Roland-Garros: Quand les sans-grades jouent leur avenir sur un match
TENNIS•Se qualifier pour le tableau final ou y passer un tour permet à certains d'assurer leur avenir pour quelques mois...Antoine Maes
Quand il tape la balle sur les cours annexes de Roland-Garros, Nicolas Devilder fait un bide. Pendant qu’il s’entraîne, le 286e mondial attire à peine une dizaine de curieux. Qui pour la plupart ne connaissent pas son nom. A dix mètres de là, ils sont presque 200 pour tenter d’apercevoir Jo-Wilfried Tsonga. La différence ne se fait pas qu’au nombre de fans. Quand le n°1 tricolore a déjà ramassé plus de 730.000 euros de prize-money en 2012, Devilder n’en a glané que 7.493. A peine de quoi rendre jaloux les spectateurs.
En se qualifiant au 2e tour grâce à sa victoire contre Krajinovic (6-2, 6-2, 6-0), il va pouvoir compter sur la coquette somme de 28.000 euros, et surtout voir un peu venir. «Tout dépend du staff que tu as. Moi j’ai la chance de pouvoir compter sur les entraîneurs et les médecins de la fédération. Ca va me permettre de faire 2 ou 3 mois», raconte le Dacquois de 32 ans, qui sait que ce pécule fondra s’il se décide au dernier moment pour une tournée en Amérique du Sud. Les joueurs dans ce cas, vivant d’un mois sur l’autre, se situent pour la plupart au-delà de la 100e place.
«Ca va me permettre largement de financer l’année»
Pour eux, sortir vivant des qualifications et pointer le bout de son nez dans l’un des quatre Grand Chelem est une bénédiction. Même en repartant battu, comme Jonathan Dasnières de Veigy, éliminé par Juan-Carlos Ferrero dès lundi. «Ca va me permettre largement de financer l’année, d’investir dans les voyages, les billets d’avion, je vais pouvoir payer mon entraîneur. C’est une grande bouffée d’oxygène, ça me fait vachement de bien», souffle le 158e mondial.
«Notre modèle économique est différent de celui des autres sportifs, explique Julien Benneteau, le 31e mondial. Des gens qui sont entre la 60e et la 120e place mondiale, sur l’ensemble d’une saison, ont du mal à gagner de l’argent. Les Grands Chelem sont un moyen de financer cette saison.» Encore faut-il pouvoir y jouer: Devilder a ainsi bénéficié d’une wild-card… pour les qualifications, dont il a réussi à s’extraire. Pas de quoi le rendre aigri. «L’aspect financier est important, il ne faut pas cracher dessus. Mais le plus important, c’est de prendre des points, pour se qualifier sur des gros tournois», assure le joueur. Histoire de ne plus avoir à s’inquiéter des fins de mois.


















