Marseille: Comment dézinguer l'arbitrage sans avoir l'air de se chercher des excuses? Petit tutoriel avec l'OM et Rudi Garcia

FOOTBALL Avec une très belle sortie passive-agressive de Dimitri Payet, notamment…

Au stade Vélodrome, Jean Saint-Marc
Rudi Garcia s'engueule avec un arbitre, pour la 82e fois cette saison.
Rudi Garcia s'engueule avec un arbitre, pour la 82e fois cette saison. — F. Pennant / AFP
  • L'OM quitte le podium après un match nul (0-0) face aux solides Montpelliérains.
  • Les Marseillais en veulent à l'arbitre, qui n'a pas sifflé une faute d'Hilton sur Mitroglou, à la fin de la rencontre.

On dévale les sept étages entre la tribune de presse du Vélodrome et la zone mixte, et on se dit que le papier est déjà écrit, ou presque. Magie du journalisme sportif (ça vaut aussi en politique) : tu sais parfois précisément ce que vont te dire les gars que tu interviewes. Et quelle que soit la question, d’ailleurs. Cas d’école, ce dimanche soir, avec , après le triste   de l’OM (0-0) face à  . Question : « qu’est-ce qui n’a pas marché ce soir, c’est la fatigue ? » Et la réponse porte sur la performance des hommes en noir, enfin en vert clair, enfin des arbitres, quoi.

L’entraîneur de l’OM est coutumier de la décla anti-arbitre, d’ailleurs, on a fait récemment une  pour savoir d’où venait cette obsession (spoiler : de son époque dijonnaise, mais on vous laisse lire le papier).


Ce qui est plus original, ce dimanche soir, c’est que Rudi Garcia et ses joueurs ont déployé des trésors d’imagination pour éviter de trop passer pour des pleurnicheuses. Trésors, imagination, on exagère un chouïa. Mais on a quand même trouvé de quoi vous faire un petit tutoriel.

  • Niveau 1 : le déni

Le jeune Boubacar Kamara (troisième titularisation plutôt convaincante) a joliment esquivé la question. « On n’a pas forcément parlé d’arbitrage dans le vestiaire (lol), on n’a pas vu les images alors on ne peut pas s’exprimer là-dessus. » Re-lol, sachant qu’il y a plus d’écrans au mètre carré dans les vestiaires/couloirs du Vélodrome que dans une station de métro au Japon.

Profitons-en pour préciser qu’on les a revues, nous, les images, et que ça ne fait aucun doute : le vétéran Vitorino Hilton sèche Mitroglou, dos au but. Il prend de plein fouet son pied d’appui et parvient même à le coincer sous sa propre jambe.

  • Niveau 2 : le « oui, mais », le plan Sciences-Po, quoi

Grand I, c’est la faute de l’arbitre, grand II mais pas seulement. L’argument typique d’un Rudi Garcia, par exemple. Flash-back, donc, sur sa décla en conf' de presse. Question sur la fatigue, démarrage immédiat, puis coup de frein, puis accélération immédiate sur l’autoroute de la critique des arbitres. Le ralenti (là, on l’a) :

 « On peut dire ce qu’on veut, on peut dire qu’on est fatigués… Mais on est encore tributaires… (Il s’interrompt). Allez, on va débuter par ça : tributaires de notre manque d’efficacité, parce qu’on n’a trop peu cadré. Mais celui qui me dit qu’il n’y a pas un penalty flagrant… (Et c’est reparti). Ça devient lassant, tout simplement lassant, ça fait trois matchs consécutifs, ici au Vélodrome… »
 

Même schéma pour Morgan Sanson (« on ne va pas se reposer là-dessus mais c’est un fait de match important, surtout en fin de match ») et Bouna Sarr (« Il y a penalty, mais c’est surtout l’efficacité qui nous a manqué »). Maxime Lopez a même réussi le double « mais », attention c’est un vrai geste technique, ne tentez pas ça à la maison, ce sont des professionnels. :

 « A vitesse réelle, le penalty semblait logique, c’est une grosse erreur, mais on ne va se cacher là-dessus, mais c’est vrai que c’est dommage parce que c’est une occase de but… »
 

En discutant avec le Maxime Lopez, on a aussi appris que l’arbitre s’était justifié auprès des joueurs en disant que Mitroglou était tombé avant le contact avec Hilton. Hum…

  • Niveau 3 : l’humour (un peu passif-agressif, tant qu’à faire)

Le robinet des passes décisives s’est un peu tari, sur le terrain (on y reviendra dans un autre papier, restez dans le coin). En zone mixte aussi, Dimitri Payet nous sert gaiement de l’eau tiède au mètre cube, « il nous reste six finales pour l’Europe », « on a peut-être un peu ronronné », etc. etc. Et vient la question sur l’arbitrage, et là, Dimitri se réveille, et la petite vanne balancée comme un coup franc en pleine lucarne : « Ils sont excellents, les arbitres en Ligue 1, y a pas de souci. » Contrairement à ses  après Marseille-Lyon en 2015, cette fois, ça ne fera pas J + 1. Mais ça fait mouche…