Le Belge David Goffin, le 1er juin 2012, à Roland-Garros.
Le Belge David Goffin, le 1er juin 2012, à Roland-Garros. - A.GELEBART / 20Minutes

Antoine Maes, à Roland-Garros

«On va se chercher une bière?» -«Tu pourrais attendre la fin du match…» Le clan Goffin a bien fait de zapper l’apéro. Le jeune belge de 21 ans, mollets de poulet et mèche au vent, s’est qualifié pour les 8es de finale de Roland-Garros. Dit comme ça, ça ne dit pas grand-chose. Mais le Liégeois, bourreau d’Arnaud Clément au tour précédent, est le premier lucky loser [joueur ayant profité d’un forfait pour participer au tournoi final] depuis 1995 à atteindre ce stade de la compétition. Pour renverser le 49e mondial, Lazlo Kubot (7-6, 7-5, 6-1), le Belge a bien sûr sorti le grand jeu. Mais on y reviendra.

Federer, son joueur préféré

Il a surtout su surfer sur une ambiance rarement connue sur la terre parisienne. De fait, le petit court n°7 est devenu un vrai stade de foot, à la ferveur digne de Sclessin, l’antre du Standard de Lège. Des Belges partout, la queue dans les allées pour entrer en tribunes, et une énorme dose d’humour. Après une énième séance de «David! David! David!», un énergumène a fait rire les tribunes en répondant «Goliath! Goliath! Goliath!». Et quand quatre Polonais ont tenté d’apporter un peu de réconfort à leur joueur, la marée belge s’est empressée de lancer des «Chuuuut!» totalement incongrus. Bilan: «Respectez le public polonais», s’est senti obligé de réclamer l’arbitre.

Cette ambiance-là aurait même pu faire dérailler le 129e mondial, pas encore 21 ans. Mais son jeu tout en variétés a survécu aux broncas descendues des tribunes. Où sa famille avait pris place, avec son père en tête de file, placide en dehors, bouillant à l’intérieur. «Le but, c’était que quand il se retourne, il nous voit sereins. Qu’on ne soit pas en train de s’arracher les cheveux après un point raté», raconte Michel, le papa. Ancien joueur classé 0, il raconte ce qu’un père vit quand la progéniture crève l’écran. «Il est en train de faire le buzz en Belgique. Hier, il a fait l’ouverture des deux JT. La Belgique hors du tennis commence à le découvrir.»

Puisqu’en France on ne le connaît pas du tout, on l’a laissé se présenter. Son coup préféré? «Revers long de ligne». Première raquette en main? «A six ans». Joueur préféré? «Roger Federer, j’avais pleins de posters de lui dans ma chambre». Ça tombe bien, c’est son prochain adversaire. «Si je peux le battre? Si je dis oui, je passe pour un prétentieux, si je dis non, on va me dire que je manque d’ambition», sourit David Goffin. D’ambition, il n'en manque pas. Son père, quelques heures après la bagarre, dans les canapés du Central, détaille «un projet de jeu qui prend du temps», pour un joueur «qui tient physiquement plus de Djokovic que de Nadal, avec tout le respect que j’ai pour ces monstres sacrés». Le troisième, Federer, fera connaissance avec la technique suave de David Goffin et sa caravane de fans timbrés dès dimanche.