Biathlon : La neige acheminée par camions pour l’épreuve du Grand-Bornand, « c’est comme en Chine »

COUPE DU MONDE Environ 12,000 m3 de neige artificielle ont dû être transportées afin de préparer la tenue d’une épreuve au Grand-Bornand. Des scènes qui rappellent les derniers JO de Pékin

Thibaut Gagnepain
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La piste de biathlon du Grand-Bornand est prête, dans un paysage pas du tout enneigé.
La piste de biathlon du Grand-Bornand est prête, dans un paysage pas du tout enneigé. — Capture d'écran
  • Un défilé de camions benne remplis de neige… Voilà ce qu’ont vécu les habitants du Grand-Bornand (Haute-Savoie) la semaine dernière.
  • Mais où allaient-ils tous ? Sur le lieu qui accueillera, du 15 au 18 décembre, l’étape de coupe du monde de biathlon.
  • Une association de défense du patrimoine naturel dénonce cette pratique. L’organisateur répond.

Il a neigé au Grand-Bornand ! Enfin, presque. Seule une petite partie de la station de Haute-Savoie est recouverte de son habit blanc : celle qui accueillera l’épreuve de Coupe du monde de biathlon, du 15 au 18 décembre. Les flocons n’ont pas choisi tout seuls leur destination. Ils y ont été acheminés par des dizaines de camions-bennes, la semaine dernière.

« Ça a duré environ quatre jours et j’avais compté qu’il en passait un par minute, de 7h30 à 17h30 », se souvient auprès de 20 Minutes Carole Ormond. La présidente de l’association de préservation du patrimoine naturel « Protégeons La Joyère » a trouvé ce ballet « très choquant ». « C’est comme en Chine, comme ce qui avait été dénoncé aux derniers Jeux olympiques de Pékin. Ça revient à utiliser la technique pour compenser ce que la nature ne nous donne plus. »



Précisément, ces convois ont acheminé de la neige créée artificiellement l’hiver dernier et depuis stockée dans plusieurs énormes trous recouverts de sciure. Au total, 24.000 tonnes étaient nécessaires pour le parcours. « La moitié provient de la réserve située sur le stade de compétition et ne nécessite donc aucun transport », a précisé André Perrillat-Amédé, président du comité d’organisation de l’événement et maire du Grand-Bornand.

Dans un communiqué, l’élu dit comprendre « que les images du transport de la neige stockée suscitent de vives réactions, mais il est également important de préciser que ces transports représentent moins de 1 % des émissions de CO2 de l’événement (4.500 tonnes en 2021) ». Soit, selon le calcul de la station, 38 tonnes, à peu près les productions annuelles de quatre Français. Mais en quelques jours.

« Ce recours au snowfarming existe partout »

Autres arguments avancés par l’organisateur : cette neige resservira pour le ski de fond en saison et surtout, il n’avait pas le choix. Dans son cahier des charges, la Fédération internationale de biathlon (IBU) impose la tenue d’une compétition programmée, neige ou pas. Avec des mesures précises pour la piste : 50 centimètres d’épaisseur pour des largeurs qui vont de 4 à 9 mètres.

« Le calendrier pour cet événement est peut-être alors mal choisi, l’IBU devrait en tenir compte », remarque alors Carole Ormond. « Ce recours au snowfarming (réserve de neige) existe partout », nuance-t-on du côté de l’équipe de France de biathlon. « Nous étions en Finlande le week-end dernier pour la première étape de Coupe du monde et il y avait déjà de la neige artificielle. Ce n’est vraiment qu’à partir de janvier que les circuits ont lieu sur de la neige naturelle. Or à ce moment-là, nous allons à Oberhof, Ruhpolding (Allemagne) et Antholz (Italie)… »

Soit dans des stations historiques pour ce sport, quand le Grand-Bornand n’accueille la Coupe du monde « que » pour la cinquième fois de l’histoire. Pour ces quatre jours, 250 athlètes et près de 60.000 spectateurs sont attendus. « L’organisation du déplacement collectif des spectateurs depuis les vallées […] pèse pour plus de 80 % de notre empreinte carbone », rappelle encore l’organisateur, conscient que « tout événement, et notamment d’ampleur internationale, a un impact environnemental non négligeable ».

« C’est vrai mais ça n’empêche pas de se poser des questions, surtout en cette période de sobriété », réagit la présidente de l’association « Protégeons La Joyère ». Le plus célèbre des traileurs mondiaux, Kilian Jornet, est du même avis. « Les sports de neige sont certainement les plus affectés par le changement climatique », a-t-il tweeté. « Ils devraient mener le monde du sport vers une transition plus durable au lieu d’ignorer ce qu’il se passe. »