C'est comment une négociation avec Monaco, le club qui a ramené 200 millions cet été?

FOOTBALL Le club princier a vendu Anthony Martial pour 80 millions...

R.B, B.V. et F.L.

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Vadim Vasilyev à l'entraînement de l'AS Monaco le 29 juin 2015.
Vadim Vasilyev à l'entraînement de l'AS Monaco le 29 juin 2015. — VALERY HACHE / AFP

Ils ont arraché 80 millions d’euros à Manchester United pour Anthony Martial, ont vendu Geoffrey Kondogbia 40 à l’Inter Milan et ont récupéré 25 du départ de Layvin Kurzawa au PSG. En tout, les dirigeants de l’AS Monaco ont amassé 200 millions d’euros lors de ce mercato estival, confirmant leur réputation de vendeurs d’exception. Mais comment se comportent-ils autour de la table des négociations ? 20 Minutes a interrogé trois acteurs qui ont traité avec eux cet été.

Ils connaissent le football

OK, il y a le cas Radamel Falcao, à la ramasse depuis sa blessure de janvier 2014. A un degré moindre Lucas Ocampos, acheté 11 millions d’euros et revendu 7,5 à l’OM cet été. Mais globalement, Monaco a évité les erreurs de casting dans ses achats majeurs depuis l’arrivée des investisseurs russes. « A la base, ils sont très performants dans le recrutement. Quand vous traitez, vous avez affaire à des gens du football, ils maîtrisent leur sujet », explique David Wantier, agent de Delvin Ndinga, prêté cet été par l’ASM au Lokomotiv Moscou.

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Le plus fin connaisseur se nomme Luis Campos. Ancien chef scout du FC Porto, le conseiller spécial du vice-président est un proche de Jorge Mendes, l’un des agents les plus influents, et passe son temps à écumer les stades à la recherche de la future pépite. Grâce à ses conseils, l’ASM sait où elle met les pieds et combien le marché pourra valoriser ledit joueur à moyen terme. « Il faut analyser leur action en amont. Quand vous achetez un joueur cinq millions et que vous le revendez 70 deux ans après, c’est que celui qui l’a acheté était très visionnaire, note Hervé Marchal, agent de l’ex-Monégasque Mounir Obbadi. Pareil pour James Rodriguez [vendu 80 millions d’euros au Real Madrid en 2014]. Ils ont une grosse connaissance mais ils ont le bon homme à la place, pour aller chercher le talent. »

Ils sont dignes de confiance

Pour mener de bonnes négociations, il faut une relation de confiance entre deux parties. Et les dirigeants de l’ASM savent comment s’y prendre. « C’est un club où l’on est toujours bien reçu, témoigne Hervé Marchal. On prend rendez-vous, pas de problème. On discute, c’est ouvert. Ils tiennent toujours parole. » David Wantier confirme : « Ils ne reviennent jamais sur leur parole, sont cordiaux et savent où ils vont. Tout le monde gagne du temps. »

Que ce soit avec Luis Campos et Nicolas Holveck, les têtes pensantes de l’ombre, ou Vadim Vasilyev, vice-président du club et interlocuteur n°1 quand il s’agit de parler pognon. « Il a beaucoup de classe et d’éducation, il est impeccable dans son comportement et fait toujours preuve d’une grande clarté », présente Jean-Michel Vandamme, directeur général de Lille passé à la table des négociations lors du départ d’Adama Traoré (20 ans) en Principauté cet été. Marchal synthétise : « C’est une machine bien huilée où toutes les transactions sont bien menées. Ils jouent le jeu et donnent envie au joueur et à l’agent de le jouer. »

Ils ne lâchent rien

Business is business. Malgré sa puissance financière, l’ASM n’arrose pas à l’aveugle, ne fait pas de cadeau et ne néglige pas les petites transactions. Prêté l’an passé à Vérone et n’entrant plus dans les plans du club, le milieu Mounir Obbadi a dû négocier avec son agent pendant un mois pour obtenir la résiliation de son contrat. « Ce n’était pas facile, explique Hervé Marchal. Mais c’est une position normale, ils ne lâchent rien, et ça veut dire qu’ils raisonnent vraiment en termes de business. »

Finalement libéré de son contrat, Obbadi a d’ailleurs servi de levier de négociation pour le transfert en sens inverse du jeune Adama Traoré. Bref : rien n’est fait par hasard, tout a un prix et l’ASM n’en sort jamais perdant. Manchester United peut en témoigner. « Il y a toujours une petite plage de négociation ouverte, toujours matière à discuter de telle ou telle clause, poursuit Marchal. Maintenant, quand ils ont fixé le seuil niveau financier, ils ne reviennent pas en arrière. »

Ils ont de l’argent

Vous voulez un joueur monégasque ? Très bien, mais ça se mérite. Monaco est le deuxième club le plus riche de l’Hexagone derrière l’intouchable PSG et n’était pas vendeur cet été, « sauf offre exceptionnelle », dixit Vadim Vasilyev. « La majorité des clubs bradent leurs joueurs car ils ont un problème de trésorerie. Eux non, résume Hervé Marchal. Ils ont la chance d’avoir un matelas derrière eux. »

Quand il passe du côté des acheteurs, les dirigeants monégasques n’hésitent pas à mettre les moyens pour mener efficacement une transaction. « On a reçu un prix supérieur [environ 14 millions] de ce que l’on espérait recevoir pour Adama Traoré, raconte Vandamme. Ils étaient obligés de dépasser le prix du marché car on ne pensait pas s’en séparer maintenant. Ils ont eu raison car s’ils le vendent 80, on pourra dire qu’ils ont été de brillants négociateurs. » Rendez-vous dans deux ans ?