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Jean Fernandez: «Notre première place est anecdotique»
FOOT•A la tête du surprenant leader de la L1, l'entraîneur de l'AJA garde les pieds sur terre…Propos recueillis par Alexandre Pedro
C’est un doux euphémisme de dire que Jean Fernandez est obsédé par le football. A 55 ans, celui qui a roulé sa bosse de Cannes à Sochaux en passant par Marseille reçoit sans rendez-vous dans son bureau pour parler de ce qu’il connaît le mieux: le jeu.
Comment abordez-vous ce déplacement à Paris sans votre meilleur buteur, Ireneusz
Jelen? Est-il irremplaçable à vos yeux?
On n’a pas personne avec son profil dans notre effectif pour le remplacer. Jelen donne de la profondeur à notre jeu et possède cette habilité devant le but qui fait sa force. L’AJA avec ou sans lui, ce n’est plus du tout la même efficacité.
C’est inquiétant?
Je n’ai aucun mal à le dire, il y a une Jelen dépendance à Auxerre comme il y a une dépendance Gignac à Toulouse ou Nenê à Monaco. Samedi dernier quand j’ai vu que Nenê ne jouait pas, je me suis dit que notre tâche allait être facilitée. Quand une équipe rentre sur le terrain avec un joueur capable de marquer à tout moment, elle a une certaine confiance. Quand ce joueur fait défaut, il peut y avoir un blocage psychologique.
Dans vos interviews, vous insistez sur le rôle de Benoît Pedretti dans votre système de jeu. Qu’est-ce qui le distingue des autres milieux défensifs que l’on voit en Ligue 1?
Il y a peu de garçon avec son profil dans notre championnat. Le numéro six aujourd’hui est quelqu’un qui défend bien, relance proprement mais il n’a pas la capacité que possède Benoît de voir le jeu avant même de recevoir le ballon. Sur une passe, il est capable de casser une défense, de créer le décalage. Je savais qu’il avait toujours cette qualité. Par rapport au joueur que j’ai connu à Sochaux, je trouve qu’il gère mieux les événements et qu’il a acquis une nouvelle maturité tactique. Notre système de jeu le met en valeur aussi. Si vous avez des attaquants qui prennent la profondeur, il va se sentir beaucoup plus à l’aise qui s'ils vont chercher le ballon en milieu de terrain.
Que change cette place de leader dans votre façon de travailler au quotidien?
Rien. Moi, je dis que cette place est anecdotique. Il faut voir qu’on a disputé beaucoup plus de rencontres à domicile qu’à l’extérieur et qu’on a profité des faux-pas de Bordeaux et Lyon. Les circonstances font qu’on se retrouve premier, mais ça ne veut rien dire. Je suis surtout content pour les joueurs. Quand ils sont heureux, je le suis aussi et quand ils sont tristes, je ne vais pas bien. Ma vie d’entraîneur c’est ça.
Est-ce que vous avez eu peur après les trois défaites d’entrée en début de saison?
Non. J’ai toujours dit que le championnat était un marathon. On ne peut pas juger une équipe après quatre rencontres. En début de saison, on fait nos quatre premiers matchs quasiment sans attaquant. A l’époque, j’ai dit qu’il fallait attendre que l’équipe soit au complet pour la critiquer. Maintenant, on peut juger.
A Marseille ou au PSG, il y aurait pourtant eu urgence…
On ne peut pas comparer Marseille à Auxerre. Ici, les dirigeants laissent travailler les entraîneurs dans les bons comme dans les mauvais moments. C’est la philosophie du club. Après, peut-être qu’un jeune entraîneur aurait paniqué et le club avec lui. J’ai pour moi une certaine expérience. J’ai plus de 400 matchs de Ligue 1, ce vécu m’a permis de ne pas paniquer l’an dernier alors que tout le monde annonçait notre descente.


















