PSG-Bordeaux : De la fébrilité à l’individualisme, Paris a encore une fois étalé ses lacunes

FOOTBALL Le PSG a encore du boulot pour se mettre au niveau européen 

William Pereira

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Neymar
Neymar — Christophe Ena/AP/SIPA

« Ce n’était pas huit jours normaux ». La phrase est de Thomas Tuchel en conférence de presse. Et pour cause, l’Allemand sait qu’il a du pain sur la planche. En une grosse semaine et trois matchs de football, son équipe a perdu quasi toute certitude sur son niveau de jeu réel et la légitimité de ses ambitions européennes. Tout a commencé par un nul improbable sur la pelouse d’Amiens – certes avec une équipe remaniée. L’apogée de la déception parisienne a ensuite été atteint à Dortmund, en Ligue des champions.

Et contre Bordeaux, dimanche, la seule réelle amélioration observée est comptable. Chouette, le PSG regagne enfin. Mais peut-on vraiment se permettre de se faire peur contre la première équipe venue quand on veut renverser le Borussia dans trois semaines ? Petite revue des aspects inquiétants du jeu parisien, dimanche soir.

Fébrilité défensive, déficience tactique

Pardonnez notre naïveté, mais en voyant Neymar sprinter sur son couloir pour venir intercepter un ballon dans son camp après un contre girondin à la suite d’un corner en début de match, on voyait déjà poindre la grande rédemption parisienne. Ney en leader de la révolte parisienne, la Ligue 1 et l’Europe peuvent trembler. Walou. Deux tacles et un coup d’épaule plus tard, le Brésilien estime avoir fait son job derrière et réactive le mode air-défense, comme Mbappé et Di Maria, d’ailleurs. Dans le 4-4-2 d'hier, c’est rédhibitoire. Le milieu parisien se transforme en gruyère et la défense recule. Résultat, les joueurs sont obligés de faire des passes en retrait à Rico, ce qui revient peu ou prou à marquer directement contre son camp.

Méchanceté gratuite à part, Paris a une nouvelle fois fait étalage de son incapacité à défendre sereinement un résultat quand sa ligne d’attaque pêche un peu plus à la finition et ne parvient pas à plier la rencontre. Il n’y a qu’à voir comment le but de Pardo à cinq minutes de la fin a réussi à faire flipper cette équipe. En zone mixte, Laurent Koscienly a poliment mis cette fébrilité sur le dos de la défaite en Ligue des champions. Ce que n’a évidemment non plus manqué de faire Tuchel en conférence de presse, en s’inquiétant tout de même du rendement défensif de ses ouailles.

« Après une défaite importante en Ligue de champions, c’est toujours difficile de regagner de la confiance. On peut l’observer dans de nombreux clubs en Europe. La meilleure chose était de gagner, car cela donne une bonne base pour s’améliorer […] Mais c’est clair qu’on doit améliorer notre façon de défendre, nos duels défensifs, nos efforts, nos distances entre les joueurs pour avoir un bloc plus compact. C’est très clair qu’on doit s’améliorer. »

Insupportable individualisme

Si la connexion Di Maria-Cavani n’a très bien fonctionné qu’une dizaine de minutes, celle entre Neymar, Mbappé et le reste du monde a déconné pendant 90 minutes. Et que j’essaye de passer entre 36 joueurs dans un périmètre équivalent à un logement d’étudiant parisien, et que je tente 40 fois la même accélération avant de me perdre dans ma conduite de balle… Le Brésilien et le Français ont rivalisé d’individualisme avec une régularité affligeante pendant tout le match. On sait très bien que le modèle offensif du PSG repose en partie sur la capacité de ses individualités à faire la différence, m’enfin bon là, c’est excessif et infructueux. Et pour couronner le tout, le binôme, auquel on peut ajouter Di Maria, s’obstine à attaquer dans l’axe, quand les couloirs ne demandent qu’à être exploités.

Puérilité

Difficile de boucler l’analyse sans revenir sur ce geste de génie de Neymar – qui aura quand même régalé sur pas mal de prises de balle, précisons – venu chercher son carton rouge au panache dans les arrêts de jeu. Un épisode sur lequel est longuement revenu Tuchel après le match.

« Si on veut parler de cette situation du deuxième carton jaune, il faut parler de toute la situation. Il joue un un-contre-un et son adversaire fait quelque chose que je n’ai jamais vu, il commet une faute sur cinq ou dix mètres, le quatrième arbitre est sur le terrain après cette faute, il n’y a pas de carton jaune et le match continue, avec le quatrième arbitre sur le terrain ! Je n’ai jamais vu cela ! Après, il est énervé. Ce n’est pas nécessaire de faire ça mais il est humain. » Difficile aussi de ne pas saisir l’ironie du contexte : Ney, furieux d’avoir manqué de rythme avant Dortmund, se prive d’un match en plus le week-end par son attitude puérile. Logique.