Antoine Huot de Saint Albin
L'essentiel
- Brandon McNulty a remporté de manière inattendue les championnats du monde de cyclisme à Montréal après 273 km d'effort et une trentaine de kilomètres en solitaire
- L'absence de Tadej Pogacar, blessé lors du Tour d'Espagne, a permis d'assister à une course spectaculaire avec des attaques multiples, des rebondissements et du suspense, contrairement aux courses habituellement dominées par le Slovène.
- Mathieu van der Poel, Wout Van Aert, Isaac Del Toro, Tom Pidcock, Ben Healy... Tous les coureurs frissons ont fait de cette édition une course « spectaculaire ».
En visite à Lourdes dimanche, le pape américain Léon XIV a sans doute dû avoir des pensées, dans la grotte de Massabielle, pour ses compatriotes engagés aux championnats du monde de cyclisme au Canada. Comment expliquer autrement le sacre de la surprise Brandon McNulty ? Même le coureur d’UAE Team Emirates n’en revenait pas, après 273 km d’efforts brutaux, conclus par une trentaine de kilomètres en solitaire.
« Franchement, c’est… je ne sais pas… je suis vraiment perdu, bredouillait l’homme au visage rougi et émacié par l’effort à l’arrivée de la course. J’étais tellement fatigué. Dans la dernière montée dans Mont-Royal, j’étais juste en train de mourir, mais je continuais à pousser. Jusqu’aux 100 derniers mètres, je n’y croyais même pas. J’ai fait quelques blagues avec ma femme, mais je savais qu’il faudrait un miracle, et j’imagine qu’aujourd’hui (dimanche), un miracle s’est produit. »
Un deuxième, même. Car au-delà de la victoire de McNulty, ces championnats du monde à Montréal ont aussi été l’illustration que le cyclisme était l’un des plus beaux sports du monde à regarder. Surtout quand Tadej Pogacar n’est pas là. Absent après une vilaine chute sur le Tour d’Espagne, le Slovène a dû laisser son maillot arc-en-ciel sans combattre. Mais il aurait été certain qu’en sa présence, on aurait assisté à une course totalement différente.
Enfin des émotions sur une course de vélo
Habitué à partir très (très) loin de l’arrivée laissant la concurrence se battre pour les miettes, Pogi aurait sûrement reproduit le même scénario au Canada, laissant le (télé) spectateur dans un désarroi profond. Au lieu de ça, dimanche, le vélo a offert ce qu’il avait de mieux à proposer : des attaques dans tous les sens, des défaillances, des résurrections, des rebondissements, du suspense jusqu’au bout… Bref, des émotions.
Cela a commencé à un peu plus de 160 km de l’arrivée quand la France a décidé de mettre sa machine à rouler Bruno Armirail en marche pour lancer le vaisseau bleu et durcir une course qui n’avait pas besoin de ça pour être épuisante. Si la stratégie tricolore a peu porté ses fruits, elle a permis de servir de rampe de lancement à ce qui se fait de mieux dans la planète cyclisme : Mathieu van der Poel et Wout Van Aert qui se retrouvent ensemble.
Comme à leurs plus belles heures de cyclo-cross, le Néerlandais et le Belge se sont retrouvés dans un solide coup à moins de 90 km de l’arrivée, accompagnés de solides coursiers comme Anthon Charmig, Oscar Onley et Primoz Roglic. Et comme si ce n’était pas assez dur comme ça, Van der Poel en a rajouté une couche avec des attaques de brutes au moment où les cuisses brûlaient le plus.
« Une course d’une intensité folle »
Pendant que le petit-fils de Raymond Poulidor envoyait les watts, les poursuivants ne chômaient pas derrière. Isaac Del Toro essayait de lâcher tout le monde, Ben Healy et Tom Pidcock tentaient aussi leur chance, Seixas tenait dans les roues, Evenepoel grimaçait… « Une course d’une intensité folle », résumait Thomas Voeckler, le sélectionneur de l’équipe de France. « Une course spectaculaire », selon Alejandro Valverde, son homologue espagnol.
Spectaculaire au point de voir des coureurs qu’on pensait à la rue revenir dans la course, comme Evenepoel, plusieurs fois distancé, Del Toro, lâché à vingt kilomètres de l’arrivée ou Pedersen et Schmid, sortis de nulle part dans le sprint final après avoir passé l’essentiel de la course en dehors des radars et des écarts GPS. D’écart GPS, il a en aussi été le cas dans le dernier tour, quand McNulty qui avait plus d’une minute d’avance à 13 km de l’arrivée s’est retrouvé avec le souffle des poursuivants sur le paletot en haut de la montée dans Mont-Royal.
Epuisé par la Voie Camillien-Houde (1,6 km à 7,7 %), l’Américain n’a eu plus que dix secondes d’avance sur les premiers poursuivants. Mais ce léger retard n’a jamais réussi à être comblé par Pidcock et compagnie, à cause notamment du travail de sape de Jorgenson pour son compatriote. Au bout de 6h17 d’efforts, McNulty a réussi à garder cette petite avance pour devenir le troisième américain à devenir champion du monde.
Le plus triste, finalement, c’est de savoir que ce maillot arc-en-ciel va servir d’équipier de luxe à Tadej Pogacar quand le leader maximo serait sur pied. « Au bout du compte, il reste le meilleur coureur du monde et ce sera sympa de rouler pour lui en portant ce maillot », a même réagi McNulty après la course. Même absent, Pogacar était quand même bien présent.