PSG - Inter : Alors, ce triomphe parisien valait-il les quatorze longues années d’attente ? (Oui, mille fois oui)
CONSECRATION•Le Qatar aura dû attendre quatorze ans avant de décrocher sa première victoire en Ligue des champions avec le PSG, mais au vu du triomphe parisien, samedi, à Munich, le jeu en valait la chandelleAymeric Le Gall
L'essentiel
- Le Paris Saint-Germain a remporté samedi, à Munich, la première Ligue des champions de son histoire, en explosant l’Inter (5-0).
- Objectif affiché des propriétaires qatariens depuis le rachat du club en 2011, il aura fallu attendre quatorze ans pour que ce rêve ne devienne réalité.
- Mais le scénario de cette finale, conjugué à la puissance collective que dégage cette équipe du PSG, fait que, finalement, le jeu en valait peut-être la chandelle.
De notre envoyé spécial à Munich,
On dit souvent que ce n’est pas la destination qui importe mais le voyage censé nous y amener. Pourtant, samedi soir, sur les coups de 23 heures, quand l’arbitre a sifflé les trois coups finaux synonymes de victoire du Paris Saint-Germain en Ligue des champions, dans une Allianz Arena rouge et bleue de bonheur, rien d’autre n’importait que le moment présent. Il n’y avait qu’à voir la tête de Marquinhos, ses traits tirés et ses larmes de gosse, pour s’en convaincre. C’est donc enfin in the pocket.
Quatorze ans après s’être offert le PSG, QSI a fini par valider sa quête de gloire européenne et son club est désormais assis tout là-haut, sur le toit du monde, à contempler les étoiles, ou plutôt l’étoile, sa première, qui va orner à tout jamais le maillot du PSG dès dimanche matin. Résonne alors dans nos têtes ce refrain créé par les ultras et devenu depuis l’hymne de tout un peuple : « Après tant d’années, de galères et de combats, ô pour toi Paris SG, on va se casser la voix. » Et Dieu sait que des galères, la vie du PSG en a été abreuvée plus que de raison.
- Le but de raccroc de Demba Ba avec Chelsea en 2014 et ce sprint de Mourinho le long de la ligne de touche à Stamford Bridge.
- Le 3-5-2 suicidaire de Laurent Blanc à Manchester City en 2016.
- Le « Nooooooooooooon » de Paul Le Guen sur le but de Sergi Roberto pour sceller la remontada du siècle en 2017.
- La main de Kimpembe contre Manchester United en 2019 et ce foutu péno Rashford à la 94e dans un Parc pétrifié.
Vous en voulez encore ? Allez, un petit dernier, le plus récent, pour la route : le caca culotte de Santiago Bernabeu il y a trois ans, les trois pions de Karim Benzema en dix-sept minutes et le ciel qui tombe sur la tête de Mbappé et compagnie. Et on en oublie sûrement. Mais c’est tout de même un bel aperçu du chemin souvent tortueux, parfois même honteux, que le club de la capitale a arpenté chaque saison, sans relâche mais aussi, et ça au moins on peut le lui accorder, sans jamais se décourager.
Tu seras un homme, mon fils
Autant de gadins qui vous posent une réputation de losers magnifiques aux yeux de la France et de l’Europe et qui viennent de s’évaporer d’un claquement de doigts, samedi soir, au terme d’une soirée de rêve ponctuée par cinq buts contre l’Inter. Jamais une équipe n’avait remporté une finale de C1 aussi largement, pas même le grand Milan de 1994, victorieux 4-0 du Barça à l’époque.
Ce triomphe parisien, car c’est bien de ça dont il s’agit, ne doit pas faire oublier tout cela. Non, car c’est aussi grâce à ses galères sans nom que s’est construite cette première Ligue des champions de l’histoire du club. Tomber et se relever, le tout, toujours, sans broncher. Nous viennent alors en tête ces mots de Rudyard Kipling, qui pourraient passer pour pompeux dans ce contexte, mais si on ne l’est pas aujourd’hui, alors quand bordel ?
« Si tu peux rencontrer Triomphe après Défaite
Et recevoir ces deux menteurs d’un même front,
Si tu peux conserver ton courage et ta tête
Quand tous les autres les perdront,
Alors, les Rois, les Dieux, la Chance et la Victoire
Seront à tout jamais tes esclaves soumis
Et, ce qui vaut mieux que les Rois et la Gloire,
Tu seras un Homme, mon fils ! »
Sous nos yeux, donc, Paris est devenu un homme. Et comme il ne sait rien faire dans la demi-mesure, dans la victoire comme dans la défaite, c’est donc frappé du sceau du sublime que le PSG a inscrit son nom sur la Coupe aux grandes oreilles. Un succès 5-0 tellement gigantesque qu’il faisait dire à certains supporters présents à Munich, les yeux humides et les cordes vocales en charpie, qu’il leur semblait irréel.
Une transformation presque surréaliste
Tout le monde aurait signé pour une victoire 1-0 sur un but du cul de Kang-In Lee à la 95e minute. Au lieu de ça, le PSG a livré l’une des plus belles partitions, si ce n’est la plus belle, de l’histoire de la C1 à ce stade de la compétition. Il a plié le game, comme disent les jeunes, et ébloui les amoureux du ballon rond, comme disent les autres. Sur la lancée de son premier exploit contre Manchester City, où Paris a senti le souffle chaud de l’élimination en étant mené 2-0 à la 55e minute, cette équipe jusqu’alors désordonnée, sans âme ni passion, est devenue sans qu’on comprenne bien comment le plus beau collectif de club qui existe à l’heure actuelle sur la planète.
Alors, après ce long voyage d’une dizaine d’années, les Parisiens, joueurs, coach et staff compris, pouvaient se ruer sur Kvisha Kvaratskhelia au moment du quatrième but, celui qui marquait définitivement un point de non-retour et interdisait toute nouvelle remontada, milanaise cette fois. Paris tient bel et bien sa première victoire finale en Ligue des champions et, en repensant à tout ce qu’ils ont vécu sous ces couleurs, Marquinhos et Kimpembe pouvaient savourer comme des gosses au milieu de la pelouse munichoise.
Alors que le premier était interrogé par notre consœur de Canal+ Margot Dumont et peinait à mettre des mots sur sa joie, le second, 31 ans au compteur, mais 12 au ressenti samedi soir, débarquait avec un sourire de bambin et un bout des filets, qu’il venait d’arracher du but, dans la main. « Faut tout ramener, faut tout ramener, on a trop souffert. Faut tout ramener ! » hurlait-il à Kimpembe, qui, on l’imagine sans mal, a lui aussi dû repartir avec un souvenir de cette nuit magique.
« Je vais dormir avec le trophée »
Dans les couloirs du stade du Bayern, le sourire jusqu’aux oreilles et les yeux un peu humides, Nasser Al-Khelaïfi pouvait enfin savourer. « Ça y est, c’est fait, c’est magnifique. Après quatorze ans ! Les gens ont douté de nous mais aujourd’hui on a gagné pour le PSG, pour Paris, pour la France, pour le foot français. Cette victoire est aussi pour ma maman, qui aujourd’hui est décédée et qui a tellement prié pour qu’un jour ça nous arrive. Je suis triste qu’elle ne soit pas là avec moi pour fêter ça, a-t-il déclaré dans un moment de sincérité assez touchant. Mais c’est fabuleux. Je vais dormir avec le trophée ce soir je crois (rires) ! »
Il n’y a plus qu’à espérer que le prochain club français qui remporte la Ligue des champions – et si ça arrive, il y a de fortes chances que ce soit encore pour Paris – n’attende pas trente-deux ans pour le faire, soit le nombre d’années qu’il y a eu entre la victoire de l’OM en 1993 et celle du PSG en 2025. Mais vu la dynamique parisienne et les ambitions de ce club, on peut y croire sans (trop) passer pour les fous du bus. Ça nous changera, pour une fois.



















