Euro 2016: «Comment j'aurais pu dire à Giroud qu'il n'avait pas le niveau?», peste Bazdarevic

FOOTBALL Dans un entretien accordé à L'Equipe en 2012, l'attaquant des Bleus n'avait pas été tendre avec le technicien bosnien...

David Phelippeau

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Olivier Giroud, l'attaquant de l'équipe de France, le 3 juillet 2016, contre l'Islande.
Olivier Giroud, l'attaquant de l'équipe de France, le 3 juillet 2016, contre l'Islande. — PHILIPPE LOPEZ / AFP

Mecha Bazdarevic, le sélectionneur de la Bosnie, fait-il partie du «hater-club» d’Olivier Giroud, l'attaquant des Bleus ? En 2012, dans les colonnes de L’Equipe, l’attaquant des Bleus avait raconté qu’en 2008, alors qu’il était Grenoblois, l’entraîneur Mecha Bazdarevic ne lui avait pas fait de cadeaux. « Tu n’as pas le niveau pour jouer en L2, encore moins en L1 », lui aurait lancé le coach bosnien. Ce dernier a accepté de répondre à 20 Minutes sur cette polémique, un poil agacé.

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Lorsque vous arrivez à Grenoble en 2007, vous avez croisé Olivier Giroud [il avait 21 ans] ?

Oui et vous avez peut-être entendu que j’avais dit qu’il ne pourrait pas jouer au haut niveau ou des choses comme ça… S’il y a bien une chose que je regrette, c’est de ne pas l’avoir eu plus avec nous à Grenoble.

Que s’est-il passé ?

Quand je suis arrivé, il a fait la préparation, mais il souhaitait partir. Il voulait aller en National pour progresser et jouer. Il était en concurrence à Grenoble notamment avec Akrour et Dja Djédjé. Je lui avais dit qu’il fallait qu’il se bagarre pour évoluer chez nous. Il voulait être sûr d’avoir du temps de jeu, mais je ne pouvais pas lui assurer qu’il en aurait. Je me souviens de ses qualités physiques et surtout de sa personnalité. Il savait ce qu’il voulait. Il préférait aller en National [à Istres] et j’ai donné un coup de main pour qu’il aille là-bas car j’y avais déjà entraîné.

Un an après son expérience à Istres (14 buts en 34 matchs de National), il est revenu et n’est toujours pas resté à Grenoble…

Encore une fois, je regrette de ne pas avoir pu travailler avec lui. Il a fait sa progression à Istres puis il est revenu un an après alors qu’avec Grenoble, on venait de monter en L1. Il était exigeant et il a dit encore une fois qu’il préférait partir cette fois-ci en L2 à Tours pour continuer à progresser.

Pourquoi ne pas avoir insisté pour qu’il reste à Grenoble ?

Moi, je voulais qu’il reste pour la Ligue 1, mais la direction japonaise du club a préféré recruter des joueurs d’expérience pour l’élite. Il m’a presque été imposé d’aller chercher des joueurs d’expérience comme Moreira, Flachez ou Battles. Je n’étais pas toujours d’accord avec la direction de Grenoble.

Giroud vous a reproché de ne pas avoir cru du tout en lui…

(Il s’agace) Non, je n’ai jamais dit ça. J’ai toujours travaillé avec les jeunes. A Giroud, Feghouli, Jérémy Mathieu, j’ai toujours dit que s’ils travaillaient, ils réussiraient au plus haut niveau.

Ces reproches vous ont touché ?

Non… Un journaliste a écrit ça… Moi, j’ai eu tout au long de ma carrière des joueurs comme Meriem, Pedretti, Ljuboja ou Frau et je ne me suis jamais permis de dire qu’il n’avait pas le niveau, surtout que dans le cas de Giroud, je ne l’ai pas vu. Comment j’aurais pu dire à Giroud qu’il n’avait pas le niveau sans l’avoir vu ? Ou alors pendant seulement 15 jours de stage. De plus, on m’a toujours dit qu’il ne fallait jamais dire ça à un jeune joueur. Je ne suis pas fou pour porter un jugement sur un joueur qui avait 21 ans. Je pourrais même vous montrer mes notes sur l’entretien que j’avais eu avec lui. J’ai tout écrit.

Vous pouviez imaginer à l’époque une si belle trajectoire pour Giroud ?

Bien sûr que oui. Je lui avais parlé de sa qualité physique, de son pied gauche exceptionnel, mais je lui avais dit aussi qu’il fallait qu’il bosse comme un fou. Il était impatient, il voulait jouer. C’est sans doute cette qualité qui lui a permis d’aller très haut. Je suis très fier et très content pour lui. Mais il peut aller encore plus haut… Et dernière chose, il ne mérite pas d’être sifflé comme il a pu l’être. C’est un garçon qui est sain et qui n’a jamais triché.