Etienne Lavigne: «Nos stars, ce sont les concurrents amateurs»

INTERVIEW Le directeur de la course croit toujours en la popularité de son rallye-raid. Surtout en Amérique du Sud...

Propos recueillis par Romain Scotto

— 

Le patron du Dakar, Etienne Lavigne, lors de la présentation de l'édition 2012, le 8 novembre 2011 à Paris.
Le patron du Dakar, Etienne Lavigne, lors de la présentation de l'édition 2012, le 8 novembre 2011 à Paris. — J.Naegelen/REUTERS

De notre envoyé spécial à Mar Del Plata (Argentine),

Finies les épreuves en boucle de Buenos Aires à Buenos Aires. Cette année, le Dakar s’exporte au-delà des frontières argentines et chiliennes, puisqu’il s’invite pour la première fois au Pérou où les pilotes sont attendus pour l’arrivée le 15 janvier prochain. Les pays changent, mais pas la course, comme l’explique Etienne Lavigne. Pour le directeur de l’épreuve, «l’esprit» du Dakar fait toujours rêver les pilotes professionnels et amateurs qui se côtoient pendant quinze jours sur le bivouac…

Donnez-nous trois raisons de ne pas louper ce Dakar 2012 qui débute le 1er janvier de Mar Del Plata, en Argentine?

Déjà, on a un parcours exceptionnel. Il y a une banalisation de l’exploit aujourd’hui. Nous, on va traverser la moitié du continent sud-américain à travers l’Argentine, le Chili, le Pérou. C’est très ambitieux, cela fait plus de 9.000km. On va emmener les gens dans des endroits où personne ne va. La deuxième raison, c’est le plateau. Le nombre de concurrents est exceptionnel avec, je crois, une ouverture. Avant, il y avait une mainmise de Volkswagen chez les autos. Cette année, l’incertitude sportive est plus forte. La troisième raison, c’est cette organisation multinationale. Je ne connais pas beaucoup d’événements itinérants qui font travailler des Argentins, des Chiliens et des Péruviens ensemble. Ce ne sont pas des pays qui sont très forts pour travailler entre eux. Ils ont des approches très différentes et c’est une performance de les réunir à travers le sport. Cette dimension humaine de l’événement est importante.

Pour vous, qu’est ce que serait un Dakar réussi?

C’est un Dakar où il y a la plus belle compétition. L’événement doit permettre aux gens de se réaliser. Qu’ils soient amateurs ou professionnels. Dans cette compétition, il y a 90% d’amateurs. Ces gens-là ne viennent pas pour gagner le Dakar, ils viennent pour le finir. Et ce qui est important, c’est quand les concurrents affichent leur satisfaction à l’arrivée parce qu’ils ont l’impression d’avoir vécu un véritable exploit. Pour le moment, on est très bons pour cela. On arrive à surprendre les gens avec nos parcours. C’est notre métier. Créateurs d’émotion. De courage, de stress…

Le mythe de l’amateur bricoleur sans trop de moyens est-il toujours d’actualité?

Oui, il existe. Mais les amateurs d’aujourd’hui sont mieux préparés qu’avant. Le niveau est beaucoup plus élevé. Et il y a une sélection. Tu ne peux plus faire le Dakar sans avoir fait autre chose avant. Notamment chez les motos. Maintenant, l’amateur vivra toujours un Dakar difficile. La performance est toujours là. C’est la course la plus extrême au monde. Cette aventure du Dakar demande un niveau d’engagement physique et mental hors du commun. Ce n’est pas une course de deux jours! On roule pendant quatorze étapes sur des terrains difficiles, par des températures extrêmement élevées. Donc la notion de dépassement est toujours vraie.

Aujourd’hui, quel budget faut-il réunir pour participer au Dakar?

C’est très variable. Il y a de tout. Le forfait d’engagement pour une moto, c’est 14.000 euros. Mais il n’y a pas la moto, le transport du pilote. On compte le transport de la moto, le carburant spécial, l’organisation sportive et médicale, les équipements de sécurité. Donc le (premier) budget d’un motard amateur se situe entre 35.000 et 40.000 euros. En autos, c’est tout de suite beaucoup plus cher car le prix du véhicule est plus élevé. En général, tu prévois une assistance. Le budget est plus important. C’est beaucoup plus du double. Pour certains autres, c’est 300.000 euros parce qu’il y a une organisation. Chacun vient avec ses propres moyens. Certains ont beaucoup de partenaires. A l’époque où Volkswagen courait, ils avaient un budget de 23 millions d’euros…

Vous souciez-vous de l’image de l’épreuve auprès du public français. Le sport automobile n’a pas très bonne presse…

Moi je n’ai pas l’impression qu’il ait mauvaise presse. Si c’était le cas, on ne ferait pas le plein sur les inscriptions. Il y a 465 véhicules au départ. Il n’y en a jamais eu autant. Le Dakar n’a jamais été autant repris et diffusé à l’international. Il y a 190 pays qui reprennent les images du Dakar à travers 1.200 heures de télé. En quatorze jours, c’est colossal. Et dans les pays qui nous reçoivent, l’an dernier, 5 millions de spectateurs se sont déplacés. Pour un événement qui va mal… Qu’est ce que ce serait s’il allait bien alors? En clair, je n’ai pas ce sentiment du verre à moitié vide. Il est plus que plein aujourd’hui.

Vu de France, il y a pourtant un désintérêt des médias pour la course….

Je ne suis pas d’accord, parce une le Dakar est diffusé sur France Télés, à travers quatre programmes par jour. C’est énorme. Il y a une couverture en direct impressionnante. Pour un événement de sport mécanique, c’est beaucoup. Ce que les gens ont du mal à comprendre, c’est que la médiatisation n’a jamais été aussi forte. Les gens font souvent référence à une époque où on parlait de «La 5», une chaîne qui n’existe plus et qui faisait des faux directs. Aujourd’hui on fait des directs et les gens continuent à penser que c’est moins diffusé. C’est le paradoxe du truc.

Du côté des concurrents, l’intérêt ne faiblit pas. Vous en avez même refusé…

C’est une manière de garder un contrôle. Si on ne pensait qu’au business on prenait les 60 types qu’on a refusés. On gagnait plus d’argent mais je ne suis pas sur que c’était à l’avantage du Dakar. On préfère être sûr que les gens qui sont là sont préparés.

Cela fait longtemps qu’il n’y a plus de «people» engagés. La participation de Johnny avait boosté l’intérêt de la course il y a quelques années…

Non, il n’y a pas de people français, mais des people sud-américains, japonais, une star du saut à ski polonais, Adam Malysz. Nos stars à nous, ce sont les concurrents amateurs. Ils font la légende du Dakar.

Le Pérou est le nouvel invité. Qu’est ce qui a fait pencher la balance en faveur de ce pays?

Le Pérou présente la particularité d’avoir de belles régions désertiques, des dunes incroyables. On peut tracer de très belles courses. L’intérêt est d’avoir des territoires d’expressions très forts. Un terrain compliqué avec de la navigation. Ce sera le 27e pays traversé par le Dakar. Par rapport à la dimension «voyage», il n’y a pas d’événement sportif qui ait traversé autant de pays.