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Sidney Govou: «Je suis finalement quelqu'un de sage»

Sidney Govou: «Je suis finalement quelqu'un de sage»

FOOTBALLJuste avant de convoler en justes noces, l’ancien milieu offensif de l'OL et des Bleus s'est confié à 20 Minutes.fr à l’occasion de la sortie de son autobiographie...
Propos recueillis par Stéphane Marteau

Propos recueillis par Stéphane Marteau

Ses proches le décrivent comme une personnalité timide, réservé. Sidney Govou a pourtant accepté de se livrer à notre confrère Edward Jay qui a publié jeudi dernier une autobiographie du joueur exilé depuis un an en Grèce après avoir fait les beaux jours de l’OL. «Ca peut paraitre étonnant, mais on me dit souvent que je suis quelqu’un de complexe. Et puis on m’a convaincu qu’il y avait de belles histoires à raconter», justifie l’intéressé, tout en sirotant une bière…

Votre autobiographie s’intitule «Je ne pensais pas aller si loin». Mais auriez-vous pu aller encore plus loin?
On me le dit souvent, mais là n'est pas la question. Ca veut dire quoi aller encore plus loin? C'est bien d'être ambitieux, mais je suis déjà arrivé à un niveau exceptionnel que je n’aurais jamais imaginé atteindre. Après, on peut toujours dire que si j'avais été plus studieux j'aurais pu faire mieux.

Vous auriez pu éventuellement évoluer dans un grand club européen?
Mais j'ai évolué dans un grand club européen. L'OL est un grand club européen. Certes, j'aurais peut-être pu jouer à l'étranger. Mais j'étais bien en France (sourire).

Le football anglais vous a pourtant toujours attiré?
C'est vrai, j’aurais aimé.

Mais cela aurait été compliqué avec les médias britanniques compte tenu de votre réputation de fêtard?
J’aurais peut-être réussi à prouver que je ne le suis pas tant que ça (rires). Au moins, les médias britanniques s’appuient sur des faits et des photos. S’ils ne m’avaient vu en soirée qu’une fois tous les quinze jours, ils se seraient dit que je suis finalement quelqu’un de bien sage (rires)

Certains de vos proches estiment que vous auriez pu avoir une carrière encore plus riche si vous aviez eu une autre hygiène de vie. D’autres pensent le contraire. Qu’est-ce que cela vous inspire ?
Je n’en pense rien. J’ai vécu ma vie comme je l’entendais. J’ai fait ce que j’avais envie de faire. Parfois j’ai exagéré et je le regrette. Ce n’était pas bien. Mais je n’ai jamais triché sur un terrain de football. Je n’ai jamais triché à l’entraînement. J’ai toujours fait mon boulot à 200 %.

Ces virées nocturnes, ça faisait partie de votre équilibre?
Je le pense. Après on peut dire que ce n’était pas le bon moyen, mais pour moi c’était celui qui me convenait.

Knysna? «J’ai été nul»

Dans votre livre, vous évoquez les différents entraîneurs qui vous ont dirigé et notamment Raymond Domenech avec lequel vous êtes plutôt indulgent. Pourquoi?
Je ne suis pas indulgent. Les gens ont cette impression parce qu’ils considèrent qu’il m’aimait bien et qu’il m’a toujours sélectionné. Ce n’est pas mon genre. Je dis simplement que c’est un bon entraîneur. Et je le maintiens. Mais dès le début, il s’y est mal pris dans sa communication avec les médias. Même s’il a voulu se montrer imperméable aux critiques, sur la fin ça devait être très difficile pour lui d’avoir les idées claires pour prendre les bonnes décisions. Et en perdant toute crédibilité avec l’extérieur, il a aussi perdu pas mal de crédibilité avec certains joueurs.

Selon vous, il aurait du partir après l’Euro 2008?
C’est tout à son honneur d’avoir voulu continuer, mais je pense que cela aurait été mieux pour tout le monde qu’il s’arrête à ce moment là. Surtout pour lui car il a ensuite vécu deux ans de galère.

Vous n’épargnez pas les dirigeants de la FFF sur l’épisode du Mondial en Afrique du Sud…

Les joueurs sont conscients de ne pas avoir été au niveau auquel ils auraient dû être. Moi le premier. J’ai été nul. Mais les dirigeants auraient également dû prendre leur responsabilité. Le cas Anelka a été très très mal géré en interne. Ils auraient dû admettre qu’ils ont été absents et qu’ils ont commis des erreurs. Si, comme on l’a dit, nous sommes allés faire un safari, alors eux en ont fait un grand (rires) Les médias doivent aussi prendre conscience qu’ils ont eu une part de responsabilité dans cet échec. En tapant sur 23 mecs, l’entraîneur et le staff, on ne pouvait pas aller très loin. Ce n’était pas possible.

Vous n’avez-vous plus été appelé en équipe de France depuis un an. Avez-vous tiré un trait sur la sélection?
Non. Je sais que ce sera très compliqué vu mon âge et la nouvelle génération qui arrive. Mais dans le foot, on ne sait jamais. De temps en temps il y a des surprises…

«Avec l’arrivée de Perrin, il y a eu un conflit d’intérêt»

Pouviez-vous pressentir en fin de saison dernière ce qui allait arriver à l’OL cette saison ?
Ce serait un peu prétentieux de l’affirmer, mais tous les éléments n’étaient pas réunis pour redresser la barre.

C’est à dire?
La situation restait encore fragile malgré notre seconde place en championnat. Même s’il y a eu un bon recrutement avec notamment l’arrivée de Yo (Gourcuff), le climat était difficile. Il a aussi manqué des hommes d’expérience. Toul (Jérémy Toulalan) aurait dû jouer un rôle très important. Malheureusement il n’était pas bien dans sa tête après la Coupe du monde.

On a le sentiment que le léger déclin de l’OL a commencé avec Alain Perrin même si la saison s’est conclue paradoxalement sur un doublé coupe-championnat ?
La majorité des gens le pensent. C’est vrai que c’est à partir de ce moment-là que le club est devenu plus fragile. A l’époque de Gérard Houllier, beaucoup de choses se sont passés mais sont restées en interne. Avec l’arrivée de coach Perrin, il y a eu un conflit d’intérêt. Les gens qui n’appréciaient pas le coach ont fait exprès de divulguer des informations afin de le fragiliser. Mais ils ont aussi fragilisé l’équipe et le club.

N’y-a-t-il pas eu aussi des erreurs de recrutement?
Je ne suis pas sûr qu’il y ait eu des erreurs de recrutement parce que l’équipe s’est à chaque fois bonifié au regard de la qualité des joueurs. C’est peut-être plus au niveau de l’aspect mental que les choses ont pêché. On n’a peut-être pas assez fait comprendre aux nouvelles recrues que ce n’était pas le club qui allait leur permettre de gagner des titres, mais l’inverse. Avant, quand les joueurs rejoignaient l’OL, ils ne voulaient pas être ceux qui allaient faire perdre l’équipe et ils donnaient encore plus sur le terrain. Ca fait une grosse différence.

Vous ne regrettez donc pas d’être parti?
Pas du tout. Mais je ne dis pas ça parce que l’OL a eu des difficultés cette saison. Treize ans, c’était long. J’aurais pu rester toute ma carrière à Lyon. Ca ne s’est pas fait et je suis bien content d’être partie.

Quel bilan tirez-vous de votre saison au Panathinaïkos Athènes?
J’ai beaucoup appris. Un autre système, une autre langue. C’est différent. Tout n’a pas été rose, mais tout n’a pas non plus été chaotique. Loin de là. Pendant un petit moment je n’ai pas joué, mais quand je me suis installé dans l’équipe, ça a duré.

«Si je devais revenir en France, ce serait pour m’inscrire dans un projet»

Qu’allez-vous faire la saison prochaine?
On verra. J’ai encore un an de contrat. Mais si j’ai une bonne opportunité, j’ai la possibilité de partir libre d’autant plus que le club a des problèmes financiers. Tout le monde serait content et moi le premier.

Selon le Daily Mirror, vous seriez convoité par Swansea?
Je ne sais pas où ça se trouve (rires).

Au Pays de Galles. Et le club vient d’être promu en Premier League…
Ah ouais? Je ne savais pas.

Et quid d’Evian ?
Là je connais mieux!

Ce serait cocasse de vous voir porter les couleurs d’Evian au regard de votre réputation…
Je n’y avais pas pensé (rires). Il y a eu un petit contact. On verra. En fait, si je devais revenir en France, ce serait pour m’inscrire dans un projet, pas pour venir et repartir.

A bientôt 32 ans, comment envisagez-vous votre reconversion?
Je ne sais pas du tout même si j’y pense de plus en plus. Les idées se bousculent dans ma tête mais ça ne prend pas encore bien forme.

Dans le livre, votre ami Rémy Vercoutre estime que vous pourriez faire un très bon coach…
Il n’est pas le seul à le penser. On me l’a souvent dit. Mais je n’ai pas envie pour l’instant. Je ne me vois pas coach.

Mais pourriez-vous envisager votre avenir dans le football?
Honnêtement, je ne sais pas. Pour l’instant, ça ne me dit rien du tout. Peut-être avoir les jeunes et encore.

Parmi les joueurs que vous avez côtoyés ou croisés, quel est celui qui vous a le plus impressionné?
Zizou, forcément. Mais j’ai surtout été impressionné par toute cette génération : Zizou, Pat Viera, Nino (Wiltord), Tutu (Thuram), Maké (Makelele). Si j’ai pu être dilettante au début de ma carrière, j’ai évolué à leur contact parce que je me suis rendu compte lors de mes premiers entraînements en équipe de France qu’au-delà de leurs qualités et de leurs dons, ils bossaient énormément à l’entraînement. J’ai compris que c’était la base de tout.

Pour finir, de tous les témoignages recueillis dans le livre, quel est celui qui vous a le plus touché?
(il réfléchit) J’ai bien aimé la préface du président (Jean-Michel Aulas) parce qu’il a une bonne analyse (il réfléchit encore). Peut-être celui de ma femme. Je savais qu’elle me connaissait bien, mais elle me connait vraiment bien (rires).