Sport féminin: Faut-il se dénuder pour exister?

SPORT A l'occasion de la journée de la femme, «20 Minutes» fait le point...

Romain Scotto
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Des joueuses de beach soccer, lors d'un match à Vienne, le 15 juin 2008 pendant l'Euro de football.
Des joueuses de beach soccer, lors d'un match à Vienne, le 15 juin 2008 pendant l'Euro de football. — K.Pfaffenbach/REUTERS

Un sein caché dans la paume d’une main, des positions lascives en sous-vêtements et une joueuse «topless», drapée de blanc. Le dernier calendrier des volleyeuses du RC Cannes n’est pas d’une folle originalité. Dans le sport français, les filles ont pris l'habitude de se dénuder sur papier glacé pour attirer médias, sponsors et supporters. «L’idée est d’associer les qualités d’une femme avec le sport de haut niveau. On n’a pas que des filles loupées, moches, musclées», clame Pierre Fosset, président du club de basket de Bourges, dont l’affiche mettant en avant le fessier d’une joueuse a indigné quelques associations, bien avant la  journée de la femme, le 8 mars.

Au-delà de la mise en scène glamour, ces clichés illustrent une réalité: au plus haut niveau, les femmes ont toujours autant de mal à «exister» en tant qu’athlètes. Les derniers classements publiés par L’Equipe Magazine ne mentent pas. Aucune femme ne figure parmi les 50 sportifs les mieux payés. Et seulement quatre prennent place dans le top 40 des sportifs préférés des Français (Longo, Manaudou, Flessel, et Arron).

«Parler du sport féminin à travers la beauté de la femme»

Pour l’ancienne joueuse de tennis Nathalie Tauziat, cela n’a rien d’étonnant. «Les sportives sont toujours un peu dévalorisées dans la presse. On parle moins des femmes. C’est le côté macho qu’on a en France.» L’ancienne 3e joueuse mondiale note pourtant une évolution de l’image des joueuses sur le circuit ces dernières années. «On parle moins du physique qu’avant. Maintenant, on privilégie les résultats. Pour une marque de vêtements, c’est plus agréable d’avoir une fille jolie. Mais il ne faut pas que ça soit poussé à l’extrême. Je trouve dommage que certaines joueuses très méritantes n’aient pas de contrat.»

Le physique des joueuses reste pourtant un argument de poids pour les organisateurs de tournois. Denis Anouilh, à la tête de l’Open de Cagnes-sur-Mer, joue depuis trois ans la carte du glamour sur ses affiches, où Mathilde Johansson n’a jamais paru aussi apprêtée. «Ce que l’on a cherché à faire, c’est parler du sport féminin à travers la beauté de la femme. Le message est: ‘Je suis jolie dans la vie, mais sur un court je redeviens une athlète’. Quoi qu’il en soit il faut attirer l’attention. Il faut se servir des armes que l’on a pour donner envie au spectateur de venir», glisse ce patron, dont la billetterie a été boostée par l’opération.

Les jolies surfeuses avantagées

Ces deux dernières campagnes l’ont aussi amené à se justifier face aux attaques. «Les gens disaient qu’on se servait de l’image de la femme… Mais pourquoi ne pas utiliser les femmes pour vendre du tennis puisqu’elles en font? Je préfère les utiliser pour vendre leur sport plutôt que du Canard WC.» En attendant, c’est bien la femme, et non l’athlète qui est mise en avant dans un sport frappé par le syndrome Kournikova. Une ex-lolita dont les revenus publicitaires n’étaient pas vraiment en phase avec les résultats.

Aujourd’hui, plus besoin d’être mannequin pour émerger au plus au niveau. Quoique. Dans le surf féminin, le circuit mondial reste plus fermé à certaines filles qu’à d’autres. «Quelqu’un qui n’est pas jolie et qui n’a pas de reconnaissance médiatique ne sera pas poussée pour avancer. Même avec des qualités. On fera tout pour pas qu’elle ne passe pas», regrette Stéphane Bienabe, organisateur du Breti Girls Pro, lassé de voir les marques établir le plateau des compétitions du monde entier. Une vague sur laquelle il est bien obligé de surfer.