Rayon de soleil: Alivereti Raka peut-il sauver le rugby français?

RUGBY L’ailier fidjien, qui roule sur le monde avec Clermont, va bientôt devenir sélectionnable pour le XV de France…

Julien Laloye
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Raka, enfin une raison d'espérer pour les Bleus?
Raka, enfin une raison d'espérer pour les Bleus? — Lewis/ProSports/Shutter/SIPA
  • L'ailier de Clermont a mis un triplé contre les Saracens ce week-end.
  • Il sera bientôt sélectionnable pour le XV de France.

C’est très probablement un homme sans reproche, qu’on imagine en fonctionnaire méticuleux et bien intentionné. Fan de rugby ? Ça aiderait. Il se trouve en effet que Monsieur X, on l’appellera ainsi, tient le sort du XV de France entre ses petites mains d’examinateur (forcément) perfide. C’est lui qui devra décider si Alivereti Raka (23 ans), la dernière petite merveille du rugby fidjien en pleine explosion à Clermont, peut prétendre à la nationalité française, à l’issue d’un test de connaissance de la langue de Molière d’une quinzaine de minutes. Cela se jouera à 9h45, aujourd’hui même à Vichy, et on croise les biceps très fort pour que Raka puisse devenir français et jouer pour les Bleus le plus vite possible.

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Les fans clermontois savent déjà pourquoi. Ceux qui sont tombés par hasard sur le match contre les Saracens de lundi sur France 4 aussi. Les autres peuvent ouvrir Youtube et taper « Raka’s incredible performance against Saracens ». Ils verront les trois essais de la bête et surtout cette traversée de terrain de mammouth, des 22 mètres jusqu’à la dernière passe main gauche pour l’essai du bonus. Sur le chemin, sept anglais morts au combat et une impression de puissance Jonah Lomuesque, comme un aperçu du potentiel du garçon de 23 ans. 25 essais déjà depuis l’automne 2014 et son arrivée de la fameuse province de Nadroga, celle qui pond des ailiers fidjiens en batterie pour Clermont.

Bertrand Rioux, directeur du centre de formation auvergnat, se souvient : « Comme souvent avec les Fidjiens, la première fois, je me suis dit "Oh là ça va être trop compliqué". Il était tellement introverti, c’était presque impossible de croiser son regard, et il ne disait rien ».

Laporte a fait une exception pour lui

Arrive le moment où on balance du gros cliché, du genre que le type préfère parler avec le ballon. Dans le cas de Raka, ce serait travestir la vérité. « Chez les espoirs, il se passait quelque chose quand il avait le ballon, mais il ne dégoûtait pas non plus tout le monde comme pouvait le faire Nalaga par exemple ». On en vient plus vite que prévu à la question qui nous taraude les méninges depuis le débuuuuuuuuuuuut. Raka, très bien, mais il a quoi de plus qu’un Nakaitaci ou qu’un Vatakawa, annoncés énormes avant lui et trop vite gagnés par la médiocrité presque fascinante du XV de France ?

« C’est un joueur qui travaille beaucoup. Il n’a plus rien à voir avec celui qu’il était en 2014. Il a conservé cette capacité à franchir les lignes mais il a appris à s’insérer dans un projet de jeu collectif et il ne rechigne pas à défendre. Alivereti a toutes les qualités : il est adroit de ses mains, il a des appuis incroyables tout en arrivant à conserver sa vitesse sur une longue distance [Il vaut 10,2 sur 100m], il a le pas chaloupé d’un Nakaitaci et la puissance d’un Nalaga. Bien sûr, il a besoin d’un fond de jeu pour pouvoir être performant, mais je ne vois pas ce qui pourrait l’empêcher de briller en équipe de France. Franchement, est-ce qu’il y a un meilleur ailier que Raka en Europe aujourd’hui ? Je ne crois pas ».

Bernard Laporte a dû se dire la même chose pour revenir sur sa promesse de mettre fin aux naturalisations de joueurs étrangers jugés assez bons pour aller se prendre des vestes avec les Bleus. C’est Raka lui-même qui racontait la scène dans l’Equipe fin novembre, précisant que s'il n'optait pas pour les Fidji, c'est parce que le sélectionneur ne l'avait pas appelé pour la tournée d'automne. Extrait.

« Lors d’une de ses visites à Clermont fin octobre, Bernard Laporte est passé dans le vestiaire. Il est venu me parler. Il m’a demandé : “Tu es en France depuis combien de temps ? Tu parles bien français ?” J’ai répondu : “Oui, je suis là depuis trois ans.” Il m’a dit : “Si tu veux jouer pour l’équipe de France, tu dois avoir un passeport français.” »

Guy Novès, puisque c’est encore lui le sélectionneur, est sur la même longueur d’onde que son président : « Il y a 54 % d’étrangers dans le Top 14, seulement 46 % de Français et si on enlève les très jeunes, les très vieux et les blessés, ça limite le choix. Pourquoi empêcherait-on un garçon qui a un enfant avec une Française, qui fait les efforts pour parler français et qui est très bon de jouer avec nous ? »

Une première sélection pour le tournoi des VI Nations ?

Vu l’état de délabrement général du rugby français, il serait idiot de faire la fine bouche. On se renseigne auprès de Rioux. Cet exam’, il va l’avoir au moins ? « Le fait d’avoir une compagne française doit aider, il comprend presque tout et il est autonome. Bon, il n’est pas très bavard, mais je ne me fais pas plus de soucis que ça ». Nous un petit peu plus. Impossible de dégoter l’identité de Monsieur X, évidemment. « C’est comme le bac, on ne donne pas les sujets avant », plaisante notre charmante interlocutrice vichyssoise. On espère juste que Bernard Laporte n’a pas essayé de lui passer un coup de fil pour partager un conseil amical.