Monaco-Leipzig: Sourire, adaptabilité et fermeté... Vasilyev, ou la diplomatie au service du football

FOOTBALL En moins de quatre ans, Vadim Vasilyev, vice-président de Monaco, est devenu l’homme fort du projet asémiste. Et son passé de diplomate y est pour quelque chose…

William Pereira

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Vadim est un génie, la preuve.

Vadim est un génie, la preuve. — BEBERT BRUNO/SIPA (Montage: WP)

Un championnat déjà presque perdu ainsi qu’une survie en Ligue des champions fortement compromise et largement dépendante du résultat du match de mardi soir contre Leipzig… A Monaco, plus lourde est la chute. Ou du moins le retour sur terre après une saison 2016-17 aussi extraordinaire que déjà oubliée par certains fans asémistes. Vadim Vasilyev peut en attester, lui qui était presque adulé il y a six mois de cela.

A l’occasion de la troisième soirée des abonnés de l'ASM, le 15 novembre, le dirigeant russe a été accusé de ne pas avoir tenu sa principale promesse printanière, celle de ne pas laisser de gros noms s’échapper pendant le mercato (coucou Mbappé, Mendy, Bernardo et compagnie). Mais s’en est sorti avec astuce (propos rapportés par Nice-Matin) :

« Je répète que le club ne peut pas vivre sans ces départs. Ça fait partie de notre succès et c’est difficile car on prend des paris et des risques quand on choisit les remplaçants. […] On a promis une équipe compétitive et nous avons une équipe compétitive qui progresse. Finir sur le podium c’est déjà un grand succès chaque année. »

« Il n'était absolument pas gêné. Vadim est imperturbable et encore moins par des supporters qui posent une question dont tout le monde se doutait qu’elle arriverait », nous confie sur Twitter Yannick, sur place ce soir-là. Comme toujours, le vice-président directeur général de l’AS Monaco s’exprime en français et avec calme dans le but d'apaiser les esprits inquiets. Il n’y a pas de hasard. Bien avant de s’installer sur le rocher, Vasilyev a embrassé une carrière de diplomate au ministère des affaires étrangères de l’URSS puis à l’ambassade d’URSS en Islande entre 1987 et 1990 sous Gorbatchev.

Le gentil Vadim Vasilyev

De cette époque, Vadim garde un petit sourire malicieux, parfois touchant. Le genre de truc qui vous rend un homme sympathique. Si bien que, quand il débarque tout sourire et les yeux humides en zone mixte au Juventus Stadium après la demi-finale de Ligue des champions perdue en mai dernier, le vice-président nous évoque plus un gosse heureux de vivre qu’un haut dirigeant d’un club du Top 4 européen.

Poker face vs grand sourire
Poker face vs grand sourire - BEBERT BRUNO/SIPA

« On ne le voyait au mieux qu’une fois tous les 15 jours, mais quand il venait nous parler, il était toujours souriant et courtois avec nous. Je ne sais pas si c’était naturel ou si c’était travaillé parce que c’est un ancien diplomate, mais il avait toujours ce sourire », assure Jean Petit, ancienne gloire de l’ASM et membre du staff de l’équipe jusqu’en 2015, qui voit bien de quoi on parle. Et de poursuivre :

« Je n’ai jamais eu le moindre problème avec lui, au contraire. En ce moment, j’organise les 40 ans du titre de 77-78, j’ai contacté le Prince pour savoir quand il serait disponible pour les festivités puis j’ai demandé à Vadim si l’événement l’intéressait, il m’a tout de suite dit "oui, les historiques, il faut pas les oublier". Il comprend. Parce qu’il est toujours à l’écoute. »

3615 Vadim écoute

Car la diplomatie selon Vasilyev, ce n’est pas seulement ressembler à un ours en peluche qu’on prendrait volontiers dans les bras, non. C’est aussi tendre l’oreille. « Il défend toujours les intérêts de son club tout en en étant réceptif aux arguments de son interlocuteur », loue Hervé Marchal, premier agent de joueur à avoir négocié avec le Russe à une époque où celui-ci ne connaissait – de son propre aveu – que très vaguement la notion de mercato et ne maîtrisait pas forcément les subtilités de la langue française. Marchal, toujours :

« Lors de notre premier entretien il ne parlait pas le français mais il a insisté pour que nous parlions le moins possible en anglais afin de privilégier le français. Dès qu’il ne comprenait pas une expression, il demandait la traduction et la notait sur un cahier. Je m’en suis aperçu lorsque je lui ai dit, en parlant de l’équipe, "il faut du temps pour que la mayonnaise prenne". »

Le talentueux monsieur Vasilyev

Souriant, réceptif, linguiste… et adaptif. Quand il est nommé conseiller de Rybolovlev en janvier 2013, l’actuel vice-président asémiste est bien plus calé en business d’engrais de potassium – dans lequel il s’est lancé dans les années 1990 – et restauration – il a lancé trois restaurants à Moscou – qu’en football. Son seul lien avec le ballon rond ? Un amour ardent pour le CSKA Moscou hérité du paternel. Mais qu’importe, un bon diplomate se doit de se débrouiller sur tout type de terrain. Jean Petit :

« Vadim n’est pas fou. Il savait en arrivant qu’il ne comprenait pas le foot donc quand le président lui a conseillé un manager pour construire l’équipe et un directeur, Constantin quelque chose [Konstantin Zyryanov], il a écouté, s’est mis en retrait et il a observé. Et puis je pense que quand Vadim a vu que ce gars-là prenait trop de liberté, il a fini par dire "stop, c’est moi le patron" [Zyryanov a démissionné neuf mois après l’arrivée de Vasilyev]. »

>> A lire aussi : C'est comment une négociation avec Monaco, le club qui a ramené 200 millions cet été?

La théorie est plausible. Car l’intéressé sait faire preuve de fermeté, et ils sont nombreux à le dire. Hervé Marchal, d’abord (« Vadim est très sympathique mais cela ne l’empêche pas d’être un EXCELLENT négociateur. Bien au contraire. C’est intéressant de négocier avec un homme aussi charismatique que lui ») mais aussi Jorge Mendes, l’agent de Cristiano Ronaldo et Falcao («  quand tu parles contrat avec lui, ce n’est pas simple. Pas simple du tout, même ! »). Ou l’art de gagner le respect du foot-game et vendre pour 226 millions d’euros en un mercato avec un sourire candide.