Tour de France: Le pédalier magique de Froome ne s'est pas répandu dans le peloton

CYCLISME Le leader de la Sky est le dernier coureur à utiliser le pédalier ovale OSymetric fabriqué par Jean-Louis Talo...

Antoine Maes

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Christopher Froome lors de la 17e étape du Tour de France, le 22 juillet 2015.
Christopher Froome lors de la 17e étape du Tour de France, le 22 juillet 2015. — Laurent Cipriani/AP/SIPA

Si vous avez religieusement écouté la mise au point des Sky mardi lors de la journée de repos, il y a forcément quelque chose qui a dû vous faire tiquer. Lancée dans une grande opération transparence, la formation britannique a balancé toutes les données de Chris Froome. Et au milieu du speech, Tim Kerrison, directeur de la performance, a lâché comme si de rien n’était la phrase suivante : « Les chiffres sont corrigés pour prendre en compte un apport de puissance de 6 % dû à l’utilisation du pédalier OSymetric ». Cette invention, Froome est le dernier à l’utiliser dans le peloton, au grand dam de son inventeur, le Français Jean-Louis Talo.

Un pédalier qui ne tourne pas rond (Photo Twitter Osymetric)

En 2012, 20 Minutes l’avait déjà interviewé pour tenter de percer le mystère de ce qu’on appelait alors « l’arme secrète des Sky ». Trois ans plus tard, on se dit quand même que si le pédalier magique marche si bien, il aurait depuis le temps dû coloniser toutes les équipes du peloton. « La remarque la plus pénible pour moi, c’est : “Si c’était si bon, tout le monde l’aurait”. La voiture à air comprimé, c’est génial, mais personne ne l’a ! », rétorque Jean-Louis Talo. Selon lui, si son pédalier ne s’est pas encore imposé, c’est parce qu’il n’a pas les moyens de s’aligner sur ses concurrents. Enfin, son concurrent. « Je donne déjà le matériel, je ne peux pas rajouter un chèque. Chez Shimano, ils donnent le matériel et en plus ils font un chèque. Je comprends les équipes », reprend le patron d’OSymetric. On ajoutera aussi que le débat sur son efficacité réelle n’est pas encore tranché dans la tête des coureurs.

"Salut Jean-Louis, c’est Chris. Tu peux me mettre 10 pédaliers de côté ? Merci". (Laurent Cipriani/AP/SIPA)

Présent jeudi à Gap pour tenter d’aller faire la promo de son produit, il a même vu la Sky l’abandonner petit à petit. A une époque pas si lointaine, Wiggins, Porte, Froome et Rogers utilisaient son invention. « Jusqu’à un stage à Ténérife en 2012 où le PDG de Shimano a vu 23 mecs sortir avec ça… Mettez-vous à sa place, il a poussé une gueulante », reprend le Français. Son produit, fabriqué par la société stéphanoise Stronglight, n’est donc désormais plus utilisé que par Christopher Froome, qui résiste donc, sans pour autant aller chanter les louanges d’Osymetric sur tous les toits, et on voit bien pourquoi.

« Dans le cercueil, j’aurai mon maillot de Froome dédicacé et mon plateau sur la poitrine »

A l’écouter, Jean-Louis Talo a d’ailleurs renoncé à imposer sa trouvaille. On lui fait remarquer que Shimano pourrait même lui enlever ce plaisir en rachetant son brevet, et il assure qu’il le vendrait « tout de suite ». « Imaginez, ça fait vingt-quatre ans que je répète la même chose. Mais les Japonais ne rachètent pas de brevets. Ils sont dans une telle position monopolistique, avec 80 % du marché mondial, qu’au niveau des ventes, ça ne leur fait ni chaud ni froid. Médiatiquement, ça les chatouille, mais c’est tout. » Maintenant, « je fais ça pour mon plaisir personnel. Et quand je serai dans le cercueil, j’aurai mon maillot de Froome dédicacé et mon plateau sur la poitrine. » Encore une histoire de point mort.

Un petit tuto, pour comprendre en 2mn comment ça marche :