Jakub Blaszczykowski après son but contre la Russie, le 12 juin 2012 à Varsovie.
Jakub Blaszczykowski après son but contre la Russie, le 12 juin 2012 à Varsovie. - K.Pfaffenbach / REUTERS

Alexandre Pedro

De notre envoyé spécial à Gdansk,

La vie de Jakub Blaszczykowski ressemble à l’orthographe de son patronyme. Compliquée. Propulsé au rang de sauveur de la nation par 38 millions de Polonais après son égalisation contre la Russie, «Kuba» a tout de suite pointé ses doigts vers le ciel. Un geste dédié (comme tous ses buts) à Anna, cette mère trop vite disparue. Dans cet Euro, d’autres joueurs ont eu la douleur de perdre leur maman très jeune. Mais aucun dans des circonstances aussi tragiques que Blaszczykowski. A onze ans, il voit son père, Zygmunt, tuer sa mère sous yeux après une dispute conjugale.

Quinze ans plus tard, le drame hante encore l’actuel capitaine de la sélection et milieu de terrain de Dortmund en Bundesliga. «Ce qui s’est passé va me poursuivre tout le restant de ma vie, confie-t-il dans une interview pour la télé polonaise. Toute ma vie, je me demanderai ce qui aurait changé si elle était toujours vivante. J’avais onze ans et c’est comme si je recevais un rocher sur la tête. Une semaine après, ma grand-mère me recueillait et je devais commencer une nouvelle vie. Comme si rien ne s’était passé.»

Il assiste à l’enterrement de son père avant l’Euro

Neveu d’un ancien international polonais, Blaszczykowski a longtemps refusé d’évoquer cette tragédie. Un silence comparable à celui d’Andy Murray, survivant du massacre de l’école de Dunblane à l’âge de huit ans. Mais comme l’Ecossais en 2008, le milieu de terrain de Dortmund a ressenti le besoin d’évoquer ce traumatisme. «Plus tôt dans ma vie, j’étais incapable d’en parler. Mais je me sens plus mature désormais pour évoquer la question.»

Concernant le geste de son père, Kuba dit «ne toujours pas en comprendre la raison». Il ne l’a jamais revu, ni pardonné. Même après sa sortie de prison en 2011. Il a cependant assisté à ses obsèques en mai dernier. Catholique très pratiquant, Blaszczykowski lit la Bible tous les jours et dit être persuadé que sa mère «veille» sur lui. «Quand je rencontre des difficultés dans ma vie, je sais qu’elle est là et qu’elle m’aide.» Avec ce soutien et la ferveur de toute la Pologne, «Kuba» rêve maintenant de battre la République Tchèque (samedi) et de qualifier son pays pour la première fois en quart de finale d’un championnat d’Europe.