Euro 2012: Knysna-Kirsha, est-ce vraiment comparable?

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Publié le 29 janvier 2014.

FOOTBALL - Les vieux démons de 2010 se sont réveillés en Ukraine...

De notre envoyé spécial en Ukraine,

«Moi je peux très bien le dire mais si vous l’écrivez, tout le monde en France en sera convaincu. Tout est aplani, il n’y a plus rien, le feu est éteint.» Quand on lui demande d’expliquer en quoi les tensions de Kirsha n’ont «rien de comparable» avec celles de Knysna, qu’il a connu deux ans plus tôt, Alain Boghossian est catégorique: ça va mieux chez les Bleus. Personne n’est obligé de le croire, lui ou Laurent Blanc, qui avait aussi assuré que la situation s’était calmée, avant que ne paraisse dans l’Equipe le récit de la soirée mouvementée de Kiev. Il n’empêche qu’à plusieurs titres, on est encore loin du désastre sud-africain.

Pas d’insultes, pas de défiance

Replaçons les choses dans leur contexte. En 2010, à la mi-temps du match face au Mexique, Nicolas Anelka avait insulté son propre sélectionneur de «fils de pute». Mardi soir, aucun propos de ce genre n’a fusé, Nasri demandant même à Alou Diarra de «rester poli». Que certains reprochent à d’autres de ne pas avoir fait le boulot sur le terrain semble légitime après une défaite, c’est quand on dépasse certaines limites de «courtoisie» que naissent de vraies fractures. Au même titre, Hatem Ben Arfa n’a pas fait preuve de défiance envers Laurent Blanc, comme Anelka envers Domenech. Il a simplement eu une réaction à chaud similaire à celle d’un enfant que l’on dispute: «Si vous n’êtes pas content de moi, renvoyez-moi chez moi», avant de «tout remettre à plat et de serrer la main» du sélectionneur selon Alain Boghossian. A priori, rien de vraiment méchant. 

Blanc tient mieux son groupe

A Knysna, Raymond Domenech n’avait quasiment aucune autorité sur le groupe. Ceux à qui il avait promis des «coups de fusil» s’ils ne suivaient pas le chemin du collectif ont gambadé dans les prés sud-africains comme il leur a plu. Tout ça se concluant par cette scène quasi mythologique de la lecture de la lettre devant la presse. La situation n’est plus la même aujourd’hui. Malgré l’énervement dans le vestiaire après France-Suède, Laurent Blanc jouit dans le vestiaire d’une solide autorité. Parce que son passé de champion du monde impose le respect, mais aussi parce que les principaux cadres sont des joueurs proches de lui, qu’il a soutenu envers en contre tout (Diarra, Mexès, Ribéry) ou à qui il a donné une nouvelle dimension (Lloris, Benzema). Quand il décide d’un changement dans sa composition, aussi injuste puisse-t-il , les joueurs l’acceptent sans broncher. Quand il les fracasse dans les médias («Ce qui nous manque, c’est de l’intelligence de jeu, c’est une qualité de plus en plus rare dans le football» a-t-il balancé mercredi) ils encaissent. Blanc est la figure tutélaire d’une équipe de France jeune qui cherche à se racheter une conduite, même si elle n’y arrive pas toujours. 

Une communication habile et plus honnête

«On sait très bien que tout finit par se savoir dans la presse». Pas dupes, le staff des Bleus et Alain Boghossian ont compris dès mardi soir que les incidents arriveraient aux oreilles du grand public. En bonne intelligence, ils ont donc tenté d’atteindre le feu avant même que le silex n’ait été frotté. Là ou Domenech, Evra et les autorités pseudo-compétentes avaient cherché à mentir, minimiser, passer sous silence. Dès la fin du match, Laurent Blanc, toujours très disponible et didactique devant les médias, a ainsi évoqué ces tensions, avant d’y revenir le lendemain, sans s’attarder plus que ça. Quelques minutes après lui, c’est Florent Malouda qui a dévoilé que les joueurs s’étaient envoyé «des missiles». Tout le monde le sait, le Guyanais noie rarement le poisson en conférence de presse. Honnête, bavard, il dit toujours ce qu’il ressent et le staff des Bleus savait qu’en l’envoyant devant les caméras, une grosse partie des mystères de Kiev seraient dévoilés. Ce qui donne un peu de moins de poids aux révélations de l’Equipe et permet jeudi matin à Alain Boghossian de dire que l’équipe de France «n’a rien à cacher». «Si ça n’avait pas été dit, poursuit-il, peut-être que ce serait Laurent qui vous l’aurait dit directement». On ne le saura jamais, mais on peut au moins le croire.

 

Bertrand Volpilhac
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