L'équipe du FC Barcelone avant un quart de finale aller de Ligue des champions contre l'Athletico Madrid, le 1er avril 2014, au Camp Nou.
L'équipe du FC Barcelone avant un quart de finale aller de Ligue des champions contre l'Athletico Madrid, le 1er avril 2014, au Camp Nou. - LLUIS GENE / AFP

Un jour, peut être, le monde entier connaîtra le nom de Théo Chendri. En attendant, le capitaine des U17 français, n’est «que» le premier Français à avoir intégré la célébrissime Masia, le centre d’entraînement du FC Barcelone. Un club sanctionné d’une année d’interdiction de recrutement par la Fifa pour avoir dérogé aux règles de recrutement d’une dizaine de joueurs mineurs. Chendri est dans ce cadre un cas d’école, ou presque: la saison dernière, le Barça a mis trois mois à le faire jouer, après une mise en garde, déjà, de la Fifa.

Car la règle est claire: les clubs n’ont pas le droit de recruter de pépites extracommunautaires en dessous de 18 ans, 16 pour les Européens. Ce règlement, Ahmed Aït-Ali, président de Colomiers, le connaît bien, puisqu’il a vu partir Théo Chendri pour la Catalogne alors qu’il n’avait que 15 ans et demi. «Sa mère a trouvé du travail là-bas, il l’a suivie, et il a pris une licence normale», explique le dirigeant, qui promet que ce n’est pas le Barça qui a trouvé un emploi à la mère pour permettre son transfert.

«Tous les clubs anglais, beaucoup de clubs en Espagne, et même les clubs français, pratiquent exactement la même chose»

Toute l’ambiguïté de ce genre de dossier est là: recrutement à tout prix ou logique de rapprochement familial? La frontière est floue, de l’aveu même d’un proche du joueur et du Barça qui connaît parfaitement cette histoire, mais qui a préféré garder l’anonymat. «Je suis bien placé pour savoir que tous les clubs anglais, beaucoup de clubs en Espagne, et même les clubs français, pratiquent exactement la même chose.»

Pourtant, si la Fifa s’est saisie du cas de Théo Chendri, c’est bien à la demande de la FFF, selon Ahmed Aït-Ali. En France, «personne ne l’avait regardé. Toulouse? Son style ne les intéresse pas. Il y avait le Real Madrid qui lui avait envoyé un contrat, il y  a eu l’OL. Ils ont attaqué parce qu’on leur a pris un jeune, alors qu’ils ne le connaissaient pas du tout. C’est facile de faire un boulot comme ça», détaille le président de Colomiers, qui outre l’indemnité de formation, a négocié un bonus financier si Théo Chendri «joue dix matchs avec l’équipe B».

«Il y en a un, quand ils l’ont pris, il vendait des trucs sur la plage, et il n’avait pratiquement plus de dents»

Dans ce cas précis, tout est rentré dans l’ordre assez vite: après avoir fait planer la menace de prendre la nationalité espagnole, le grand espoir a enfin pu jouer pour les Blaugrana le jour de son 16e anniversaire. Ce n’est visiblement pas le cas pour la dizaine de dossiers pointés du doigt par la Fifa. Mais le FC Barcelone n’est pas devenu du jour au-lendemain un expert dans les filières d’immigration illicite.

Car parfois, même si la règle est contournée, faire venir un jeune joueur est une chance pour lui. «Ils ont un projet scolaire, ils sont à la Masia, alors que des fois ce sont des gamins qui ne mangent pas à leur faim», insiste le connaisseur du dossier Chendri. «Il y en a un, quand ils l’ont pris, il vendait des trucs sur la plage, et il n’avait pratiquement plus de dents. Le Barça l’a soigné, c’est même Puyol qui a donné l’argent pour qu’ils refassent sa dentition», insiste-t-il. Conte de fée ou traite d’êtres humains, la chute de l’histoire est tout de même ironique: trois joueurs de la classe d’âge de Théo Chendri auraient déjà quitté Barcelone, recrutés par Chelsea, Liverpool et Manchester.

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