Euro 2016: Avant France-Portugal, voyage dans le temps avec les générations Griezmann, Zidane et Platini

FOOTBALL Fabien, Nicolas et Paul ont tous eu 20 ans l'année d'un Euro ou d'un Mondial qui a marqué la France...

C.L et F.L

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Des supporters à Marseille le 7 juillet 2016
Des supporters à Marseille le 7 juillet 2016 — JC Magnenet

Les jeunes qui vibrent sur les buts de Griezmann en ce moment n’étaient pas nés en 1998, ou à peine. Ça fait bizarre à entendre pour ceux qui peuvent encore raconter comment ils ont hurlé « Thuram président » sur le lieu de vacances familial, mais c’est la triste vérité. Pour cet Euro, trois générations de supporters de foot cohabitent : les fans de Platoche, les inconditionnels de Zizou et ceux qui pour qui ces deux héros ne sont qu’un ancien président bedonnant de la FIFA et l’entraîneur du Real Madrid. Rencontre avec trois supporters qui ont eu 20 ans en 1984, 1998 et qui les ont en ce moment.

Fabien, 20 ans en 1984, quand la France a gagné l’Euro : « Avec trois chaînes de télévision à l’époque, ce n’était pas autant relayé »

Michel Platini le 27 juin 1984

C’est quoi tes souvenirs de l’Euro 1984 ? « C’est Platini, la génération Platini. C’était la France qui renouait avec la victoire, depuis sa troisième place lors de la Coupe du Monde 1958. On commençait à reprendre du plaisir, c’était un peu le début d’une histoire, contrairement à aujourd’hui où l’histoire, c’est 98. Je n’ai pas le souvenir d’une ferveur aussi forte que celle d’aujourd’hui. Mon gamin qui a 20 ans le vit avec beaucoup plus de passion que moi à l’époque. »

Tu étais où le soir de la finale ? « Franchement, je ne m’en souviens pas vraiment. Par contre en 98 je sais que j’étais sur les quais de la Garonne à Bordeaux. L’enjeu était plus fort et je n’ai pas le sentiment d’avoir été porté en 84. Je n’ai aucun souvenir de liesse populaire mais ce qui me revient c’est une vraie victoire sportive. Bon après, niveau médias, c’était bien plus réduit. Il y avait trois chaînes [TF1, Antenne 2 et FR3] et Canal + n’a ouvert que quelques mois plus tard. Ce n’était pas relayé de la même manière. J’ai l’impression que ça avait touché surtout les amoureux du sport. »

C’était comment d’avoir 20 ans en 1984 ? « J’étais étudiant en STAPS et j’étais caissier dans un hypermarché de Saint-Tropez l’été. C’était une période d’insouciance où je ne me projetais pas vraiment. C’était trois ans après l’élection de Mitterrand. J’ai été élevé dans une famille de gauche alors cette victoire c’était une délivrance. C’est à ce moment que j’ai développé mes premières réflexions politiques. »

Électeurs de François Mitterrand en 1981
Électeurs de François Mitterrand en 1981 - AFP

Nicolas, 18 ans en 1998, quand la France a gagné la Coupe du monde : « J’ai imprimé "Place Zinédine Zidane" sur une feuille A4 »

C’est quoi tes souvenirs du mondial 1998 ? « J’ai eu 18 ans, mon bac, Lens a été champion de France et deux mois plus tard, la France était championne du monde à la maison. Cette équipe de France, je n’y ai pas cru une seconde. J’en voulais à Jacquet de ne pas avoir sélectionné Cantona et Ginola qui marchaient sur l’eau en Angleterre. »

Mondial 98: Le consultant de TF1, le boss du Real et la star de Twitter

Tu étais où le soir de la finale ? « Je devais la regarder dans un bar, sauf qu’en arrivant, un, je n’ai pas trouvé mes potes, deux, il faisait tellement chaud dans le troquet que j’avais de la buée plein les lunettes, si bien que je ne voyais rien. J’ai couru comme jamais pour retourner chez mes parents, raté les 10 premières minutes et maté la finale avec ma mère. On avait sorti le tapis de Subbuteo [jeu de table de football] pour lui expliquer le hors-jeu, les pénos etc. Il faut savoir qu’à l’époque, il n’y avait vraiment AUCUNE femme dans les stades. Je pense que 98 a débloqué un truc chez beaucoup de gens. »

Comment tu as fêté la victoire ? « Dès le coup de sifflet final, je me suis jeté sur le PC familial et j’ai imprimé « Place Zinédine Zidane » sur une feuille A4, j’ai retrouvé mon meilleur pote et on a été foutre le bordel à la Grand-Place de Lille. Quelqu’un m’a fait la courte échelle et j’ai collé mon A4 sur une plaque avec un chewing-gum. Et puis au fur et à mesure, on a croisé de plus en plus de potes et notre bande a grossi. On a fini par se poser au square du Petit Quinquin, persuadés que plus rien ne serait comme avant. »

Les champs Elysées à Paris le 12 juillet 1998
Les champs Elysées à Paris le 12 juillet 1998 - AFP

Elle était comment la France en 98 ? « C’était le gouvernement Jospin et j’ai le souvenir d’une France « apaisée » pour reprendre le slogan utilisé depuis par Marine Le Pen. Le pays était moins tendu que ces 15 dernières années. Les attentats de 95 étaient derrière nous, la croissance était là, tout semblait facile. Il y avait ce concept de la France Black-Blanc-Beur auquel nous sommes nombreux à avoir cru comme si une victoire de foot était susceptible de cimenter le pays. Finalement, quatre ans plus tard, on se fait sortir comme des moches de la Coupe du monde asiatique et le FN est au deuxième tour de la présidentielle. La parenthèse enchantée s’est refermée. »

Paul, 20 ans en 2016, alors que la France est en finale de l’Euro : « La France, c’est compliqué »

C’est quoi ton sentiment sur cet Euro ? « J’étais au Brésil en 2014 et la première fois de ma vie que j’ai vu la France en finale c’était en 2006 contre l’Italie. Avoir l’Euro en France, j’attendais que ça. Depuis le début, je suis persuadé qu’on va le gagner. Il y a beaucoup trop de signes, même le fait que Karim Benzema ne soit pas là. Je l’aime beaucoup mais Didier Deschamps a fait des choix forts. Comme Aimé Jacquet en 98, quand il a annoncé une liste de 30 joueurs et puis qu’il est allé les voir un par un dans leur chambre. »

Tu étais où pour Allemagne-France ? « J’étais dans la rue des bars à Grenoble. Je suis en stage de journalisme en ce moment du coup je suis arrivé pile avant les hymnes et on était debout au milieu de la foule. »

«J'ai touché Pogbaaaaa»
«J'ai touché Pogbaaaaa» - V.Hache

Comment tu as fêté la victoire ? « C’était un peu n’importe quoi honnêtement. Je suis vraiment un grand fan de foot, mon seul souvenir remontait à 2006 donc ça faisait 10 ans sans pouvoir en profiter pleinement. On a chanté, crié pendant 20 minutes puis on s’est dirigé vers le Cours Jean-Jaurès, l’artère principale de la ville, dans un état d’ébriété avancé. On était avec des potes, on arrêtait toutes les voitures. Mais j’avais un article à finir, alors on est rentré à 2h. »

Tu seras où dimanche soir ? « Rebelote. Mais là je ne travaille pas, alors on va attaquer dès 17h. Toute la nuit, ce sera drapeaux, chants et bières. »

On la voit comment la France actuelle quand on a 20 ans ? « La France, c’est compliqué. C’est un pays de râleurs mais on a extrêmement de chance d’être Français, en sport comme dans le reste. Je suis en stage mais comme j’ai une convention, je suis payé comme un CDD alors je ne me plains pas. J’ai pas mal de collègues qui ne sont pas rémunérés. Je pense qu’on fera moins les malins dans un an, l’emploi en sortie d’école, ce n’est pas facile. Mais si on s’en donne les moyens, je ne vois pas pourquoi ça ne marcherait pas. »