Victoria Ravva: «On ne montre pas notre cul pour qu'on parle de nous»
INTERVIEW•La joueuse cannoise a une vision très personnelle des calendriers glamour dans lesquels elle pose...Propos recueillis par Romain Scotto
Icône du volley féminin en France, la joueuse de Cannes et des Bleues note une évolution des mentalités concernant le sport féminin. Plus exposé et respecté depuis une vingtaine d’années, il profite en partie des initiatives extra sportives de certaines joueuses, aussi à l’aise sur un terrain que sur papier glacé…
Comment jugez-vous l’évolution du volley féminin en termes de notoriété depuis une vingtaine d’années?
Depuis 1995, beaucoup de progrès ont été faits. Je ne sais pas si les médias sont venus à nous parce qu’il y a plus de reconnaissance pour les femmes ou parce qu’on a eu des résultats. C’est difficile à dire. Notre présidente s’est battue pour la cause des femmes dans le sport. La parité. Elle a fait énormément de choses. Donc il y a plus d’intérêt autour de nous. La première grosse vague de médiatisation a eu lieu quand on a gagné les deux Coupes d’Europe (2002 et 2003). Puis il y a eu des coups avec les calendriers glamour qu’on a pu faire. Les médias ont encore parlé de nous. Mais à chaque fois, il faut qu’on prouve par nos résultats ou quelque chose hors du commun qu’on existe pour qu’on ne nous oublie pas. Sinon, les médias arrivent et puis ils ne s’intéressent plus à nous.
Vous êtes donc obligées de poser sur ces calendriers glamour pour exister?
Quelque part, malheureusement, oui. Mais nous nous ne somme pas forcées. C’est quelque chose qui a toujours été très amusant pour tout le monde. C’est un clin d’œil du début de saison pour lancer notre coupe d’Europe. Pour nos supporters et nos fans. Personne n’est contre. Beaucoup de gens disent qu’on n’est pas obligées de montrer notre cul pour être médiatisées. En fait, ce n’est pas ça dans nos têtes. On veut montrer un autre visage des femmes qu’on est. En tant que sportives, on est souvent dans la peau d’une guerrière, des femmes en jogging, un peu brusques. Là, c’est l’occasion de montrer notre sensibilité, notre beauté, notre grâce aussi. Le but n’est pas de montrer notre cul pour qu’on parle de nous.
Cela n’a pas toujours plu à vos supporters…
C’est normal. Il y en a toujours à qui cela ne plaît pas. Mais il y a eu plus de bonnes critiques que de mauvaises. C’est un calendrier glamour qui n’a rien de pornographique ou de très hard. On reste dans des normes et dans des jolies choses plutôt que la vulgarité.
Aujourd’hui, il n’y a aucune femme parmi les 50 sportifs français les mieux payés. Cela vous choque-t-il?
Oui, ça me choque beaucoup. Dans le sport ou n’importe quel métier. On est loin de la parité malheureusement. C’est vraiment dommage. En plus, la vie d’une femme sportive est plus compliquée que celle d’un homme. Il y a la maternité à gérer. Je l’ai vécue. Il y a beaucoup de sacrifices à faire. Une femme qui est tout le temps sur les routes peut être aussi taxée de mère indigne qui ne s’occupe pas de ses enfants. Ne pas être récompensé au même niveau, c’est dommage, mais c’est comme ça malheureusement. Les médias y sont pour beaucoup.
Est-ce spécifique à la France ou connaissez-vous des pays où le sport féminin est plus coté que le sport masculin?
J’ai un exemple simple. Le volley en Turquie (Elle y a joué deux ans entre 1993 et 1995). C’est un pays musulman où l’image des femmes est différente qu’en France. Plus «fermée». Mais dans le volley, les femmes sont beaucoup mieux payées que les garçons. Bon, il y a quelques garçons qui sont des stars internationales, mais en comparant la moyenne des deux championnats, les femmes sont mieux payées que les hommes. Voilà.


















