Passer au contenu principalPasser à l'en-têtePasser au pied de page
Aux JO, le match de la honte d’un joueur condamné pour viol sur mineur

JO 2024 : « Ce sont les Jeux, pas un tribunal », au beach-volley, un joueur condamné pour viol acclamé par le public

jeux olympiquesSteven van de Velde, joueur de beach-volley des Pays-Bas, a joué son premier match olympique dans une relative tranquillité du public, alors que le Néerlandais a été condamné pour viol sur mineur
Jean-Loup Delmas

Jean-Loup Delmas

L'essentiel

  • Si les Jeux olympiques sont dans l’ensemble une fête merveilleuse, il y a quelques moments qu’on aimerait planquer sous le tapis et ne pas voir.
  • Le match de beach-volley ce matin de Steven van de Velde y figurera, au moment de refermer la page de ces Jeux.
  • Alors que l’athlète a été condamné pour viol sur mineur, sa prestation a été globalement acclamée par le public.

De notre envoyé spécial dans la honte,

Tout comme l’Olympisme a ses légendes et ses demi-dieux, il charrie aussi de sombres destins. Malgré les protestations de nombreuses associations de protection de l’enfance, et les polémiques que sa présence suscite aux JO, Steven van de Velde a joué son premier match olympique dimanche matin sans être vraiment perturbé par le public.

En 2016, le beach-volleyeur a pourtant plaidé coupable devant la Crown Court d’Aylesbury pour « viol sur un enfant de moins de 13 ans » et condamné à quatre ans de prison. Il n’en purgera qu’un, malgré des faits particulièrement sordides. En 2014, âgé de 19 ans, le Néerlandais se rend au Royaume-Uni pour rencontrer une fille de 12 ans avec qui il échangeait sur Facebook. Il attendra que la mère soit parti de la maison, pour faire boire de l’alcool à sa victime puis la violera plusieurs fois, avant de retourner au Pays-Bas.

« Je ne vais pas siffler quelqu’un que je ne connais pas »

Le voilà pourtant dix ans plus tard aux Jeux de Paris. Seule (très maigre) contrainte, Steven van de Velde ne peut pas séjourner au village olympique, ni répondre à la presse. Si sa réintégration dans l’équipe des Pays-Bas avait provoqué un mini-tollé national, sous le soleil parisien et loin de ses terres, le pédocriminel a livré sa première prestation olympique dans une relative indifférence du public. Une légère bronca au moment de l’annonce de son nom, là où son coéquipier néerlandais et les deux Italiens en face ont été acclamés, des sifflets au moment de ses premiers services, puis plus rien. En cas de beaux shoots – nommés « Monster Point » au beach, tout un symbole -de sa part, tout le stade est même debout et acclame.

Pour la défense du public, Steven van de Velde bénéficie de l’anonymat de son sport et d’une affaire très peu médiatisé hors des Pays-Bas. Présente pour le match, Céline, 39 ans, avoue ne pas connaître l’histoire judiciaire des athlètes de beach-volley, déjà qu’elle a appris les règles de ce sport ce matin. « C’est mal ce qu’il a fait si c’est avéré bien sûr… Mais je ne vais pas siffler quelqu’un que je ne connais pas. Il fait beau, c’est la fête, j’ai payé cher mes places. On veut une bonne ambiance. » Pour Jérôme, 53 ans, qui ignorait également tout de cette histoire, il n’y a pas mort d’homme : « S’il n’est pas en prison, c’est bien pour une raison non ? Aujourd’hui, ce sont les Jeux, pas un tribunal ».

« Ce ne serait pas l’esprit olympique de le siffler »

Même chez le public adverse, « ça ne rentre pas en ligne de compte », soutient Marco, Italien pourtant très volubile au moment de soutenir son équipe nationale. « J’applaudis mes joueurs, mais je ne sifflerais pas l’équipe adverse. Ce ne serait pas l’esprit olympique, et je veux qu’on les batte uniquement par le sport. » Avant de se rajouter : « Bon, ce sera quand même encore mieux qu’on gagne du coup ». Quant à la marée de supporteurs oranjes, décidément présent pour n’importe quel sport, on nous repousse gentiment au moment d’aborder le sujet, tout content de brailler des encouragements en néerlandais.

Ni le CIO, qui peut refuser à tout athlète de participer aux Jeux sans même avoir à se justifier, ni la délégation des Pays-Bas, ni le public n’auront donc moufté. Mais là où les hommes ont déçu, la justice sportive a, elle, au moins fait son travail, et le duo des Pays-Bas a perdu 2 sets à 1. En sortant du stade, le perdant sera tout de même acclamé par une partie du public. Ouf, une défaite aux Jeux pour Steven van de Velde. Il aura quand même joué un match de trop.