Park eun Son en action lors de la Coupe d'Asie en 2014.
Park eun Son en action lors de la Coupe d'Asie en 2014. - Stanley Chou/Getty Images AsiaPac

Une présence physique indéniable, 1m82 au garrot et un jeu en pivot drôlement enquiquinant pour l’adversaire. Il est vrai que si l’on se fie aux rares vidéos qui circulent à son sujet, Park Eun Seon, l’attaquante de la Corée du Sud, adversaire des Bleues en huitièmes de finale de la Coupe du monde dimanche, est un beau bébé pour du foot féminin. Un beau bébé qui a l’allure masculine, et c’est là tout le poids du soupçon qui poursuit la jeune fille, élégamment relancé par la presse ibérique avant le match entre les deux pays en phase de poule. Park Eun Seon est-elle un homme qui joue chez les femmes ?

 

« Ah oui, le "monsieur madame" qui joue devant ? (...) J'ai été choquée»

Elle est habituée, remarquez. Lors du mondial 2003, la présence de la Coréenne, déjà titulaire en équipe nationale à 16 ans, en avait traumatisé certaines, dont Stéphanie Mugneret-Beghé, qui l’avait affrontée avec la France. « Ah oui le "monsieur madame" [sic] qui joue devant ? C’est dur à dire comme ça, mais j’ai été choquée, se rappelle parfaitement l’ex-internationale. Les Coréennes étaient dans le même hôtel que nous, et quand on l’a croisée dans l’ascenseur, on s’est dit ''Elles trichent, elles font jouer un homme''. On a même essayé de regarder en dessous de la ceinture pour voir s’il y avait un truc qui dépassait. Ses muscles, son visage, ce n’étaient pas ceux d’une femme. Je n’avais jamais ressenti ça ».

Personne ne dépasse le stade de l’indignation, cependant, encouragé en ce sens par l’élimination rapide de la Corée du Sud. Les clubs du championnat sud-coréen n’auront pas cet égard en 2013, quand ils menacent carrément la fédération de boycott si la jeune fille, qui écrase la compétition (19 buts en 22 matchs), n’est pas soumise à un test pour vérifier son identité de genre. « J’ai dû passer des tests de ce genre à plusieurs reprises, répond alors Park Eun Seon, certains essaient de me détruire mais j’ai travaillé dur pour arriver jusque-là et je ne vais pas me laisser abattre aussi facilement ».

De son côté, la Fifa ne brille pas par son courage sur le sujet : gênée aux entournures par les cas suspicieux, comme celui des sœurs Simpore en 2011, l’institution a précisé avant la compétition qu’elle autorisait les tests de féminité à condition qu’une fédération ou un médecin, fasse parvenir une réclamation « assortie de motifs et de preuves ». A charge ensuite à la joueuse incriminée de « fournir ses antécédents médicaux et son niveau d’hormones sexuelles ».

Il s’agit du test de la testostérone, tout aussi discutable que celui du corpuscule de Barr (la fameuse différenciation par les chromosomes), expliquait récemment à 20 Minutes Anaïs Bohuon, auteure du Test de féminité dans les compétions sportives, une histoire classée X. En résumé, si le dit test conclut que le taux de testostérone de l’athlète se rapproche d’un taux masculin – cela s’appelle l’hyperandrogénie et cela concerne 5 % des sportives selon le magazine Science – la Fifa pourrait en théorie décider d’exclure la joueuse concernée jusqu’à ce que son taux de testostérone diminue considérablement grâce à un traitement médical qu’on ne souhaiterait pas à notre pire ennemi(e).

Au Canada, personne ne s’en est pris, encore, à Park Eun Seon, et Fabrice Bryand, le médecin de l’équipe de France, ne tient pas particulièrement à être le premier, si l’on en croit ses déclarations au monde.fr. Là aussi, une élimination de la Corée ferait les affaires de tout le monde, finalement.

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