Coupe du monde de rugby: Mais pourquoi les Irlandais ont une peur bleue des Français?

RUGBY Les joueurs de Joe Schmidt ne sont pas sereins avant de retrouver le XV de France dimanche…

Julien Laloye

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Mathieu Bastareaud fait frissonner les Irlandais de peur.
Mathieu Bastareaud fait frissonner les Irlandais de peur. — Matt Dunham/AP/SIPA

De notre envoyé spécial à Cardiff,

En ce jour de relâche pour nos Bleus, occupés à visiter Cardiff et sa rue de la soif, conseillés par les valeureux journalistes qui les suivent, nous sommes allés tâter le pouls des Irlandais du côté de Celtic Manor, l’immense domaine qui a accueilli la Ryder Cup 2010, tellement immense qu’on y range des voitures dans le hall de l’hôtel.

Bref, là n’est pas le propos. C’était jour d’exercice médiatique pour les joueurs du Trèfle, et nous qui venions guetter la peur dans les yeux des petits hommes en vert n’avons pas été déçus. Pourtant invaincus face au XV de France depuis quatre ans, les joueurs de Joe Schmidt ne font pas les fiers avant dimanche. 20 Minutes vous résume pourquoi nos Bleus les font flipper.

La France et son visage spécial Coupe du monde

En dépit du rapport de force récent entre les deux équipes, il y a un chiffre qui illustre mieux que tout ce qu’on peut écrire sur le sujet le gouffre de performance entre la France et l’Irlande en Coupe du monde : six demi-finales pour les Bleus… aucune pour le XV du Trèfle. « Leurs résultats en Coupe du monde depuis 1987 parlent pour eux, abonde Sean O’Brian. Ils ont fait trois finales et six demi-finales en tout, c’est ça ? La France est toujours une équipe différente en Coupe du monde, parce qu’ils ne sont jamais aussi dangereux que quand ils ont eu du temps ensemble pour travailler ».

Les confrontations entre les deux équipes en Coupe du monde

Sexton, qui a pu côtoyer de plus près l’esprit torturé du rugby français en Top 14, pense carrément que la France se sert du VI Nations comme d’une préparation amicale pour le Mondial : « Le Tournoi des Six Nations est presque un fardeau pour la France car ça tombe en plein milieu de la saison. On dirait que les Français se préparent spécialement pour cette compétition et qu’ils utilisent des joueurs au tournoi pour former un vivier dans lequel piocher en vue de la Coupe du Monde ».

La puissance du bestial Bastareaud

C’est marrant de voir à quel point Bastareaud, parfois assimilé à un bulldozer sans cervelle incapable de faire une passe à trois mètres chez nous, est respecté à l’étranger. Les Irlandais en parlent comme de la bête du Gévaudan, encore tout tremblants du souvenir des multiples KO de Sexton, venu deux fois caresser la moustache du char d’assaut toulonnais d’un peu trop près. « Les Français avaient indiqué avant le dernier match qu’ils allaient me cibler car je revenais seulement à la compétition (après plusieurs K.O. justement, NDLR). Je ne vois pas pourquoi il en irait autrement cette fois », avance l’ouvreur irlandais. « Bastareaud est toujours celui qui sonne la charge pour les Français, appuie O’Brian. Il va vouloir chasser Sexton. Il faudra le priver au maximum d’espace, c’est un joueur intelligent, il est de toute évidence très, très fort et c’est un leader pour le XV de France ».

Le génie retrouvé de Frédéric Michalak

Tout pareil que pour Bastareaud. Si, pour nous Français, Michalak est un intermittent du spectacle, pour les Irlandais c’est une sorte de Zidane qui a choisi le rugby. Il faut dire que malgré son irrégularité fâcheuse en carrière, « Freddy Michalak » a toujours choisi l’Irlande pour sortir - parfois - son seul grand match de l’année. Souvent en Coupe du monde d’ailleurs, en 2003 comme en 2007.

« Son palmarès parle pour lui, explique Madigan. C’est un magicien toujours capable de sortir un lapin de son chapeau. C’est le joueur clé de la France, un des meilleurs ouvreurs du monde ». Richie Murphy, l’entraîneur des buteurs irlandais, rajoute une couche de pommade : « On sait le joueur qu’il peut être quand il est en grande forme. Il va falloir lui mettre plus de pression pour diminuer son influence sur le résultat ».

Leurs propres limites

Quelque peu courroucés par leur victoire de bûcheron mal fagoté contre l’Italie le week-end dernier, les Irlandais n’inspirent plus le même respect qu’il y a encore dix jours, même si les Bleus ont essayé de nous la faire à l’envers sur notre amour soi-disant débordant pour tout ce qui porte du vert. D’ailleurs, les journalistes locaux ne respirent pas l’optimisme béat, alors qu’une défaite condamnerait l’Irlande à retrouver les All Blacks en quarts de finale, une nation jamais battue de 2000 ans d’existence.

« Joe Schmidt a fait de l’Irlande une équipe consistante et cohérente, éclaire Gerry Thornley, journaliste pour le Irish Times. Chaque joueur sait ce qu’il doit faire et connaît son rôle sur le terrain. Mais il manque le très grand joueur qui peut faire basculer cette équipe, un O’Driscoll par exemple. Le projet collectif est plus important que les individus car il n’y a pas assez de talents exceptionnels dans cette équipe. Personne ne pense en Irlande que le match de dimanche sera facile ». De moins en moins, dirait-on.