Test de féminité: Du test gynécologique à la définition hormonale, la controverse de genre continue

SPORT A l’image du cas de l’Indienne Dutee Chand, la définition d’une femme au sens du règlement sportif varie depuis des décennies…

Antoine Maes

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L'athlète sud-africaine Caster Semenya lors des Jeux olympiques de Londres, en 2012.

L'athlète sud-africaine Caster Semenya lors des Jeux olympiques de Londres, en 2012. — ERIC FEFERBERG / AFP

Le débat est presque aussi vieux que le sport lui-même. De la sprinteuse américaine Helen Stevens en 1936 à Dutee Chand en 2014, de Caster Semenya à Maria Martinez-Patino, la question du genre des athlètes a souvent provoqué la controverse. Le problème est  à la fois médical, social voire même philosophique: en sport, on est soit un homme, soit une femme. Mais il y a infiniment plus de catégories biologiques que de cases dans le règlement.

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En 2015, le cas de la sprinteuse indienne Dutee Chand, qui souffre d’hyper-androgénie, «pourrait bouleverser la représentation que les instances ont sur ce que doit être une vraie femme autorisée à courir», remarque Anaïs Bohuon. Auteure du Test de féminité dans les compétions sportives, une histoire classée X?, elle retrace dans son enquête des décennies de tests de féminité. De l’examen gynécologique «humiliant et arbitraire» des années 1960 au dernier système en date, la très discutée mesure de la testostérone.

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Du milieu des années 1960 jusque la fin du 20e siècle, c’est la définition chromosomique du genre qui a servi de mètre étalon aux instances sportives. «Pour être une vraie femme, il fallait être XX. La difficulté, c’est que le monde du sport a découvert très tard ce qu’on appelle l’intersexuation. Ils se sont aperçus qu’il y avait une infinité de différenciations chromosomiques et que des femmes pouvaient être XY, XXY et donc le CIO l’a arrêté en 2000», remarque Anaïs Bohuon. Le fameux test du corpuscule de Barr, s’il a éliminé quelques tricheurs, a aussi brisé des carrières d’athlètes dont le seul mal était d’avoir un caryotype rare.

Aujourd’hui, «les tests de genre ou les tests de féminité ne sont plus obligatoires, mais le CIO et les différentes fédérations s’autorisent le droit d’imposer des tests à des sportives dès lors qu’elles ont un morphotype un peu trop masculin ou qu’elles explosent les records», reprend Anaïs Bohuon. Avec une méthode qui se focalise désormais sur la mesure de la testostérone, par ailleurs très discutée par les scientifiques.

Adopté en 2011 par la Fédération internationale d’athlétisme, il a depuis été étendu à tous les membres du CIO. La note explicative de l’IAAF, très détaillée, parle d’ailleurs d’un «souci d’équité» dans sa volonté de prévention de l’hyper-androgénie.

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A première vue, c’est jusqu’à présent la moins mauvaise des solutions. Mais pas selon Anaïs Bohuon: «Pour moi c’est ce qu’il y a de pire. D’abord, on interdit quelque chose de naturel, comme si on interdisait les trop grands au basket! Et les études montrent que le traitement hormonal qu’on leur impose a des incidences fortes: nausées, vertiges, vomissements. Imposer une hormonothérapie, ça va complètement à l’encontre des droits humains.» Surtout des droits des femmes.