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La stratégie « 100 % Seixas » de Voeckler est-elle risquée pour la France ?

Mondiaux de cyclisme 2026 : La stratégie « tout pour Paul Seixas » de Thomas Voeckler est-elle risquée pour la France ?

le petit prince du bitume•Paul Seixas fait partie des favoris pour décrocher le maillot arc-en-ciel de champion du monde, ce dimanche à Montréal (Canada)
Antoine Huot de Saint Albin

Antoine Huot de Saint Albin

L'essentiel

  • Thomas Voeckler, sélectionneur de l’équipe de France de cyclisme, a fait de Paul Seixas son leader unique pour les championnats du monde de cyclisme, ce dimanche à Montréal.
  • Cette stratégie transparente marque un changement radical pour Voeckler, habitué à brouiller les pistes : « La stratégie "100 % Paul Seixas", c’est la meilleure stratégie. Le seul qui est capable de gagner chez les Bleus, c’est Paul Seixas », assure Alexandre Geniez.
  • Malgré cette communication claire, Alexis Vuillermoz reste prudent et soupçonne Voeckler de cacher quelque chose : « Thomas, il est malin, plus qu’intelligent, plus que cartésien. A mon avis, la course nous réserve de belles surprises ».

Thomas Voeckler a décidé d’innover pour préparer les championnats du monde de cyclisme au Canada. Le sélectionneur de l’équipe de France a emmené toute son équipe à une heure de Montréal, dans trois appartements, pour vivre quasiment en autogestion. On ne sait pas qui s’est chargé de faire les repas, les lits ou la vaisselle, mais on imagine que les tâches étaient bien réparties dans l’équipe, pour qu’à 19 heures pétantes, Paul Seixas soit en pyjama et puisse profiter de son plat de pâtes cuites al dente.

Une répétition générale dans la salle à manger de ce qui risque de se passer sur la route, où le quatrième du dernier Tour de France sera le leadeur unique des Bleus, avec une équipe à son service.

« « Que Paul Seixas soit le leader de l’équipe de France sur un circuit sélectif avec du dénivelé, je ne suis pas sûr que ce soit une information, a annoncé Voeckler au moment de présenter son équipe. Je ne vais pas vous prendre pour des imbéciles et dire que peut-être ça ne sera pas “tout pour Paul". Il y a une évidence : Paul Seixas, en pleine possession de ses moyens et même s’il n’était pas à 100 %, ce qui n’est pas le cas, est au-dessus de la mêlée en France sur des parcours durs. Tous les autres coureurs le savent et sont honorés de travailler pour lui. » »

Voeckler a concocté une sélection « équilibrée »

L’ancien maillot jaune du Tour a donc décidé de se passer de coureur comme Romain Grégoire, Lenny Martinez et Benoît Cosnefroy, pourtant en cannes ces dernières semaines, pour que tout soit tourné autour de la pépite du cyclisme tricolore : Bruno Armirail en avaleur de roues, Nicolas Prodhomme en fidèle lieutenant, Pavel Sivakov, Valentin Paret-Peintre et Jordan Jegat en renfort dans les bosses…

Toute l'équipe de France sera au service de Paul Seixas.
Toute l'équipe de France sera au service de Paul Seixas. - Philippe Lissac/Godong/SIPA

« On a une sélection bien équilibrée, avec des coureurs solides et d’expérience pour pouvoir bien épauler Paul, bien le cadrer, explique l’ancien coureur Alexis Vuillermoz. Et on a aussi des coureurs qui peuvent avoir une carte un peu plus polyvalente. Je pense que la France est bien parée pour les différents types de scénarios. » Alexandre Geniez, aligné sur les Mondiaux en 2018, pense même qu’avoir clarifié les choses dès le début, va faciliter la vie du groupe :

« Toute l’équipe qui est autour de Paul connaît son rôle et n’a pas d’ambition de leadership. Il a pris des caractères qui vont donner tout pour l’amener le plus longtemps possible. Je ne suis pas sûr que tout le monde soit prêt à se mettre à la planche. Dans cette équipe-là, il sait qu’il aura 100 % d’adhésion à son projet. On a l’un des meilleurs coureurs au monde sur ce type de course, on met tout à sa disposition. »

Un an après avoir disputé ses premiers Mondiaux dans l’enfer de Kigali, conclus à la 13e place, Paul Seixas a déjà l’objectif de monter sur la plus haute marche du podium au Canada, surtout en l’absence de Tadej Pogacar, blessé sur la Vuelta.

« On ne peut pas tabler sur un one shot »

Habitué à brouiller les pistes et avoir plusieurs cordes à son arc pour surprendre tout le monde, Thomas Voeckler (deux titres mondiaux et deux médailles olympiques sous son règne) a cette fois décidé de changer complètement sa communication, en clamant fois haut et fort sur qui il allait s’appuyer durant ces Mondiaux, et sans solution de rechange si les choses tournent au vinaigre. Risqué tant la concurrence (Evenepoel, Van Aert, Del Toro, Healy, Ciccone…) reste élevée ?

« La stratégie “100 % Paul Seixas”, c’est la meilleure stratégie, reprend Geniez. Il n’y a rien à discuter là-dessus. Les championnats du monde, c’est on gagne ou on perd. Le seul qui est capable de gagner chez les Bleus, c’est Paul Seixas. Il est dans une condition exceptionnelle, il l’a montré sur le GP de Montréal (2e). Ça va se ressembler comme course. La stratégie, c’est de le mettre dans les meilleures conditions pour s’économiser et être capable d’être à 100 % dans le final. »

Geoffrey Soupe, qui a disputé deux Mondiaux avec les Bleus, a ainsi hâte de voir quel plan a été préparé par Thomas Voeckler pour mettre sur orbite son brillant satellite : « Ça reste quand même une course qui est hyper longue (273 km) et qui fait quand même appel à un certain type de coureurs. On ne peut pas tabler juste sur un one-shot, sur une seule attaque franche, que seule Pogacar peut faire. Plus la course sera difficile, plus ça fera appel à de la résistance et la durabilité dans le temps. Et si c’est ce scénario, je pense que Paul s’en sortira le mieux. »

« Il a un niveau de base qui est déjà très élevé, qui lui permet, même s’il s’est mis dans le rouge, de pouvoir résister et de faire quand même mano à mano avec d’autres coureurs. Sur Liège-Bastogne-Liège, il ne faut pas oublier ce qu’il a fait, il a été le seul à longtemps suivre Pogacar. »

Voeckler cache-t-il quelque chose ?

Alexis Vuillermoz se montre un peu plus prudent concernant la stratégie « 100 % Paul Seixas ». Connaissant très bien ce coquin de Thomas Voeckler avec qui il était dans le peloton, celui qui a remporté une magnifique étape à Mûr-de-Bretagne en 2015 estime que les propos du sélectionneur sont beaucoup trop clairs pour qu’il n’y ait pas anguille sous roche :

« Thomas, il est malin, plus qu’intelligent, plus que cartésien. A mon avis, la course nous réserve de belles surprises. Thomas n’avait pas besoin de communiquer sur le fait que Paul serait le leadeur de l’équipe, parce que tout le monde attendait ça, il n’y a aucune surprise. Thomas, c’est quand même quelqu’un qui est imprévisible. Il y a quelque chose qui peut jouer d’ailleurs. » Jordan Jegat champion du monde, vous ne pourrez pas dire que vous n’étiez pas prévenu.