Le milieu de terrain français Samir Nasri, le 19 juin 2012 contre la Suède à Kiev.
Le milieu de terrain français Samir Nasri, le 19 juin 2012 contre la Suède à Kiev. - F.FIFE/AFP

Bertrand Volpilhac

De notre envoyé spécial en Ukraine,

«Bien sûr qu’on peut faire quelque chose de beau, mais il n’y a pas que nous. Il ne faut pas mettre la pression sur cette génération.» Il en a sans doute trop entendu parler, Hatem Ben Arfa, de cette fameuse génération 87. Ces surdoués champions d’Europe des moins de 17 ans en 2004, qui devaient incarner le futur du football français. Quatre d’entre eux le font à cet Euro: «HBA» donc, Samir Nasri, Jérémy Menez et Karim Benzema. Mais seul ce dernier a réussi à s’y imposer. Car même s’il est souvent titulaire, Nasri fait encore débat.

Benzema agacé 

Et pas seulement dans les notes des journalistes. Parfois intéressant dans sa capacité à garder le ballon, il est souvent irritant dans sa faculté à ne jamais le lâcher et à oublier le boulot défensif. En témoigne la crise piquée par Alou Diarra après la défaite face à la Suède, relatée jeudi par L’Equipe, pour laquelle Nasri se serait immédiatement senti visé. Karim Benzema lui-même, d’une petite phrase passée inaperçue mais assassine, laisse deviner son agacement de ne jamais être servi dans de bonnes conditions: «Les occasions, elles arrivent quand on me fait des passes.» 

Par son indolence, qui pourrait parfois se confondre avec de la suffisance ou de l’insolence, le «petit prince» n’a jamais complètement séduit le public français. En 2008 déjà, il avait créé la polémique en prenant dans le bus des Bleus la place réservée aux anciens. Il y a dix jours, même après avoir marqué face à l’Angleterre au début de l’Euro, son geste agressif envers les médias a effacé instantanément tout le crédit de sa belle frappe. Et peut-être aussi énervé certains coéquipiers, sans doute ravis de voir leurs efforts pour redorer l’image s’envoler d’un coup. 

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Nasri, le vilain petit canard? «J’ai l’impression qu’il en faut toujours un, qu’il y ait toujours quelqu’un dans le viseur, défend l’entraîneur adjoint des Bleus, Alain Boghossian. Samir est assez fort mentalement pour accepter ces critiques, il en a fait les frais avec City quand il est arrivé mais il a su rebondir. A lui de nous démontrer qu’il n’est vraiment pas touché par ça.» Le talent efface tout. Et si Laurent Blanc continue de lui faire confiance, c’est que Samir Nasri en a beaucoup.