XV de France: Existe-t-il encore des «match-winners» chez les Bleus?
RUGBY•Thomas, Fofana, Lopez, qui peut faire basculer une rencontre à lui tout seul?...B.V. et N.C.
On ne pouvait décemment pas évoquer l’Irlande-France de samedi sans se souvenir de cet exploit de Vincent Clerc, lors du tournoi 2007. Dans un match totalement dominé par les Verts, l’ailier des Bleus sort le crochet de sa vie pour transpercer la défense et inscrire l’essai de la gagne à deux minutes de la fin.
Ce jour-là, Clerc avait définitivement gagné le titre de «match-winner», ce joueur capable de faire basculer une rencontre à tout moment, sur une inspiration, un drop, une accélération. Comme l’étaient Jonny Wilkinson, Christophe Dominici ou Shane Williams. Une race qui semble avoir un peu disparu, et surtout dans cette équipe de France.
«Des joueurs de qualités, capables de faire des différences, on en a, coupe l’ouvreur Camille Lopez. Teddy Thomas est capable de faire un exploit et de marquer à tout moment, comme contre l’Australie. Wesley Fofana est capable de traverser le terrain, Mathieu Bastareaud de tout emmener sur son passage.» Et on les a déjà vus le faire. Mais rarement quand ça doit être décisif. «Pour marquer des essais, il faut surtout être au bon endroit au bon moment, soupire Fofana. C’est pas toujours le gars qui prend le ballon et fioufioufiou (il mime un joueur qui courre).»
«Si Lopez jouait chez les Blacks, il serait un match-winner»
Ancien demi d’ouverture des Bleus, Alain Penaud concoure. «La véritable capacité à marquer d’une équipe vient de son collectif et plus forcément d’une individualité, analyse-t-il. Les défenses sont mieux organisées, les joueurs sont plus athlétiques. Ça veut dire qu’il est plus difficile de trouver des matchs-winners, mais il n’y a pas qu’en France que c’est le cas. Je défendrais même à la limite l’idée contraire: en France, on a une qualité de joueurs qui nous permet bien souvent de palier nos déficiences collectives.»
Son successeur au poste, Lopez, pourrait rapidement en faire partie. «Il a l’étoffe d’un très grand numéro 10 car il a toutes les qualités, poursuit Penaud. Mais par son poste de demi d’ouverture, il a besoin d’être servi par un collectif fort. Quand ce sera le cas on pourra découvrir l’étendue de son talent. Si Camille Lopez jouait chez les Blacks ou les Irlandais, il serait un match-winner.»
Célèbre pour avoir mené la France à la victoire face à la Nouvelle-Zélande en 1999, Christophe Lamaison, estime lui aussi que le rugby ne permet plus les exploits personnels. «Aujourd’hui, les matchs-winners c’est le staff, assure l’ancien briviste. Il y a toute une préparation, une approche, des tactiques et des stratégies mises en place. On ne peut plus marquer en première main. C’est tout le collectif qui doit être bien pensé.» Et c’est grâce à lui que certains talents se révéleront. «Personne ne peut remettre en doute les qualités intrinsèques des Huget, Fofana ou Thomas, conclut Penaud. Le jour où l’équipe sera bien en place, ils pourront montrer qu’ils font partie de ce qui se fait de mieux sur la planète rugby.»


















