Luc Alphand: «Je joue à Nelson Monfort»
DAKAR•Le vainqueur de l'édition 2006 découvre le Dakar en tant que consultant pour France Télévisions...Matthieu Payen (à Antofagasta, Chili)
De notre envoyé spécial au Chili.
Son grave accident de moto en juin dernier faisait craindre le pire. Avec une vertèbre fracturée, Luc Alphand pensait ne jamais pouvoir remarcher. Mais sa rééducation s'est bien passée et le voilà à nouveau sur le Dakar. Mais dans le team de Gérard Holtz cette fois.
On est à mi-parcours de ce Dakar. Quel bilan tirez-vous de ce nouveau métier?
Première semaine très positive, mais attention, ce n'est pas un nouveau métier. Je reste pilote et je n'ai pas la prétention d'être journaliste. J'ai une bonne connaissance de la course, des pilotes, donc je peux apporter mon analyse. Mon rôle de consultant s'arrête là.
Vous posez des questions aux concurrents aussi...
J'avais déjà fait consultant sur France Télévisions lors de trois Jeux Olympiques d'hiver et cinq championnats du monde de ski. Aller vers les gens est quelque chose de nouveau mis en place sur ce Dakar. Je me rends compte que quand on connait bien son sujet, les questions viennent assez vite. La seule difficulté pour moi c'est qu'il a fallu jouer au Nelson [Monfort]. Ici, il n'y a pas de traducteur, donc j'ai parfois dû poser les questions aux concurrents en anglais. J'aurais jamais imaginé faire ça un jour. C'est mon prof d'anglais du collège qui doit être fou (il rit).
Racontez-nous comment ça se passe avec Gérard Holtz?
Ca va, on se répartit les rôles. Lui s'occupe de toutes les transitions, les lancements de sujets. Il gère les plateaux. Ce qui est bien, c'est que je connais Gérard depuis longtemps. Qu'on l'aime ou pas, je peux vous dire que c'est un vrai pro. Il y a des dizaines de personnes qui travaillent ici, d'énormes moyens mis à disposition et Gérard est au centre de tout ça.
Pourtant, il vous a fait faux bond la veille du départ...
Gégé [le surnom de Gérard Holtz] avait pris l'hélicoptère pour rejoindre directement Cordoba [arrivée de la première étape] et on m'a dit: "Va au milieu du demi-million de personnes réunies à Buenos Aires, c'est toi qui ouvre le Dakar". J'ai fait un petit direct de 2 minutes.
Le résultat?
C'est impressionnant. J'étais pas terrorisé mais c'est un coup à prendre. On me parlait dans l'oreillette, j'entendais rien avec le bruit des moteurs. Bref, c'était un peu Franck Cammas au milieu de l'Atlantique. Après, je ne sais pas encore si je plais aux gens. Daniel Bilalian [directeur des sports de France Télévisions] m‚a quand même appelé pour me dire qu'il était content du travail.
Et ta vie sur le bivouac, plus cool que quand tu étais pilote?
Evidemment. D'ailleurs, certaines personnes ne me reconnaissaient pas parce que je suis propre et je porte une chemise. Mais tout n'est pas simple. Le plus compliqué, c'est la gestion de mes bagages. En tant que pilote, c'était simple, je savais parfaitement où étaient mes affaires de rechange. Là, j'ai mis trois jours à m'organiser. Mes bagages voyagent souvent sans moi. Du coup, un jour, je me suis retrouvé avec un sac plastique pour seules affaires. Un autre truc galère, ce sont les nuits dans le bus. Super compliqué de dormir. On en a fait deux et la première nuit je suis tombé sur une sirène à côté de moi.
Pas trop dur d'être ici sans conduire?
Absolument pas. De toute façon, je savais que je n'étais pas prêt physiquement à reprendre le volant. Je suis encore trop diminué. Donc, dans ma tête c'est très clair, je ne suis pas du tout aigri. Je profite d'être ici. Depuis, mon accident de cet été, je relativise. Je pensais ne jamais revenir sur le Dakar.
Et vous envisagez de reconduire?
J'en ai encore jamais parlé. Mais bon, il y a deux façons de conduire: sur circuit et en rallye-raid. Et sur circuit, ça me paraît plus plausible.


















