Cinq bonnes raisons de regarder la CAN

FOOTBALL La Coupe d'Afrique des nations commence samedi. Et si, pour une fois, la compétition était intéressante?...

Swann Borsellino

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Les Ghanéens Andre Ayew (à gauche) et John Pantsil célèbrent leur qualification en huitième de finale de la Coupe du monde, le 23 juin 2010
Les Ghanéens Andre Ayew (à gauche) et John Pantsil célèbrent leur qualification en huitième de finale de la Coupe du monde, le 23 juin 2010 — REUTERS/Siphiwe Sibeko

La CAN Orange 2012. La plaie hivernale des clubs de football européens a un nom d’équipe cycliste et une réputation infecte. Pourtant, la Coupe d’Afrique des nations, c’est aussi un passeport pour la découverte. Joueurs méconnus voire inconnus, pays inexplorés par l’œil du téléspectateur lambda et belles histoires à gogo. Deux ans après la purge de 2010, l'heure de se remettre devant la CAN a sonné. Explications.  

Parce que la compétition est ouverte

L’Euro sans l’Espagne, l’Allemagne et la France? Impossible. Complètement folle, la campagne de qualification pour la CAN 2012 a rendu l’improbable probable. Exit le Cameroun, l’Egypte, l’Algérie et le Nigéria qui, à eux quatre, pèsent quatorze victoires finales sur vingt-sept. Surprise, l’absence de l’Egypte est une anomalie statistique: c’est la première fois depuis 1996 et l’élimination prématurée du Nigéria que le tenant du titre est absent de la phase finale suivante. Seule équipe à avoir remporté la compétition plus d’une fois, la Ghana apparaît donc comme le favori légitime à l’aube d’une compétition ouverte, qui verra les Botswanais, les Equato-guinéens et les Nigériens faire leurs premiers pas dans la compétition. Des surprises, un favori, une ribambelle d’outsiders sérieux (Sénégal, Côte d’Ivoire, Maroc…), ça vaut bien un plateau télé.

Parce que ça ne pourra pas être pire qu’en 2010

8 janvier 2010. Le bus de la sélection togolaise, à mi-chemin entre le Congo et l’enclave angolaise de Cabinda, est pris pour cible par une milice locale. Deux morts, plusieurs blessés, graves et légers, et une frayeur indélébile, qui pousse logiquement les Togolais à se retirer de la compétition. Avec un faux départ de cette ampleur, la CAN angolaise ne pouvait être que triste. Des conditions de jeu déplorables et des joueurs épuisés ont raison du show. Et à gagner sans spectacle, l’Egypte triomphe presque sans gloire, en finale, face au Ghana. Deux ans plus tard, les joueurs sont bien arrivés et, malgré les absences conjuguées des deux rockstars du football africain, Samuel Eto’o et Kevin-Prince Boateng, jeune retraité de 24 ans, le cru 2012 fait déjà de l’ombre à la piquette de 2010.

Parce que c’est une bon occasion de découvrir la Guinée équatoriale et le Gabon

Ali Bongo, fils d’Omar, ami de la France. Teodoro Obiang Nguema Mbasogo, père de famille, dont on prête à l’un des fils une amourette avec la rappeuse Eve. Points communs? Des soupçons dans l’affaire dite des «biens mal acquis» et l’organisation d’une CAN, la main dans la main. Oui, la CAN 2012 est également un moyen de faire plus ample connaissance avec la Guinée équatoriale et le Gabon, deux pays dont beaucoup connaissent à peine les présidents charismatiques. Allumer son téléviseur, c’est l’occasion de se renseigner sur les quartiers sympas de Malabo et Libreville, tout en regardant Eric Mouloungui et Daniel Cousin cavaler comme des fous, pour offrir une once de bonheur à des fans qui en réclament.  

Parce que les absents ont toujours tort, même Samuel Eto’o

Le Cameroun n’est pas qualifié, et c’est toute l’histoire du football africain qui prend un coup au moral. Une CAN sans Rigobert Song, recordman de participations avec huit présences, est une CAN triste. Une CAN sans Samuel Eto’o, meilleur buteur de l’histoire de la compétition avec seize buts, est une CAN insipide. Le pire, dans tout ça, c’est que de vils opportunistes pourraient en profiter. Parmi eux, Pascal Feindouno, 8 buts dans la compétition au compteur qui, en marquant à neuf reprises, pourrait bien voler le record de Samuel, l’enfant prodigue.

Parce que c’est la dernière CAN qui se déroule lors d’une année paire

La CAN 2012 pourrait faire son entrée dans les livres d’histoire. Soucieux de se faire une place au soleil, loin de la Coupe du Monde, de l’Euro ou autres Jeux Olympiques, les organisateurs ont décidé que la Coupe d’Afrique des Nations 2012 serait la dernière à se disputer lors d’une année paire. C’est donc un véritable moment d’histoire que vous allez pouvoir vivre confortablement assis derrière votre téléviseur. Et, en bonus, si le calendrier maya laisse les Terriens tranquilles pour une année supplémentaire, les analyses faites cette année pourront servir à pronostiquer les résultats lors de la prochaine compétition, qui n’aura lieu que dans un an. Idéal pour connaître les forces en présence. D’ailleurs, la CAN 2013 aura lieu en Lybie, où, il y a 30 ans,  Mouammar Kadhafi avait ouvert la compétition sur une phrase restée célèbre : «Et maintenant, stupides spectateurs, profitez de votre jeu stupide.» Ce qui serait vraiment stupide, ce serait de ne pas regarder cette CAN.