Passer au contenu principalPasser à l'en-têtePasser au pied de page
Raymond Kopa ou les origines du foot-business

Marque de jus de fruits, équipementier, hôtelier... Raymond Kopa ou les origines du foot-business

FOOTBALLEn plus d’être un immense joueur, Raymond Kopa avait le sens des affaires…
William Pereira

William Pereira

Fin juillet 2016. Quelques jours après avoir remporté l’Euro, Cristiano Ronaldo inaugure le premier hôtel CR7 sur son île natale, Madère. Il en a fait de même à Lisbonne et a prévu d’en ouvrir un à New York cette année puis à Madrid en 2019. Pionnier, le Portugais ? Pas vraiment, non. Un certain Raymond Kopa s’était déjà lancé dans le secteur bien avant lui.

« Il avait ouvert un hôtel dans le centre de Reims à l’époque où il y jouait », raconte à 20 Minutes Bernard Verret, ancien journaliste et auteur de Raymond Kopa d’hier et d’aujourd’hui (éditions PAC, 1980), qui se demande par ailleurs si l’ex-international français n’avait pas aussi ouvert un magasin de journaux et un bureau de tabac. Avant de venir à l’essentiel.

« « Raymond Kopa avait le sens de l’argent. je crois que c’est le premier footballeur à gagner des millions. Et ce qui est fort, c’est qu’il a tout fait sans agent. » »

Quand l’équipe de France boit les jus de fruit Kopa

Bien avant Cristiano Ronaldo, Ronaldo le Brésilien, Michael Jordan et Johan Cruyff, modèles publicitaires à travers les âges, il y a donc eu Kopa, le businessman. Fils d’immigrés polonais mineurs sur plusieurs générations, il est lui-même descendu à la mine où il a laissé deux phalanges comme l’a rappelé l’Elysée dans un communiqué peu de temps après l’annonce de son décès. Bernard Verret voit dans ce passé difficile la principale explication de l’attrait de Kopa pour les affaires.

« « Il voulait assurer son avenir économiquement parlant parce qu’il ne voulait surtout pas y retourner (à la mine). Il voyait au-delà de sa carrière de footballeur. » »

C’est donc tout sauf un hasard si les histoires de l’hôtel rémois et du possible magasin de journaux sont loin d’être les seules accrochées au tableau de chasse du footballeur négociateur. La plus célèbre anecdote concerne les jus de fruits Kopa, que l’équipe de France de football sirotera pendant la coupe du Monde 1958 (ce n’est donc pas un hasard si les Bleus ont terminé troisièmes). « Il avait lancé ça avec un gars d’Angers. Lui, il s’était contenté de donner son nom à la marque, et ça a marché », commente Verret.

Quatre ans plus tôt, en 1954, l’attaquant rémois s’était dit qu’il serait peut-être judicieux de vendre des chaussures à son nom. Cette initiative le mènera à lancer sa marque de vêtements sportifs à l’aube de sa carrière, le groupe Kopa.

« « Il prenait un maximum d’affaires dans le coffre de sa voiture et il faisait le tour des clubs d’un ou deux bleds. Il allait s’entraîner là-bas ou jouer des matchs amicaux et à la fin il vendait ses équipements. » »

Là encore, l’affaire tourne bien. Le désormais ex-footeux poussera la machine jusqu’à son départ à la retraite en 1991. « Je pense que quelque part, tout ceci l’amusait », poursuit Bernard Verret. Kopa lui-même a maintes fois avoué qu’il se sentait obligé de mener une vie bien remplie (il a joué chez les vétérans jusqu’à ses 70 ans) pour son propre équilibre.

Capitaliste-syndicaliste

Enfin, on retiendra le paradoxe de l’homme d’affaires Raymond Kopa, à la fois capitaliste et syndicaliste. On parle là d’un homme capable de défendre la fronde des joueurs qui mènera au fameux contrat à temps - dont il fut le premier bénéficiaire au Real Madrid - tout en vendant ses babioles à côté.

A droite, Raymond Kopa. Dans la boîte, plein de messages de soutiens aux frondeurs
A droite, Raymond Kopa. Dans la boîte, plein de messages de soutiens aux frondeurs - AFP

Un oxymore à lui tout seul. Comme sur le terrain. Verret, à la conclusion : « Raymond Kopa était à la fois un très grand dribbleur qui ne lâchait pas le ballon avoir de s’être ouvert le champ et un grand passeur. »