Une montre de l'horloger suisse Corum, racheté par le groupe chinois Citychamp Watch & Jewellery Group Limited, exposée le 18 mars 2015 au salon BaselWorld, en Suisse
Une montre de l'horloger suisse Corum, racheté par le groupe chinois Citychamp Watch & Jewellery Group Limited, exposée le 18 mars 2015 au salon BaselWorld, en Suisse - Fabrice Coffrini AFP

Tic-tac, tic-tac, tic-tac... Le temps est-il compté pour les montres suisses? Dans une étude rendue publique cette semaine, l'institut Strategy Analytics révèle que pour la première fois les ventes de montres connectées ont dépassé celles des montres suisses, avec 8,1 millions de modèles vendus contre 7,9 millions pour l'horlogerie helvétique.

Si les montres traditionnelles enregistrent une légère chute (-4,8% par rapport à l'année précédente), ce sont surtout les modèles connectés qui bénéficient d'une croissance exceptionnelle, passant de 1,9 million de montres vendues à 8,1 millions en un an. L'Apple Watch, qui représenterait 60 à 75% du marché, a très largement dopé les ventes et la notoriété de ce type d'équipement au cours de l'année 2015.

Hong-Kong plombe les comptes

Il n'empêche que la mécanique bien huilée de l'horlogerie suisse semble aujourd'hui marquer le pas. Plombées par un franc suisse très fort, les exportations ont reculé en 2015. Et le mois de janvier est venu confirmer assez nettement la tendance. 

A Genève, on invoque la situation particulière du premier marché étranger pour les montres : Hong-Kong. La situation politique sur place aurait entraîné un très net décrochage, les exportations vers l'ancienne colonie britannique chutant de 33% le mois dernier. Symbole du désintérêt relatif du pays pour les montres de luxe, le prestigieux salon Watches & Wonders qui s'y tenait tous les ans a annoncé qu'il n'aurait plus lieu qu'une année sur deux, donnant rendez-vous à ses fidèles en 2017.

Les Etats-Unis, deuxième débouché de l'industrie horlogère suisse, ont eux aussi enregistré un recul en 2015 que la hausse des exportations en Europe n'a pas suffi à compenser.

La tête dans le sable

Mais au-delà de la conjoncture économique, les montres suisses souffriraient de ne pas avoir su accompagner l'émergence des smart watches. Interrogé par Le Figaro, le directeur général de Strategy Analytics, Neil Mawston, estime que face à l'arrivée des montres connectées, les marques suisses ont «planté [leur] tête dans le sable, en espérant que ce phénomène passe».

Plusieurs d'entre elles tentent aujourd'hui de rattraper leur retard. Que ce soit Victorinox qui vient d'annoncer son alliance avec Acer, Breitling, avec un modèle spécial pilotes, ou Hyetis, et sa tocante conçue ET fabriquée en Suisse, de nombreux fabricants profitent de ce début d'année pour enrichir leur catalogue. 

 

Montre connectée à échanger

Opportunisme ou vraie mutation de leur offre, il est encore un peu tôt pour juger. Mais certains indices laissent à penser que l'horlogerie suisse croit encore dur comme fer que ses produits traditionnels ont un bel avenir. En novembre 2015, Tag Heuer annonçait à New York la sortie de sa Carrera Connected, un modèle réalisé en partenariat avec Intel et Google. Une montre à 1500 dollars qu'il sera possible d'échanger dans deux ans (et 1500 dollars de plus) contre... une version mécanique. En Suisse, on a des montres. Et on a le temps de voir...

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