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Benzema au régime, faut-il être mince pour être un grand attaquant ?

Ligue des champions: Karim Benzema au régime, faut-il forcément être mince pour être un grand attaquant?

FOOTBALLGagner en vitesse, c’est bien, mais ça ne fait peut-être pas tout...
Nicolas Camus

Nicolas Camus

Si vous n’avez pas vu le Real Madrid jouer depuis un petit moment, attendez-vous à du changement, mercredi soir, lors du quart de finale aller de la Ligue des champions entre le club madrilène et le Bayern Munich. Pas de panique, Ronaldo met toujours de la cire dans ses cheveux et Raphaël Varane est toujours blessé. Non, la révolution, c’est cet attaquant un peu maigrichon au physique de jouvenceau qui évolue entre la star portugaise et Gareth Bale.

On force le trait, mais Karim Benzema - c’est bien de lui dont on parle - s’est métamorphosé ces trois derniers mois. Passé de 85 à 78 kg, selon un article de Marca datant de la semaine dernière, le Français est affûté comme jamais. Une rapide comparaison à l’œil nu entre une photo datant de novembre et une autre du week-end dernier suffit à s’en rendre compte.

Entre ces deux photos, cinq mois d'écart.
Entre ces deux photos, cinq mois d'écart.  - Montage photos SIPA

Si le Madrilène n’était pas « gros », son 1,83m pour 85 kg le classait parmi les attaquants bien tankés sur leurs appuis. Son indice de masse grasse est aujourd’hui passé sous les 10 %, ce qui ne lui était plus arrivé depuis ses années de formation lyonnaises, précise le quotidien espagnol. Pourquoi tant d’efforts ? Là, comme ça, quatre hypothèses nous viennent à l’esprit :

  • Prévenir les blessures
  • Faire une sorte de « remise à niveau », comme ça a pu lui arriver par le passé (on l’a dit au régime, déjà, en 2011 puis en 2013, sans toutefois le même effet visuel)
  • Retrouver du dynamisme
  • Faire évoluer son jeu

Ou alors, peut-être est-ce une volonté de revenir à des standards plus actuels. Benzema n’est ni Gomez ni Giroud, mais de mangeur d’espaces à Lyon, il s’est tout de même transformé à Madrid en vrai numéro 9, à la fois pivot qui fait jouer ses coéquipiers et buteur qui arrive à se faire sa place dans la surface pour mettre le ballon au fond. Avec le physique, forcément plus imposant, qui va avec. Pas trop la mode du moment, plutôt au Ronaldo, Aubameyang, Neymar, Suarez ou Griezmann.

« C’est sûr que chez les attaquants, le profil recherché, très majoritairement, c’est quelqu’un qui va vite, qui prend la profondeur, qui est explosif, assure Pierre Bazin, préparateur physique passé par Nantes et aujourd’hui à l’AC Ajaccio. Et c’est clair que s’il y a une surcharge par rapport à au poids de forme, ça pose problème. »

Pour l’instant, ça paye. En dedans ces dernières semaines, Benzema reste sur trois buts lors des cinq derniers matchs du Real. Mais attention au retour de flamme. « Le danger quand on perd 6-7 kilos en peu de temps, c’est l’aspect psychologique, prévient Nicolas Rouig, nutritionniste spécialisé dans l’accompagnement de sportifs. Il y a le risque de les reprendre dans les mois qui suivent. » A priori, pas de soucis de ce côté. L’attaquant est suivi par les médecins et physios du club, et le calendrier a été réfléchi.

«J’ai voulu perdre un peu de poids, et j’ai senti que je devenais moins bon»

Autre élément important, les sensations sur le terrain. Pour des postes où le physique compte particulièrement, tout changement a ses implications. Pour pousser la comparaison, on a demandé à l’ancien pivot international de handball - et grand fan de foot - Christophe Kempé son sentiment sur cette problématique.

« L’équation n’est pas aussi simple que "je perds du poids donc je vais plus vite et je suis meilleur", témoigne le champion olympique 2008 avec les Experts. Il y a eu une période où j’ai voulu perdre un peu de poids, et j’ai senti que je devenais moins bon. J’avais perdu en puissance, mon ancrage au sol n’était plus le même. Ça a des conséquences dans les duels, quand on se retrouve au milieu des défenseurs adverses. »

Benzema à l'entraînement face à Pepe et Sergio Ramos (ou presque).
Benzema à l'entraînement face à Pepe et Sergio Ramos (ou presque).  - COLLOT/SIPA

Bien sûr, on parle là d’un sportif passé de 109 à 104 kg, dont le métier consistait à se farcir des armoires à glaces aux coudes acérés. Mais le vécu est parlant. « Les deux [être moins lourd mais plus rapide, et l’inverse] ont leurs avantages, mais moi je préférais être un peu plus lourd », tranche Kempé, trois fois meilleur buteur du Val d’Oise dans ses jeunes années de footballeur.

Pour résumer, gagner en vitesse, c’est bien, mais ça ne fait pas tout. Le rapport poids-puissance est primordial, et en la matière, chacun son style. Gignac n’est jamais aussi fort qu’avec la peau du ventre un poil détendue, et (le vrai) Ronaldo ne s’est jamais arrêté de marquer dans sa carrière.

« Il n’y a pas que la vitesse athlétique, nuance Pierre Bazin, passionné par le travail hors terrain avec les joueurs. On oublie souvent la capacité à prendre vite une information et se placer au bon endroit. La vitesse, c’est tout un tas de paramètres. Il y en a qui vont très vite d’un point de vue anatomique, mais il y en a d’autres qui vont plus vite d’un point de vue neurologique. » De toute façon, il y aura toujours un Gonzalo Higuain, dont la cote augmente au même rythme que les chiffres sur la balance, pour arrondir les angles sur le sujet.

Ceci est un joueur ayant planté 36 buts en 35 matchs de Série la saison dernière (et déjà 21 cette saison).
Ceci est un joueur ayant planté 36 buts en 35 matchs de Série la saison dernière (et déjà 21 cette saison).  - CIAMBELLI/SIPA