Un dessin de Ross Ulbricht, accusé d'être le cerveau derrière le site Silk Road, devant le tribunal de Manhattan, le 13 janvier 2014.
Un dessin de Ross Ulbricht, accusé d'être le cerveau derrière le site Silk Road, devant le tribunal de Manhattan, le 13 janvier 2014. - E.Williams/AP/SIPA

Ross Ulbricht est accusé d'avoir dirigé le «plus grand et le plus sophistiqué marché noir de la criminalité sur Internet». Le procès du cerveau présumé du site Silk Road, qui proposait toutes sortes de drogues payables en monnaie électronique bitcoin, des kits de piratage ou encore des faux papiers, s'est ouvert mardi à New York avec la sélection des jurés.

Interpellé en octobre 2013 à San Francisco et placé ensuite en détention provisoire à New York, Ross Ulbricht, 30 ans, s'est présenté devant un tribunal de Manhattan en blazer noir et a plaidé non-coupable des sept chefs d'inculpation, parmi lesquels blanchiment d'argent et trafic de stupéfiants. Il risque la réclusion à perpétuité.

Plus de 100.000 acheteurs

Le procès, prévu pour durer quatre à six semaines, a débuté mardi sous la présidence de la juge Katherine Forrest avec la sélection de 12 jurés et de quatre remplaçants. Ross Ulbricht est accusé d'avoir créé en 2011 et dirigé pendant trois ans ce site qui a permis à des milliers d'internautes de blanchir des millions de dollars d'argent sale.

Fermé par le FBI juste après son arrestation, Silk Road permettait également d'acquérir héroïne, cocaïne ou LSD grâce à la monnaie virtuelle bitcoin, en garantissant l'anonymat à «plus d'une centaine de milliers» d'acheteurs dans une dizaine de pays en Europe et en Amérique du Nord.

Des kits de piratage informatique, des faux permis de conduire, passeports, documents d'assurance ainsi que des services de tueurs à gage étaient également proposés sur ce site, d'après l'accusation qui soupçonne également Ulbricht d'avoir voulu faire assassiner un utilisateur de Silk Road qui menaçait de révéler les noms d'autres clients.

Des dizaines de millions de dollars en commissions

La famille et les amis de Ross Ulbricht, convaincus de son innocence, ont levé près de 340.000 dollars pour financer sa défense via un site intitulé «Free Ross» («Libérez Ross!»). S'ils décrivent un frère et un fils généreux et gentil, l'accusation dépeint une personnalité bien différente, qui encaissait des «dizaines de millions de dollars» de commissions sur des ventes de produits illégaux.

Joshua Dratel, l'avocat vedette qui défend Ulbricht, ne voit dans son client aux traits fins qu'«un jeune homme avec beaucoup d'idées» et dans sa route de la soie «une sorte d'expérience économique» basée sur un «site Internet totalement livré à lui-même».

Les débats vont se concentrer sur la manière dont Silk Road a réussi à exister de manière clandestine, via le routeur Tor, permettant de rendre anonymes tous les échanges ainsi que les identités des utilisateurs, ainsi que grâce au système de paiement par bitcoin.

Une enquête internationale

Mardi, une poignée de manifestants ont brandi des pancartes clamant "Héberger sur Internet n'est pas un crime, putain!». Lors de la fermeture du site, le gouvernement avait saisi l'équivalent de 150 millions de dollars en monnaie virtuelle bitcoin, soit environ 173.991 bitcoins.

En novembre dernier, l'administrateur présumé d'une seconde version de Silk Road, Blake Benthall, avait été arrêté à son tour. Trois autres personnes ont également été inculpées dans cette affaire, en plus de Benthall et Ulbricht. Les autorités judiciaires du Royaume-Uni, de France, d'Allemagne, de Lituanie et des Pays-Bas ont pris part à cette enquête.

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