Johnny Halliday sur le Dakar en 2002.
Johnny Halliday sur le Dakar en 2002. - AP/SIPA

Chaque matin, André Dessoude profite depuis son bureau d’une vue qui inciterait les plus féroces fans de Johnny Hallyday à vider leur PEL pour s’asseoir à ses côtés. Nous sommes en Normandie, en bordure de la ville de Saint-Lô, sur le parking d’une concession Nissan bien éloignée des studios de la plus grande star de la chanson française. Par la fenêtre, le boss du garage admire la seule voiture qu’il s’est toujours refusé à vendre : celle pilotée par le rockeur lors du Dakar 2002.

Johnny Halliday aux vérifications à Arras en décembre 2001.
Johnny Halliday aux vérifications à Arras en décembre 2001. - PATRICK HERTZOG / AFP

Enfin à l’époque, le rallye-raid s’appelait encore Paris-Dakar et voyait encore quelques peoples défiler sur ses routes. Quinze ans plus tard, plus personne ne se souvient vraiment ce qui a motivé Johnny à prendre la route si ce n’est qu’il aurait trouvé la chose sympa lors d’une invitation sur le rallye de Tunisie en 2001. On lui recommande alors de se tourner vers André Dessoude pour lui fournir un véhicule.

« Un mois plus tard, le jour de mes 61 ans, il déboule dans ma tente avec deux bouteilles de champagne en plein rallye du Maroc pour me souhaiter un joyeux anniversaire, se souvient le patron de l’écurie. Forcément, ça fait bizarre sur le moment. » Le chanteur lui expose son plan : bénéficier d’une voiture assez solide pour rallier le Sénégal et trouver un copilote expérimenté pour compenser ses lacunes : René Metge, triple vainqueur de la course.

Johnny sur le podium à Arras, ça attire forcément les foules.
Johnny sur le podium à Arras, ça attire forcément les foules. - AFP

« André m’a appelé et m’a dit : "je vais te demander quelque chose, mais promets-moi avant que tu diras oui", raconte Metge. Et voilà comment je me suis retrouvé à préparer le Dakar avec Johnny. » La perspective excite les organisateurs, qui voient très vite l’énorme coup de pub à venir. Et en décembre, c’est l’émeute à Arras, d’où s’effectue le grand départ.

« Il se promenait en permanence avec six gardes du corps. Le jour des vérifications techniques, la place était noire de monde et on a été escortés par les CRS pour se rendre au parc fermé. Je me suis accroché à sa ceinture pour parvenir jusqu’à la voiture. » La frénésie Johnny se calme une fois le pied en Afrique où le chanteur s’applique à vivre le même Dakar que les autres.

Le café, tu brûles ma gorgeuuuu.
Le café, tu brûles ma gorgeuuuu. - PATRICK HERTZOG / AFP

« Le soir, il s’asseyait en tailleur autour du feu de camp et lâchait des "mais c’est bon ça" devant sa nourriture, décrit Roger Kalmanovitz, alors directeur des relations extérieures de la course. C’était plus Johnny, mais un mec du Dakar. » Qui de temps en temps profite de quelques nuits à l’hôtel, reçoit la visite à Ouarzazate de son grand pote Jean Reno, est accompagné d’un garde du corps et se fait en permanence convier à partager une bière à droite à gauche.

« Les autres le faisaient picoler, ça m’a énervé »

« Quand j’étais là, il buvait son Coca seulement si je lui donnais l’autorisation mais dès que j’avais le dos tourné… Les autres le faisaient picoler, ça m’a énervé et j’ai poussé une gueulante », s’agace encore René Metge. Mais attention, l’alcool n’a strictement joué aucun rôle dans LA séquence la plus mythique du chanteur sur le Dakar, enregistrée par une caméra de France 2 à l’arrivée d’une étape mouvementée dans les dunes du Sahara. Mais si, son magique « tu te rends compte que si on n’avait pas perdu une heure et quart, on serait là depuis une heure et quart ? ».

Quinze ans après cette sortie recyclée des milliers de fois dans les zappings de fin d’année, André Dessoude continue de défendre le raisonnement de sa star. « Ça n’est pas choquant. Tous les pilotes se refont la course à peine franchi la ligne. Mais là, comme c’était Johnny… »

« Les flics sont venus interrompre la soirée »

Hors délais et dans les derniers, le rockeur rallie quand même le Lac Rose. Metge: « En ayant presque tout le temps conduit, sauf une fois où il avait mal au bras » - et déchire, comme promis, son paquet de gitanes sur le plateau de Gérard Holtz. « Dix minutes plus tard, il me demandait de lui filer une clope », se marre Metge.

De retour en France, Johnny invite tout son team dans son restaurant parisien, fermé depuis, le Rue Balzac. « Il avait dressé une scène et il a repris ses chansons les plus célèbres en y incorporant nos noms, se souvient André Dessoude. C’était une superbe soirée. A tel point que les flics sont venus l’interrompre… »

Johnny avec André Dessoude, le boss de son écurie.
Johnny avec André Dessoude, le boss de son écurie. - PATRICK HERTZOG / AFP

Quinze ans plus tard, tous ses anciens partenaires de rallye disent ne plus avoir de nouvelles du mythe vivant. Des coups de fils nocturnes à la sortie de ses concerts, quelques invitations en coulisses de ses shows, et le mythe est parti vivre aux Etats-Unis.

« C’est après cette aventure qu’on a réalisé la portée de ce qu’on avait vécu avec lui, souligne Dessoude. Un jour, on a amené sa voiture dans un salon automobile à Caen. J’ai vu des types ramasser des grains de sable qui traînaient sous les pédales pour avoir un souvenir. » Il n’a pas eu le cœur de leur dire que l’habitacle avait été lavé à maintes reprises depuis ce 13 janvier 2002 et l’arrivée de Johnny à Dakar.

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