Dopage: Pourquoi traquer les dopés quinze ans après?
CYCLISME•Les cyclistes actuels regrettent ce déballage à retardement...Romain Scotto
Qu’ils aient déjà avoué ou qu’ils versent dans le déni, aucun des coureurs dont les noms ont été dévoilés dans le rapport de la commission du Sénat sur la lutte antidopage ne sera sanctionné, ni même déchu de ses victoires. Le président Jean-François Humbert l’a bien précisé ce mercredi lors de la publication du rapport final. «La lutte est plus importante que les noms», indique le sénateur qui a tout de même jugé bon de dévoiler les procès verbaux des contrôles positifs du Tour 1998 dans un souci de transparence.
A l’origine, la liste aurait dû être dévoilée en plein Tour de France, mais l’idée avait provoqué un tollé dans le peloton actuel. L’association internationale des coureurs dénonçait la stigmatisation d’un sport qui tente chaque jour de se refaire une image et reste sali par les affaires du passé. Après une entrevue avec la ministre des Sports Valérie Fourneyron, au départ du Tour, la date de divulgation a été reportée au 24 juillet. Mais dans quel but, puisque la plupart des coureurs concernés n’ont plus grand-chose à voir avec le vélo d’aujourd’hui? L’un d’eux (Marco Pantani) étant même décédé.
«Ce n’est pas juste par rapport aux jeunes athlètes d’aujourd’hui»
Pour le rapporteur Jean-Jacques Lozach, la commission d’enquête a agi dans «un souci de vérité, d’honnêteté. Parce qu’il ne faut pas faire la politique de l’autruche, nous avons décidé collectivement de faire figurer ces bordereaux». Quitte à mettre l’accent sur un sport en particulier, alors qu’aucun nom de footballeur, tennisman ou athlète ne figure dans le rapport. David Lappartient, le président de la fédération française de cyclisme n’a pas apprécié cette mise en scène: «Je ne vois pas ce que la publication (des bordereaux) apporte à la commission d'enquête sauf à noyer ses 60 propositions. Nous cherchons à balayer devant notre porte et, s'il faut purger le passé, faisons-le. Mais j'ai trouvé que ce n'était pas juste par rapport à des jeunes athlètes d'aujourd'hui. On leur fait payer le comportement des coureurs de l'époque.»
Pourtant, la question des contrôles rétrospectifs reste primordiale selon les sénateurs qui prennent le cas de Christopher Froome, le dernier vainqueur du Tour, en exemple: «Etant donné son niveau de performance, des doutes ont été formulés. Aujourd’hui, ces suspicions ne sont pas légitimes. Mais dans trois ou cinq ans, qui sait si elles ne seront pas justifiées par des analyses rétrospectives?» Ce jour-là, il sera peut-être temps de mettre en place une autre commission d’enquête pour améliorer l’efficacité de la lutte antidopage.



















