Le site Megaupload.com et de nombreux noms de domaine associés, ont été fermés par le FBI le 19 janvier 2012.
Le site Megaupload.com et de nombreux noms de domaine associés, ont été fermés par le FBI le 19 janvier 2012. - DR

De notre correspondant à Los Angeles

>> Pour la riposte du collectif Anonymous, c'est à lire ici

 

Si Megaupload n'est plus accessible, ce n'est pas pour marquer son opposition au projet de loi Sopa. Non, jeudi, la justice américaine a annoncé avoir mis le site de téléchargement hors-ligne après une opération pilotée par le FBI. Les autorités américaines accusent Megaupload, un site qui permet de stocker des fichiers en ligne, d'être une «entreprise criminelle internationale organisée». Et plus exactement d'avoir violé les lois sur le copyright et favorisé le piratage.

 

Selon l'acte d'accusation, les ayants droits chiffrent leur manque à gagner à 500 millions de dollars et Megaupload aurait généré 175 millions de dollars de profit via les abonnements et la publicité. D'après le FBI, Megaupload était, à ses sommets, le 13ème site Internet le plus fréquenté, avec 50 millions de visiteurs quotidiens.

>> Posez vos questions sur Megaupload et le téléchargement, à nos journalistes de la rubrique High-Tech en écrivant à reporter-mobile@20minutes.fr.

 

Le coup de force de n'arrête pas là. Le fondateur, Kim Dotcom (anciennement Kim Schmitz) a été arrêté avec trois autres cadres en Nouvelle-Zélande, où ils résident (le site, lui, est basé à Hong-Kong). Deux autres membres étaient encore dans la nature. Les six hommes sont inculpés pour «conspiration de racket», «conspiration de violation de copyright» et «conspiration de blanchiment d'argent». Ils risquent jusqu'à 20 ans de prison. La procédure d'extradition vers les Etats-Unis est en route, a indiqué la justice néo-zélandaise.

 

14 Mercedes, une Lamborghini, une Maserati et une Rolls-Royce saisies

Si la justice américaine a pu lancer cette opération, c'est parce que des serveurs de Megaupload se trouvaient en Virginie. Selon le communiqué du FBI, des serveurs et des biens dont la valeur «dépasse 50 millions de dollars» ont été saisis aux Etats-Unis, aux Pays-Bas, au Canada, aux Philippines et en Nouvelle-Zélande. Les six cadres inculpés possédaient notamment 14 Mercedes, une Lamborghini, une Maserati et une Rolls-Royce.

 

Les revenus du sites étaient générés par la publicité et surtout par les abonnements premium (60 euros l'année, 200 euros à vie).

 

«Grotesquement exagérées»

Avant d'être mis hors-ligne, Megaupload a publié une déclaration, qualifiant les accusations de «grotesquement exagérées». «La vérité, c'est que l'immense majorité du trafic est légale, et nous sommes là pour rester. Si l'industrie veut entamer un dialogue sur la manière de tirer parti de notre popularité, nous sommes ravis de le faire», a écrit le site, rapporte AP.

 

Récemment, Kim Dotcom expliquait à TorrentFreak qu'il se pliait à la loi en vigueur: le site ne peut pas vérifier chaque fichier mis en ligne, mais il retire tout contenu signalé comme illégal par les ayants droits. C'est sur ce mode que fonctionnent YouTube et tous les sites Internet, qui sont protégés par la clause du «safe harbor» d'une loi de 1998.

 

Kim Dotcom affirme que 87% des 500 plus grandes entreprises américaines utilisaient légalement Megaupload pour transférer des fichiers. En France, selon Comscore, plus de 7 millions d'internautes ont visité Megaupload en novembre 2010. Avec l'arrivée d'Hadopi, certains ont abandonné le peer-to-peer pour le téléchargement direct, jugé moins risqué.

 

Des emails internes qui pourraient coûter cher

Reste que Megaupload est largement utilisé par des pirates pour mettre en ligne films, séries TV, albums et jeux vidéo. Pour un fichier retiré, de nombreux nouveaux arrivent.

 

Le point central dans une telle affaire (comme l'a montré YouTube vs Viacom) n'est pas tant la présence de fichiers illégaux que dans la réaction et le degré de connaissance des dirigeants de la nature des contenus hébergés. Et là, ça se gâte pour Megaupload. Selon l'acte d'accusation, les dirigeants ont échangé plusieurs emails montrant qu'ils savaient très bien que le piratage était l'une des raisons du succès du site. Plusieurs cadres sont accusés d'avoir eux-même téléchargé des fichiers illégaux et d'en avoir mis un en ligne.

 

Le mari d'Alicia Keys directeur général de Megaupload

Mercredi, le New York Post révélait que le directeur général actuel de Megaupload n'était autre que Kasseem Dean, un rappeur/producteur connu sous son pseudo Swizz Beatz.. Et pour être la mari de la chanteuse Alicia Keys. C'est apparemment lui qui a convaincu ses compères Diddy et will.i.am de faire la promo de Megaupload, en décembre dernier, dans un spot qu'Universal avait fait retirer de YouTube. Finalement, Google avait décidé de remettre en ligne le clip, estimant que Megaupload avait obtenu l'accord de chaque artiste. Le nom de Kasseem Dean n'apparait pas dans l'acte d'accusation.

Dans la nuit de jeudi à vendredi, les sites d'Universal, du département de la Justice américaine, d'Hadopi ou encore du FBI ont été pris pour cibles par le collectif Anonymous. Noyés sous les requêtes de connexions, ils sont restés inaccessibles, pour plusieurs heures dans certains cas.

Si Nicolas Sarkozy se réjouit de la fermeture de Megaupload, elle aura sans doute autant d'impact sur le piratage que celle de Napster en 2001: il existe des dizaines de sites similaires déjà largement utilisés.

>> Les 72 pages de l'acte d'accusation à lire sur Scribd

Mots-clés :