Sotchi 2014: Russie-Etats-Unis, la guerre froide du hockey sur glace
JEUX OLYMPIQUES•Les deux équipes s'affrontent ce samedi dans un match de groupe du tournoi de hockey...Julien Laloye
De notre envoyé spécial à Sotchi,
Le pacte de Varsovie est un vieux souvenir, le mur de Berlin est tombé, et «L’empire du mal» n’existe plus qu’au cinéma. Pourtant, il ne manquera plus que le maillot CCCP et une photo jaunie de Brejnev en tribunes pour donner à ce Russie-Etats-Unis de hockey des allures de revival de la guerre froide, samedi après-midi dans la Bolchoï Arena de Sotchi. Une guerre froide que les Russes auraient gagnée. Car en hockey, la Russie, c’est le Brésil 70, et les Etats-Unis, c’est l’Allemagne 82. La beauté contre la brutalité, les artistes contre les besogneux.
«C’est la Russie qui a donné le goût du hockey aux Américains»
«Je me souviens de mon père, grand fan de la façon dont les Russes pratiquaient le jeu. Il décortiquait toutes leurs techniques afin de les importer dans le championnat nord-américain», raconte Fred Shero, le manager de «Team USA». A l’époque, l’URSS fait en effet trembler les patinoires du monde entier, remportant JO sur JO, jusqu’au «miracle on Ice» de Lake Placide (1980). En France, ça ne dit rien à personne, mais aux Etats-Unis, l’événement est toujours considéré comme le plus grand exploit jamais réalisé par une équipe américaine de sport collectif. Cette année-là, en finale olympique, de jeunes amateurs américains viennent à bout de la grande URSS et du mythe soviétique d’un seul coup.
«En fait, c’est nous qui avons rendu possible le développement du hockey là-bas», plaisante avec le recul Vladislav Tretiak, légende du «puck» russe désormais président de la Fédération. «C’est ce match qui a donné le goût du hockey aux Américains.» Si Obama et Poutine doivent se détester autant que Reagan et Brejnev à l’époque, le rapport de force a évolué. Aujourd’hui, quinze joueurs de la sélection russe jouent en NHL et Alexandre Ovetchkine, la star du pays, est aussi adulé à Wahington qu’à Moscou. D’ailleurs, chacun s’est échangé des amabilités dans la semaine. Pour Zach Parise, «la Russie possède sans doute la plupart des meilleurs joueurs et il faudra sortir le match de notre vie pour les battre». «Affronter les Etats-Unis sera un très bon test pour nous. C’est une équipe très forte», lui a répondu Yevgeni Malkin.
«Les Russes ont une pression énorme sur les épaules»
Ce qui n’a pas changé depuis le temps des menaces nucléaires et des guerres interposées? Les Russes endossent toujours le costume de favoris et seraient passés par les armes un à un en cas d’échec à la maison. Il fallait voir l’ambiance surréaliste lors de leur conférence de présentation cette semaine. Une salle pleine à craquer, des journalistes qui applaudissent à l’entrée et à la sortie… «Ils ont une pression énorme sur les épaules, juge Parise. On va voir comment ils la gèrent.» La question se pose à propos d’une équipe incapable de gagner les moindres JO… depuis Albertville. Tretiak ne croit pas à la malédiction. «A Lake Placid, les Américains nous ont donné une bonne leçon. Il ne faut jamais perdre le respect pour l’adversaire, et cela ne doit pas arriver à Sotchi.» Surtout pas contre les Etats-Unis.



















