Ligue des champions: «On voyage beaucoup avec des gardes du corps», raconte Alexandre Barthe, défenseur de Ludogorets

INTERVIEW Le Français, qui a fait une demande de passeport bulgare, dispute la Ligue des champions avec le Ludogorets Razgrad…

Propos recueillis par Antoine Maes

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Le défenseur français du Ludogorets Razgrad Alexandre Barthe, en avril 2014, à Sofia.

Le défenseur français du Ludogorets Razgrad Alexandre Barthe, en avril 2014, à Sofia. — NIKOLAY DOYCHINOV / AFP

«Ça a été frustrant». Alexandre Barthe n’est pas verni. Le défenseur français du Ludogorets Razgrad a pour le moment loupé toute la campagne de Ligue des champions avec le club bulgare, qui affronte entre autres Liverpool et le Real Madrid. La faute à une blessure dont il se remet tout juste. Pas de bol, pour un type parti très tôt du centre de formation de Saint-Etienne, et qui a fini par se faire un nom au pays de Hristo Stoïchkov, où il vit depuis six ans.

Comment on débarque en Bulgarie quand on est inconnu en France?

J’étais au centre de formation de Saint-Etienne. Ensuite j’ai fait deux ans à Rodez en National. J’ai quelques sélections en équipe de France jeune. On m’a fait une proposition intéressante financièrement pour rejoindre le Litex Lovetch. J’ai fait 3 ans là-bas et depuis trois ans je suis au Ludogorets. Je ne m’attendais vraiment pas du tout  à ce qui m’est arrivé. Quand on me l’a proposé, j’ai dit non direct! Je suis venu en Bulgarie pour voir comme ça se passait. J’aurai dû rester une dizaine de jours. Et j’ai pris l’avion au bout de trois jours pour rentrer en France. Je n’avais pas envie de venir. Ça m’a surpris, les installations, la langue, c’est assez spécial. C’était un petit choc! J’avais 22 ans, ça m’a fait un peu flipper tout ça. Je suis rentré à Avignon, j’ai discuté avec ma famille et puis j’ai décidé de tenter ma chance.

Pourquoi vous n’avez pas percé en France?

Dans les centres de formation, il y a énormément de bons joueurs. Et une carrière se joue à pas grand-chose. Je n’ai pas été très bien orienté quand j’étais à Saint-Etienne, je ne travaillais pas forcément avec les bonnes personnes. J’aurai dû signer mon contrat pro là-bas, mais mon agent m’a dit de refuser, tout ça… Ce sont des détails qui font que ça n’a pas marché en France, mais je ne regrette pas non plus. On peut toujours avoir mieux, mais j’aurais pu avoir pire.

Vous êtes en attente d’un passeport bulgare, c’est que vous vous êtes bien adapté finalement…

J’aime bien découvrir ce qui se passe ailleurs. J’ai très vite appris la langue, en six mois. Ce n’est pas facile, mais comme j’ai un tempérament avenant, j’aime aller vers les autres, donc j’étais obligé. Je suis marié avec une Bulgare, j’ai un bébé de cinq mois… J’ai un attachement encore un peu plus fort à la Bulgarie. Mais je reste Français à 80%, on va dire.

C’est quoi le truc le plus surprenant que vous ayez vu en Bulgarie?

Une fois on était en déplacement contre une équipe assez chaude. On était à l’entraînement et des supporters sont arrivés, il n’y avait pas trop de sécurité et ils nous ont insultés, ils nous ont carrément envoyé des pierres. Ils sont rentrés sur le terrain et c’est parti en vrille. C’était impressionnant mais ça s’est vite dissipé: on voyage avec une dizaine de gardes du corps. Et quand notre président, qui a beaucoup de business, est présent, c’est au moins trente gardes du corps.

Vous conseilleriez à d’autres joueurs de vous rejoindre?

Je ne vendrais pas le projet, je serais cash: il y a certains clubs avec qui ça se passe très bien, d’autres moins bien. Si on m’appelle, je dirais que ça dépend des clubs… Il y a des personnes qui ont eu des problèmes à la fin. Moi je n’ai pas eu un seul.