Stan Wawrinka avec les ramasseurs de balle après sa victoire à Roland-Garros, le 7 juin 2015.
Stan Wawrinka avec les ramasseurs de balle après sa victoire à Roland-Garros, le 7 juin 2015. - Francois Mori/AP/SIPA

On peut avoir roulé sur la France chez elle en finale de Coupe Davis - et en avoir profité pour chambrer comme il se doit -, battu un Français en demi-finale de Roland-Garros alors que ça fait 25 ans que le pays attend d’en voir un jouer la gagne, et pourtant être l’un des joueurs les plus aimés dans notre beau pays. Roger Federer ? Raté. L’homme dont on parle, c’est Stan Wawrinka. Il faut dire que le Suisse a quelques atouts dans sa manche. Au hasard son franc-parler, ses tenues ou ses retweets de MiniPeople.ch.

 

Sa proximité avec la France doit aussi y être pour quelque chose, comme le récent épisode face à Stepanek à l’Open d’Australie, quand il a sorti son fleuret pour défendre la langue de Molière. Rencontré dans le cadre de la promotion de son partenariat avec Lyria, la société qui gère les liaisons en TGV entre la France et la Suisse, « Stan the man » évoque ce lien si particulier avec son voisin.

Commençons par revenir sur ce qui s’est passé avec Radek Stepanek. Pourquoi être monté au créneau à ce moment-là ?

C’est moins le français le problème que Stepanek. Il essaie toujours de trouver quelque chose pour entrer dans ce côté bataille psychologique, pour te faire dérailler. Je connais bien cet arbitre, on parle en français depuis le début, il n’y a aucune raison que je lui parle en anglais d’un coup comme ça. Chacun parle avec la langue qu’il veut.

On a quand même l’impression que ce n’est pas anodin pour vous. Juste après votre victoire à Roland-Garros, sur le court, Cédric Pioline vous demande si vous voulez dire deux trois mots en anglais et vous répondez « ah non non en français ! ».

Je viens de Suisse romande, où on parle français. Mon premier coach, pendant des années et des années, était Français, j’ai passé beaucoup de temps avec des Français quand j’étais jeune. Donc ma langue, c’est le français, tout simplement. On voyage toute l’année, la langue officielle sur le circuit est plus l’anglais, on le parle tout le temps… Là j’étais à Roland, en France, je voulais en profiter ! C’est un lien que j’essaie de garder avec une partie du public. Et puis c’est toujours plus facile de faire passer des émotions dans ta langue maternelle.

Ça vous tient à cœur, vous êtes attaché au Français ?

Bien sûr ! C’est ma langue.

En Suisse, les Francophones sont en minorité. Ça change quelque chose de grandir en Romandie par rapport aux autres ?

La Suisse romande, c’est la petite Suisse, c’est clair. Mais moi ça ne m’a jamais posé de problème, je ne l’ai jamais perçu négativement. Chez nous, il y a les Suisses alémaniques, les Suisses romans, les Suisses italiens… C’est particulier, mais on est habitué à ça.

Quand on est petit, on peut avoir envie de défendre ses particularités non ?

Oh, moi je n’en éprouve pas particulièrement le besoin. Je suis fier d’être Suisse et de venir de là d’où je viens.

Venir de la « petite Suisse », comme vous dîtes, ça vous a desservi à un moment pour acquérir de la notoriété ?

Honnêtement, je ne pense pas. Vraiment, je n’ai jamais eu de problème par rapport à ça. Ça ne crée pas de tensions. Après, on est un pays où en équipe nationale, on a du mal à se comprendre si on ne fait pas d’efforts.

Quelle langue on parle alors en équipe de Suisse ?

Les Suisses allemands parlent plus facilement le français que les Suisses romands l’allemand. Ils le parlent même très bien. Roger il a été au centre national en Suisse romande à Lausanne quand il était jeune, la plupart des autres parlent aussi couramment. Du coup on se parle en français.

La notion d’appartenance est assez étonnante en Suisse… Après votre victoire à l’Open d’Australie, Bild titre « la sensation du tennis allemand »…

Ah oui c’est parce que j’ai aussi le passeport allemand. Mon père est Allemand, j’ai la double nationalité. Jeune, j’aurais pu choisir d’être Allemand. Mais moi je me sens 100 % Suisse. Je suis né en Suisse, j’y ai grandi. La Suisse c’est mon pays.

Vous utilisez plus l’anglais sur votre compte Twitter non ?

Ça dépend, mais le plus souvent oui. L’anglais est vraiment la langue du tennis maintenant. On voyage, on doit répondre à des interviews de beaucoup de médias de nationalités très diverses donc on le fait en anglais. T’es obligé de t’y mettre.

Comment a évolué votre rapport avec la France après la finale de la Coupe Davis puis la victoire à Roland ?

Ça a beaucoup changé. Ma notoriété a augmenté en l’espace de quelques mois. Bien sûr, c’est surtout Roland qui a fait évoluer les choses en positif avec ma victoire et la façon dont j’ai joué. J’ai plus de soutien, je le vois quand je reviens jouer en France, ça se passe super-bien. A Metz [en septembre], c’était sympa. J’ai eu un super accueil. Et j’ai hâte de jouer à Marseille.

Vous avez une grosse cote en France… On aime aussi Federer, bien sûr, mais vous avez une bonne image aussi. Comment vous l’expliquez ?

Roger il est aimé par tout le monde, à un degré que personne n’atteindra. Tout simplement. Par rapport à tout ce qu’il a fait dans sa carrière de joueur, à la personne que c’est, il est adoré partout. C’est exceptionnel. Moi, je ne sais pas. C’est sûr, je suis proche de la France, quand je suis en France je peux donner des interviews en français, je peux parler aux gens. Et puis les gens savent que je m’entends bien avec les joueurs français. Il y a plein de petites raisons pour lesquels j’ai toujours été bien accueilli en France.

Votre réputation de chambreur aussi vous pensez ?

Oui, peut-être aussi. Mais je crois que c’est surtout la proximité avec les joueurs français. Je m’entends très bien avec Benoît [Paire] et Gaël [Monfils]. Ils habitent en Suisse, on se voit souvent, on tape la balle de temps en temps. Tout ça aide à ma notoriété en France.

Personne ne vous a fait remarquer que ça faisait longtemps qu’un joueur dont la langue maternelle était le français n’avait pas gagné à Roland-Garros ?

(Il rigole). Ah non, on ne me l’a pas faite celle-là !

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