Passer au contenu principalPasser à l'en-têtePasser au pied de page
Armstrong, toujours accusé, bientôt rattrapé?

Armstrong, toujours accusé, bientôt rattrapé?

CYCLISMEDepuis dix ans, le Texan fait toujours front aux accusations de son entourage. L'enquête qui le concerne actuellement pourrait sérieusement l'inquiéter...
Romain Scotto

Romain Scotto

«Où sont les preuves?» Depuis sa première victoire dans le Tour l’Américain n’a jamais changé sa ligne de défense. Face aux témoignages accablants d'anciens proches, Lance Armstrong a toujours nié. C’est sûrement ce qu’il va faire encore une fois vendredi soir à Los Angeles, quand il ira répondre aux questions des enquêteurs fédéraux qui se penchent actuellement sur son cas.

Qui enquête? Aux Etats-Unis, le nom de Jeff Novitzky fait trembler tous les tricheurs. L’agent fédéral américain est une figure de l’antidopage. Un justicier du sport contaminé. Avant de s’intéresser au cas Armstrong, ce salarié de la Food and Drug Administration a déjà fait tomber quelques stars du baseball ou de l’athlétisme. Parmi elles, les figures du scandale de dopage Balco, du nom du laboratoire où les sportifs s’approvisionnaient en produits interdits. L’affaire avait notamment conduit Marion Jones derrière les barreaux. Pour auditionner les accusateurs de Lance Armstrong, une commission d’enquête présidée par ce «sheriff» a donc été mise en place. A ses côté, Novitzky peut toujours compter sur Doug Miller, un procureur fédéral qui devrait lui laisser les mains libres pour fouiller quelques poubelles et comptes en banque.

Pourquoi maintenant? Parce que le témoignage choc de Floyd Landis, l’ancien lieutenant d’Armstrong dans les cols du Tour de France, pourrait être celui de trop. Avant le départ du Tour, à Rotterdam, le repenti a tout lâché dans la presse américaine. Ses années d’errements où il s’injectait de l’EPO ou des hormones. Même s’il ne possède pas de preuve matérielle, Landis a aussi chargé Armstrong, ce qui a poussé les autorités américaines à se pencher sur le cas du Texan. Les attaques touchant le septuple vainqueur du Tour remontent pourtant à plus de dix ans, ce qui n'empêche pas Armstrong de rouler à 38 ans sans jamais avoir été reconnu coupable d’un contrôle positif.

Qui sera entendu? Plusieurs témoins ou accusateurs ont déjà été appelés à répondre aux enquêteurs. Parmi les «ennemis» d’Armstrong, qui se présentera en personne à la barre le vendredi soir, Floyd Landis, donc, mais aussi Greg LeMond. L’ancien vainqueur du Tour s’acharne depuis plusieurs années à écorner le mythe. Il témoignera lui aussi vendredi dans une enquête qui devrait, selon lui, produire des preuves «accablantes» contre Armstrong. «Je crois qu’elle marquera le début de la fin pour pas mal de gens, indique LeMond dans le magazine Cyclingnews. Ceux qui jusqu’ici ont eu peur, vont sortir de l’ombre. J’espère un grand nettoyage. Beaucoup vont parler pour soulager leur conscience». Parmi eux, Tyler Hamilton, l’ancien coéquipier, qui «coopérera pour ne pas aller en prison» selon son avocat interrogé par ESPN. Mais aussi d’autres coureurs ayant appartenu aux quatre dernières équipes d’Armstrong (US Postal Service, Discovery Channel, Astana et RadioShack). Novitzky écoutera aussi l’ex-femme de Lance Armstrong, Kristen, qui, selon Landis était présente lorsque le Texan lui aurait fourni de la testostérone et de l’EPO au début des années 2000.

Que cherchent les enquêteurs? L’objet de la procédure est double. Vérifier les accusations touchant Armstrong, mais aussi l’utilisation de l’argent émanant de la vente aux enchères des vélos du coureur. Il aurait servi à financer le programme de dopage de l'US Postal. Si cela est vérifié, l’affaire pourrait prendre une tournure pénale. Interrogé par le New York Daily News, l'avocat d'Armstrong, Tim Herman, a déjà tenté de savoir quelle direction devrait prendre l’enquête, mais les autorités qu'il a rencontrées ont «refusé de discuter avec lui.» Du côté de l’AFLD, personne ne souhaite non plus s’exprimer «sur une procédure qui est en cours».

Qu’en pense Armstrong? Comme toujours, il n’a «rien à cacher» (Même s’il refuse l’analyse a posteriori les échantillons du Tour 1999, à la demande de l’AFLD…) Fidèle à sa ligne de conduite, le coureur de RadioShack devrait nier en bloc tout ce qui lui est reproché. Pendant le Tour, il s’est dit prêt à coopérer s’il s'agit d'une enquête «légitime, crédible et juste. Mais pas une chasse aux sorcières». Pour dénoncer l’inutilité d’une telle procédure, qu’il met sur le compte de l’aigreur et la jalousie de ses contempteurs, il s’est même permis d’ironiser: «Est-ce que le peuple américain pense que c'est une bonne utilisation de ses impôts?» Pour se défendre, il a pourtant fait appel à Brian Daly, un avocat réputé aux Etats-Unis, spécialiste des affaires criminelles. Preuve qu’il n’aborde pas forcément la confrontation de vendredi en roue libre.