux. C’était touchant, c’était rassurant, et quelque part sympathique de vouloir nous accompagner dès la descente du bus. Mais ça n’a pas non plus annihilé nos capacités avant d’entrer dans la salle ». »
Bilan des témoignages ? Tout ne se joue pas dans le bus, c’est une chance. Rémy Martin garde en tête que l’équipe avait plongée pour de bon lors de La Marseillaise à quelques minutes du coup d’envoi, alors que Christian Gaudin avait senti la pression monter lors de la sortie de vestiaire pour aller s’échauffer. Mais le comportement général du groupe à ce moment précis en dit beaucoup sur son assurance, quand même.
Les Bleus de 98, au fond, ne savaient ce qui les attendait après deux ans de matchs amicaux ennuyeux et un sélectionneur critiqué par tous. Ceux de 2000 étaient bien plus sûrs d’eux. « L’ambiance dans le bus n’avait rien à voir entre le premier match de 98 et celui de 2000. Je me souviens que nous, les jeunes, on jouait aux cartes avant le Danemark. Et quand tu joues aux cartes, tu gueules, forcément, enfin, tu parles fort. Il y avait beaucoup moins de tension qu’avant ce match contre l’Afrique du Sud. Le groupe avait plus de certitudes, on était champions du monde, mais ne pas jouer à domicile, dans l’approche, ça change beaucoup ». Tant que ça fait 3-0 à la fin, on prend les deux façons de faire.
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