La parentalité, nouvel enjeu des entreprises pour séduire les candidats
merci papatron•Plus des trois quarts des salariés parents ont déclaré être prêts à changer d’entreprise si celle-ci proposait davantage de services liés à leur parentalité. Pourtant, les employeurs s’emparent encore peu du sujetYoussef Zein
L'essentiel
- Pour attirer les candidats, et fidéliser les salariés, les entreprises ont tout intérêt à mieux traiter la parentalité dans leur processus de recrutement.
- A l’heure ou la RSE (responsabilité sociétale et environnementale) est un enjeu d’image et même de sens, trop peu de boîtes proposent des aménagements pour leurs employés qui sont aussi parents.
- Les femmes sont d’autant plus discriminées par ce manque de considération.
Si Macron veut réarmer la natalité, les entreprises ont intérêt à se mettre à l’heure de la parentalité. Car ce sujet est est clairement le parent pauvre des politiques RH. Evidemment, ce n’est ni le premier ni le seul responsable du recul dans le recrutement des cadres observé par l’Apec, dans un baromètre publié le 8 février 2024 : salaires trop faibles, critères de recrutement jugés trop stricts, pas assez de télétravail… Les causes sont nombreuses. Mais parmi tous ces facteurs, la question de la parentalité reste mésestimée selon Les ParentsZen. Dans un baromètre de décembre 2023, ce prestataire de services aux parents en entreprise relevait que 82 % des salariés parents seraient prêts à changer d’entreprise, si cela leur garantissait un meilleur soutien à la parentalité. Par soutien, il faut comprendre les mesures d'aide allant des horaires aménageables, les solutions de garde type nounous en passant par la mise en place de crèches d'entreprises. Pourtant, peu de boîtes proposent de l’accompagnement à l’enfance (seulement 40,6 % selon le baromètre). Idem pour la flexibilité des horaires (53,9 %).
Un éveil récent
Célina Buttin, fondatrice de la tribu Kafékouche, un organisme proposant des formations pour entreprises sur la parentalité ainsi que des jeux de société grand public sur le même thème, a vu les mentalités basculer il y a une dizaine d’années : « Il y a eu une sorte d’éveil collectif pour l’écologie. Ça a amené les entreprises à s’engager sur ce terrain-là. C’est dans ce contexte de RSE que la question de la parentalité s’est posée, avec une prise de conscience sociale plus large. Aujourd’hui, on sait qu’une personne que l’on prive de vie personnelle ne pourra pas atteindre ses objectifs professionnels. ». Malgré cet électrochoc, le chemin à parcourir reste encore long pour l’équilibre vie de famille – vie professionnelle.
Des entreprises encore trop timides
Ces envies d’accompagnement – ou de soulagement – pour la vie de famille ont beau être présentes, les entreprises ne jouent pas franchement le jeu. D’après Célina Buttin, le sujet reste sensible : « Elles y vont à tâtons parce que ça touche l’intime. C’est assez épineux pour les entreprises de délimiter vie pro et vie perso. Mais il faut noter que, doucement, de plus en plus d’entreprises vont sur ce terrain-là. »
Hélas, au-delà du pur recrutement, cette problématique renvoie à la question des discriminations que subissent les femmes au travail. Dans une étude de janvier 2023, l’APEC observait que la parentalité constituait un facteur aggravant de discrimination envers les femmes et leur évolution en entreprise, pour plus de 50 % des cadres sondés. « Les entreprises investissent peu sur les femmes. La grossesse peut être synonyme de fuite des cerveaux : passé l’accouchement, énormément de femmes font une reconversion », observe Célina Buttin. « Il faut casser cette logique-là et savoir mettre de l’humanité là-dedans », poursuit-elle. A défaut d’avoir des crèches d’entreprise à chaque coin de rue, on ne peut qu’espérer que les employeurs soient plus sensibles à cette problématique à l’avenir, pour leur bien comme celui de leurs effectifs.


















