Antoine Huot de Saint Albin
L'essentiel
- Paul Seixas, qui visait uniquement la victoire aux championnaux du monde de cyclisme au Canada, a finalement terminé à la quinzième place dimanche
- L'équipe de France avait mis en place une stratégie centrée autour de Seixas avec notamment Bruno Armirail qui a imposé un rythme intense pendant 50 kilomètres, mais le coureur français s'est retrouvé isolé trop tôt.
- La course a été remportée à la surprise générale par l'Américain Brandon McNulty, qui a pu s'appuyer sur l'énorme collectif américain, avec trois coureurs dans le top 10.
L’inconvénient quand on annonce qu’on dispute une course avec comme seul objectif « la victoire » c’est que, hormis si on s’appelle Tadek Pogacar, on est souvent déçus. Tel était donc le ressenti de Paul Seixas, dimanche, après sa quinzième place aux championnats du monde de cyclisme au Canada, remporté à la surprise générale par Brandon McNulty, après un numéro solitaire d’une trentaine de kilomètres.
En l’absence de son coéquipier chez UAE Team Emirates Tadej Pogacar, blessé après une lourde chute lors de la Vuelta, l’Américain a su faire ce que les autres favoris qu’étaient Paul Seixas, Isaac Del Toro et Remco Evenepoel n’ont pas réussi : attaquer, prendre la poudre d’escampette et faire la différence dans les exigeantes et répétitives bosses du circuit construit dans Montréal et court-circuiter les stratégies des autres équipes.
A commencer par celle des Français. Thomas Voeckler avait décidé de construire toute son équipe autour de Paul Seixas, laissant à la maison des coureurs comme Benoît Cosnefroy ou Romain Grégoire dont les profils pouvaient convenir sur ce parcours dantesque. Et le sélectionneur avait préparé un plan : ne laisser personne imposer le rythme de la course et prendre ses responsabilités comme des grands.
La course « nous a un peu échappé », estime Voeckler
A un peu plus de 160 km de l’arrivée, en arrivant sur le circuit principal, on a donc vu le casque jaune de Bruno Armirail se pointer à l’avant du peloton pour imposer un tempo de folie et casser les jambes, déjà, de la plupart des coureurs du peloton. Pendant près de 50 bornes, le coureur de la Visma a fait le taf tout seul comme un grand pour avaler les huit minutes d’avance prises par l’échappée et faire déjà le ménage.
« On a fait ce qu’on avait à faire avec Bruno, ce n’était pas un excès de zèle, on avait à durcir la course, a indiqué Thomas Voeckler sur France 2. Après, ça nous a un peu échappé parce que la course était d’une intensité folle. » Un peu, beaucoup, même. Au moment de la jonction avec ce qui restait de l’échappée, à 106 km de l’arrivée, Valentin Paret-Peintre et Jordan Jegat ont attaqué avant… l’écran noir. Total.
Les deux tentatives des Français ont été tuées dans l’œuf, mais ont provoqué les premiers mouvements de grande ampleur qui ont fini par achever les Tricolores. Les mastodontes Van der Poel, Van Aert et Roglic sont partis en éclaireurs et les Français, avec seulement Sivakov et Baudin en fébriles remparts, ont dû faire le boulot pour tenter de ramener Paul Seixas devant, avec comme épilogue couru avance : laisser le quatrième du dernier Tour de France seul sans coéquipiers à 80 km de l’arrivée.
Seixas « isolé un peu tôt au niveau du collectif »
« On a fait ce qu’on avait à faire, a insisté Voeckler. Paul a peut-être été isolé un peu tôt au niveau du collectif. Si ça se passait toujours comme on voulait, ça se saurait. Ce n’est pas parce qu’on met tout en place pour essayer de gagner que c’est sûr qu’on va gagner. Mais si on ne met pas tout en place pour tenter de gagner, on n’a aucune chance de gagner. »
Même seul, comme Isaac Del Toro, Paul Seixas avait encore des chances de gagner. Mais le Français a souvent semblé à contre-temps, calquant sa course sur le Mexicain qui l’avait battu il y a quelques jours au GP de Montréal. Del Toro a souvent fait le boulot tout seul pour ramener les différents groupes sur la tête, avec Seixas dans sa roue, mais jamais le Français n’a semblé prendre la course à son actif, étant toujours dans la réaction plutôt que l’action.
Et au moment où on pensait que le Mexicain avait grillé toutes ses cartouches à une vingtaine de kilomètres de l’arrivée, après pléthores d’attaques, Seixas n’a pas su passer la vitesse supérieure (qui était déjà très élevée) alors qu’il s’était isolé avec Tom Pidcock, Michael Matthews, Matteo Jorgenson et Giulio Ciccone et était revenu à 25 secondes de Brandon McNulty. Explications avec le principal intéressé à l’arrivée au micro d’Eurosport :
« Tout allait très bien, j’avais des jambes incroyables et honnêtement… C’est une honte ce que j’ai fait aujourd’hui, de cramper comme ça. C’est une erreur de gamin, je n’ai jamais crampé de ma vie sur le vélo. Je suis déçu pour moi mais c’est ce que je mérite. Quand j’ai commencé à avoir des crampes, je savais que cela allait être compliqué mais j’ai pensé à mes équipiers, tout ce qu’ils avaient fait, et je me suis accroché jusqu’à la mort. C’est extrêmement dommage de se battre pour ça. C’est de ma faute, je suis extrêmement déçu de ce que j’ai fait. On peut dire qu’il ne manque pas grand-chose mais il me manque beaucoup. »
« C’est un échec »
Dans cette rare séance d’auto-flagellation, le quatrième du dernier Tour de France, qui n’a que 20 ans, n’a pas voulu mettre le poids de cette déception sur ses coéquipiers : « C’était une course de costauds, pour moi, c’était parfait. C’est une énorme déception, mes équipiers ont tout donné pour que je fasse le meilleur résultat et c’est un échec. Mes équipiers ont fait un boulot incroyable. Ils ne méritent pas un leader tel que moi. »
Interrogé sur le ressenti de son coureur, Thomas Voeckler n’a pas voulu en rajouter une couche : « Il avait dit que tout autre résultat que la victoire serait un échec. Il considère que c’est un échec. Je ne saute pas au plafond, mais je ne l’accable pas, il faut recadrer les choses. L’objectif était la victoire, mais si quelqu’un avait misé sur McNulty, et pourtant c’est un coureur d’une grande qualité… » Qui avait, lui, une équipe au niveau. Au-delà de McNulty, Quinn Simmons et Matteo Jorgenson ont également fini dans le top 10. Comme quoi, plusieurs leaders, ça peut aider.