Peur du Covid-19, absence de Fourcade et nouvelle hiérarchie… A quoi va ressembler la saison de l’équipe de France ?

BIATHLON Orpheline du néoretraité Martin Fourcade, l’équipe de France aborde cette nouvelle saison avec des objectifs élevés, mais aussi (un peu) avec la crainte que le coronavirus vienne tout bouleverser

Aymeric Le Gall

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Emilien Jacquelin (à gauche) et Quentin Fillon Maillet (à droite) sont les nouvelles têtes de proue de l'équipe de France de biathlon.
Emilien Jacquelin (à gauche) et Quentin Fillon Maillet (à droite) sont les nouvelles têtes de proue de l'équipe de France de biathlon. — Marco Bertorello / AFP
  • Vous l’attendiez toutes et tous avec impatience, elle est enfin là. La nouvelle saison de biathlon démarre samedi avec un premier arrêt à Kontiolahti (Finlande).
  • Privée du néoretraité Martin Fourcade, l’équipe de France aborde la Coupe du monde avec une nouvelle hiérarchie dans laquelle Fillon Maillet fait office de leader.
  • L’ombre du Covid-19 risque en revanche de planer toute la saison sur la bulle sanitaire mise en place par la Fédération internationale de biathlon.

On ne sait pas encore à quoi ressemblera le monde d’après Covid-19, mais on commence déjà à se faire une idée de ce que sera le monde (du biathlon) d’après Martin Fourcade, alors que la nouvelle saison démarre samedi à Kontiolahti, en Finlande. Orpheline de son glouton de leader, passé tout près l’an passé d’un dernier gros globe avant de ranger les skis (Boe l’a devancé au classement général de deux minuscules points), l’ équipe de France de biathlon se prépare à changer d’ère.

Mais quand on pose la question à Vincent Vittoz, l’entraîneur de l’équipe masculine, celui-ci nous retourne le constat. « C’est plus pour Martin que pour nous que la période qui démarre va être moins évidente à vivre, avance-t-il. Il va d’un coup se retrouver spectateur. Je dirais que c’est plus lui qui est orphelin de nous que le contraire. Nous, on est lancés, on est déjà dans notre routine et on est tourné vers nos objectifs ». Et nos galères, serait-on tenté d’ajouter.

Le gros coup de chaud de l’équipe de France

Il faut dire que le staff tricolore a eu d’autres choses à penser depuis son arrivée à Kontiolahti que de se demander si Martin Fourcade vivait sereinement sa nouvelle vie de retraité devant Question pour un champion. Pour vous dire, jusque tard dans la journée de jeudi, les Français se sont même demandé s’ils allaient pouvoir prendre le départ de la Coupe du monde. Les raisons de ce coup de chaud ? Une kiné du staff testée positive au Covid-19 à son arrivée en Finlande et le risque, déjà, de voir la bulle sanitaire mise en place par la Fédération internationale de biathlon (IBU) voler en éclat pour se transformer en cluster. Dès que la nouvelle est tombée, l’équipe de France a pris toutes les mesures préventives en enfermant à double tour les athlètes dans leur chambre et en montant un dossier pour montrer patte blanche auprès de l’IBU et aux instances sanitaires norvégiennes.

Tombée malade le 3 novembre et ne présentant plus le moindre symptôme depuis un petit moment déjà, la kiné a probablement été victime d’un faux positif mercredi. Finalement, la réponse est tombée jeudi après-midi : l’équipe de France sera bien au départ des courses samedi. Plus qu’un soulagement, une libération. Quentin Fillon Maillet : « Au moment de se faire tester hier [mercredi], on se disait en rigolant qu’on jouait notre saison sur ce test, mais en fait c’était vraiment ça. On va dire qu’on a été acquitté par les autorités finlandaises (rires). C’est une bonne piqûre de rappel, on se dit que tout peut basculer d’un moment à l’autre. Ça fait peur, on bosse des mois pour tout préparer et si ça commence comme ça… »

Pourtant tout a été fait par le staff français pour éviter le pire cette saison. Les biathlètes vont fonctionner toute la saison par binôme. « On est deux par chambre, on doit toujours manger avec son binôme et avec personne d’autre, décrypte QFM. Les seules autres personnes qu’on est autorisé à voir, ce sont les kinés ». Si tant est qu’ils ou elles soient clean, donc. Des précautions nécessaires, tous en ont conscience, mais dans une discipline où les sportifs ne crachent jamais « sur la petite bière tous ensemble après les podiums », dixit QFM, cette saison va avoir des allures de long calvaire solitaire.

Une nouvelle hiérarchie mais des objectifs identiques

Et encore, pour la mériter, cette bière, il va falloir continuer à monter sur les podiums. Un objectif plus difficile quand on perd son leader incontesté. Attention, on ne dit pas que sans Fourcade la France perd toute chance de médailles. Il n’y a qu’à jeter un rapide coup d’œil au classement de la dernière Coupe du monde (QFM 3e, Jacquelin 5e, Desthieux 6e) pour se convaincre qu’on a encore du très, très beau linge sur la ligne de départ. L’ancien biathlète Simon Fourcade acquiesce.

« C’est pas dit que, parce que Martin n’est plus là, Johannes Boe va s’imposer avec une facilité déconcertante. Je pense au contraire que ça peut libérer de nouvelles vocations pour d’autres athlètes. Certains vont certainement se sentir plus investis, à eux de se responsabiliser, d’accepter de se montrer plus parce qu’ils n’ont plus de leader incontesté derrière lequel se cacher, entre guillemets. »

Pour l’aîné des Fourcade, ils sont prêts à reprendre le flambeau du frangin. « On les voit performer depuis un certain nombre d’années maintenant. Quentin [Fillon Maillet], on sent qu’il a envie de s’affirmer comme le nouveau leader de cette équipe mais Emilien [Jacquelin] va aussi avoir son mot à dire. » Interrogé sur son nouveau rôle, Fillon-Maillet ne se cache pas, mais il sait qu’à l’arrivée c’est la course qui va mettre tout le monde d’accord. « C’est vrai qu’on m’a donné la casquette de leader de par mes bons résultats la saison dernière, et ça me va bien, mais ça va aussi dépendre des résultats des premières courses. » Si la hiérarchie a été confirmée dans la foulée par Vincent Vittoz, jeudi en visioconférence, ça n’empêche pas Simon Fourcade de voir plus loin.

« Ça peut aussi faire partie des problèmes que peuvent rencontrer les Français cette année, parce que Quentin n’est pas tout seul. Emilien est là, plein de panache, et il n’attend qu’une chose c’est de s’affirmer à titre personnel. Il y a Simon [Desthieux], qui a certainement un caractère plus réservé, qui se met moins en avant, mais qui n’aspire pas moins à jouer un rôle cette saison. C’est peut-être là que va résider la clé de la saison de l’équipe de France : il va falloir gérer les ego qui vont s’affirmer encore plus avec le départ de Martin. » Pour le moment, la question ne se pose pas à en croire QFM : « On s’entend vraiment bien, on a fait une bonne préparation, on a une équipe qui est vraiment bien, j’ai apprécié de travailler avec eux. On est tous très forts, ça devrait nous permettre d’aller encore plus loin. J’espère qu’on sera encore plus fort cette saison et qu’on pourra encore plus rivaliser avec Johannes [Boe]. »

Vers un nouveau duel franco-norvégien

« On ne se passe pas de Martin du jour au lendemain si facilement, admet quand même l’entraîneur Vincent Vittoz. Ça fait des repères en moins, notamment au niveau de la forme, pour se jauger. » En tout cas la feuille de route est claire : « On considère tous les athlètes sur le même niveau, on ne veut négliger personne, l’objectif c’est de monter un gros collectif. On ne remplacera pas le palmarès de Martin, c’est presque une évidence, mais on sait qu’on a des athlètes de valeur pour être encore une nation phare du biathlon mondiale. » Sur ce point, on ne se fait pas le moindre doute. Sauf catastrophe et autres galères liées au Covid-19, la hiérarchie en place la saison dernière ne devrait pas changer d’un iota, la France et la Norvège semblant à nouveau bien parties pour se servir avant les autres au grand buffet des victoires.

Parce qu’il faut bien le dire, il y a un monde entre ces deux nations et le reste du monde. L’an passé, elles ont remporté à elles deux 19 des 21 épreuves, placées huit hommes (quatre chacun, pas de jaloux) dans le Top 10 et raflé tous les petits globes. Simon Fourcade : « Il y a certains athlètes et certaines nations qui commencent à pointer le bout de leur nez et qui pourraient jouer les trouble-fêtes occasionnellement, mais de là à venir remettre en question l’hégémonie franco-norvégienne sur le circuit, j’ai du mal à y croire. » Que la bagarre commence.