Florent Amodio: «Je me mets dans la tête d'un jeune qui se dit: putain c'est ringard le patinage»

INTERVIEW Septième des championnats du monde, le Français assume son programme provocateur...

Propos recueillis par Romain Scotto

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Le patineur français Florent Amodio, lors des championnats du monde de Moscou, le 28 avril 2011.
Le patineur français Florent Amodio, lors des championnats du monde de Moscou, le 28 avril 2011. — REUTERS

Quitte à terminer loin du podium (septième), autant marquer les esprits. Jeudi, Florent Amodio a donc lâché les chevaux sur son programme libre, volontairement provocateur avec une musique à paroles (interdit par le règlement). Le champion d’Europe français espère juste imposer une autre vision du patinage, sport qu’il juge un peu coincé.

Comment justifiez-vous ce programme très provocateur?

Le justifier? Non, c’était un très, très bon programme. Je fais une erreur qui me coute les trois points pour être quatrième. Mais sinon, je ne pouvais pas faire mieux. Je suis dans le dernier groupe, j’ai 230 points, c’est mon record de l’année.

Mais vous avez quand même choisi une musique avec des paroles alors que cela est interdit…

Je ne l’ai pas fait tout au long de l’année, j’ai été très professionnel, j’ai été, entre guillemets, dans les lignes. Mais là, pour cette dernière compète, je voulais lâcher les chevaux. C’était magique. Je n’ai même pas eu la déduction de points prévu dans ce cas. Donc ça prouve bien que le patinage veut avancer dans ce sens là. Et moi je me mets tout simplement dans la tête d’un jeune de mon âge qui va regarder le patinage et se dire: putain c’est ringard. Voilà, les Black Eyed Peas, ça ne s’écoute pas en instrumental. Je ne suis pas une tête brûlée je ne l’ai pas fait tout au long de l’année. Je ne le ferai pas tout le temps, à aller à l’encontre du règlement. Mais là, c’était vraiment l’occasion. Les gens s‘en souviendront. Tout le monde en parle déjà.

Vous avez donc agi ainsi parce que le podium était inaccessible?

Bien sûr. Je savais que je ne pouvais pas monter sur le podium. Le seul truc pour lequel je m’en veux, c‘est ma petite erreur. J’aurais pu être quatrième. Mais je ne fais pas du patinage pour être quatrième. Je veux être champion du monde.

Vous comprenez qu’il paraisse étonnant de voir un champion d’Europe se mettre hors concours par provocation?

Mais non, perdre un point pour avoir mis des paroles, ce n’est pas se mettre hors concours. J’ai fait ça avec mon coach qui est très réfléchi. Il sait très bien de quoi il parle. Au final, les juges se disent il y a peut-être une avancée et ils ne pénalisent pas. Mais j’ai vraiment envie que ma génération regarde le patinage. Je veux marquer cette jeunesse. Moi, je regarde le foot, des trucs qui n’ont rien à voir avec le patinage. D’ailleurs, moi je suis plutôt un mec qui n’a rien à voir avec le patinage. Mais j’ai envie de marquer cette jeunesse, de booster tout ça. Ma carrière de patineur ne durera que quatre ans.

En termes d’image, de notoriété, ce genre d’attitude peut-il vous apporter des contrats?

Ben j’espère. Je fais du patinage pour ça. Je n’ai pas juste pas mon programme, je rentre au dodo et voilà. Je veux montrer qui je suis. Je suis comme ça dans la vie. Je ne vais pas écouter un Lac des Cygnes. Je me dis attend t’as qu’une vie mec, pourquoi tu ne le ferais pas.